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Enquête Les nouveaux défis du bâtiment breton

Par Pierre Gicquel, le 21 décembre 2018

Même si la Bretagne tire son épingle du jeu, elle n’est pas épargnée de tous les maux qui touchent le secteur du bâtiment. Après une série de trois années de croissance continue, les professionnels bretons se retroussent les manches pour relever de nouveaux défis.

 

Un pic de 40 grues enregistré à Rennes (programme "Identity" du groupe Giboire à Rennes).
Un pic de 40 grues enregistré à Rennes (programme "Identity" du groupe Giboire à Rennes). — Photo : Pierre Gicquel

Quand le bâtiment va, tout va ? En Bretagne en tout cas, 2018 a été une année favorable pour le secteur de la construction. « La situation est même meilleure que dans la plupart des régions. Le volume d’activité est bon jusqu’à début 2019 mais nous sommes inquiets pour les douze mois à venir, tempère tout de même Nicolas Lebon, secrétaire général de la Fédération française du Bâtiment (FFB) de Bretagne. Quand on regarde les permis de construire, les chiffres sont en baisse, tant sur le logement que sur le non résidentiel ».

Entre 2017 et 2018, le nombre de chantiers lancés en Bretagne pour les logements neufs est en hausse de 11 % (source SDES). C’est le deuxième meilleur score de France, derrière la Normandie (13 %) et loin devant la moyenne de l’Hexagone (5 %). Mais dans cette hausse, on observe un contraste départemental : de +3 % en Ille-et-Vilaine à +37 % en Finistère. Quant aux permis de construire, c’est la dégringolade. Là encore avec un contraste fort selon les départements : -6 % en Ille-et-Vilaine, -4 % en Finistère, 0 % en Côtes-d’Armor et +7 % dans le Morbihan. Des chiffres à relativiser face aux -9 % des Pays de la Loire ou des -20 % en Normandie. La construction de logements neufs enregistrait en Bretagne près de 27 500 permis de construire sur 2017, pour près de 25 000 mises en chantier. Un nombre en hausse constante de 10% depuis 2014.

Mais le secrétaire régional de la FFB nuance cette tendance : « Il faut regarder la courbe sur dix ans. Nous sommes en fait rendus au même niveau qu’en 2008 ». Et même très loin des records d’avant la crise, comme en 2006 où l’on enregistrait 42 000 permis et 37 000 mises en chantiers. « Concernant les locaux non-résidentiels, nous assistons aussi à un ralentissement, à -12 %. La commande publique est certes à +2 % mais c’est en dessous de la moyenne nationale. »

Nicolas Lebon, secrétaire général de la Fédération du Bâtiment de Bretagne.
Nicolas Lebon, secrétaire général de la Fédération du Bâtiment de Bretagne. - Photo : Fred Pieau

Les aides à la pierre s’effritent

Autre particularité bretonne : la région est championne de France des propriétaires (66 % des Bretons sont propriétaires). « Elle dépasse de 10 points la moyenne nationale. La part de marché de maisons individuelles est forte, aussi quand elle baisse de 5 points en moyenne sur la région, l’impact est d’autant plus fort ». Les signaux en matière d’incitation fiscale sont donc scrutés à la loupe : « Globalement on assiste à un rabotage des aides à la pierre, avec une sortie progressive du dispositif Pinel dans certaines zones, ce qui touche la clientèle d’investisseurs. Mais le plus important est le prêt à taux zéro (PTZ), car il concerne un nombre beaucoup plus important de foyers, déplore le secrétaire général de la fédération régionale. Une baisse de quotité de 50 % empêcherait l’accession à la propriété pour beaucoup de personnes. »

« On voit certes beaucoup de grues à Rennes mais le secteur vit un peu sur la brèche. »

Que ce soit pour les coûts de production, le coût des matériaux (hausse des cours du pétrole oblige) ou pour les salaires, tous ces postes sont à la hausse. « Alors même que les prix de sortie pratiqués sont à la baisse, constate Nicolas Lebon. Une hausse de 3,5 % des coûts, c’est énorme, quand on sait que les prix de vente n’augmentent que de 1% et que les entreprises travaillent sur des marges de 2 % ! Il y a un effet trompe l’œil, car on voit beaucoup de chantiers à Rennes mais en fait, le secteur vit un peu sur la brèche ». De plus, le secteur du bâtiment n’est pas épargné par la tendance à la métropolisation de l’activité. « Nous comptons 80 grues à Rennes en ce moment, soit autant que sur le reste de la Bretagne... »

Les réfugiés, remède à l’emploi ?

Côté emploi, tout comme les secteurs de l’industrie, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, le bâtiment peine à recruter. « Des difficultés XXL ! Nous comptons 7 000 intentions de recrutements pour les mois à venir en Bretagne, dont 80% sont jugées difficiles par les entreprises. En 2018, le chiffre était déjà de 5 000 recrutements... »

La réforme de l’apprentissage apporte un peu de souplesse mais les entreprises bretonnes prennent les devants, avec l’ouverture d’une plateforme spécifique dédiée à l’emploi ou en ouvrant leur porte aux migrants. « Nous accueillons presque 200 réfugiés dans nos quatre CFA, c’est près de 8 % de nos effectifs. Ce n’est pas qu’une anecdote. C’est un enjeu vital autant qu’un engagement citoyen. »

« Nous accueillons presque 200 réfugiés dans nos quatre CFA. C’est un enjeu vital autant qu’un engagement citoyen. »

La rénovation porte 51 % de l’activité du bâtiment en Bretagne. Or elle est particulièrement concernée par la transition énergétique. « Mais cette activité connaît une évolution de 0,4 % sur un an, autant dire, un encéphalogramme plat. C’est inquiétant », déplore l’observateur. L’incertitude concernant le crédit d’impôt à la transition énergétique pèse donc lourdement sur les perspectives.

En attendant, la FFB veille à alerter les professionnels pour ne pas rater le virage des évolutions techniques et technologiques : « Nous avons créé un centre de ressources numériques pour inciter et former les entreprises de toute taille à anticiper la mutation importante qu’est la digitalisation. Rappelez-vous lorsque le logiciel de dessin 3D AutoCAD est arrivé dans les années 80, tous ceux qui n’y voyaient aucun intérêt ont disparu… Il faut donc faire en sorte que la Bretagne soit en avance sur son temps », alerte Nicolas Lebon.


« L’évolution du Pinel va bouleverser le marché breton »

Hervé Kermarrec, président de l'UE 35
Hervé Kermarrec, président de l'UE 35 - Photo : UE 35

Hervé Kermarrec, président du groupe immobilier rennais Kermarrec (120 salariés, 30 M€ de CA) et président de l'UE35, apporte son regard expert sur la conjoncture :
« Parmi les sujets qui nous interpellent, trois sortent particulièrement du lot. Tout d’abord, l’augmentation des coûts de construction. Cette difficulté vient s’ajouter au fait que nous devions déjà anticiper longtemps à l’avance nos prix de sortie. Or ces coûts ont tendance à augmenter de manière importante et nous ne savons pas jusqu’où cela ira. Autre sujet, la difficulté à recruter et ce, sur tous types de profils, même en comptabilité ! Si nous n’avons pas la main d’œuvre suffisante, nous allons devoir rayer des projets de nos calendriers…
Enfin, la croissance démographique forte que connaît la Bretagne tire nos ventes vers le haut. Mais il faut s’attendre en 2019 à ce que le marché breton soit bouleversé par la fin de l’éligibilité au dispositif Pinel pour les zones B2, comme Brest. Ce sont donc Rennes et Saint-Malo, toujours éligibles, qui risquent de profiter du report des promoteurs et des investisseurs vers ces deux territoires. Mais cela est à mettre sous réserve d’un possible ajout par l’État de quelques lots en B2 sur certains territoires. »

Un pic de 40 grues enregistré à Rennes (programme "Identity" du groupe Giboire à Rennes).
Un pic de 40 grues enregistré à Rennes (programme "Identity" du groupe Giboire à Rennes). — Photo : Pierre Gicquel

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