Ille-et-Vilaine

Agroalimentaire

Interview Joël Tingaud (Atelier de l'Argoat) : « Le bien manger ne peut être que positif pour la filière agri-agro »

Entretien avec Joël Tingaud, PDG de l'Atelier de l'Argoat

Propos recueillis par Baptiste Coupin - 01 février 2019

La Région a l’ambition de faire de la Bretagne le leader du « bien manger » en Europe et prévoit d’accompagner les entreprises de l’agroalimentaire dans leur transformation avec le financement d’un programme d’accélération. Objectif : leur permettre d’être à l’avant-garde de la nouvelle ère alimentaire. Joël Tingaud, PDG de l’Atelier de l’Argoat (77 salariés, 6,7 M€ de CA), à Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine), fabricant de l’andouille de Guémené à l’ancienne, applaudit cette initiative.

Joël Tingaud, président de l'Atelier de l'Argoat.
« Aujourd’hui, l’industrie agroalimentaire est plutôt en rattrapage qu’en anticipation », juge Joël Tingaud, PDG de l’Atelier de l’Argoat, qui attend des entreprises bretonnes du secteur qu'elles se mettent en mouvement pour prendre le leadership du « bien manger ». — Photo : Baptiste Coupin

Le Journal des Entreprises : Comment accueillez-vous l’ambition du président du Conseil régional de Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, de faire de la Bretagne le leader du « bien manger » ?

Joël Tingaud : Cela a une résonance fantastique. Nous avons créé, renforcé et étoffé un lien extrêmement vivant, respectueux et intelligent entre l’agriculture et l’agroalimentaire. Ça manquait un peu et les États généraux de l’alimentation ont permis cela. Lorsque nous avons organisé un événement commun entre acteurs de l'agriculture et de l'agroalimentaire, l’été dernier, à Pontivy, Loïg Chesnais-Girard a constaté là où nous en étions et a compris l’intérêt de tout ça.

La traduction ? La Région a acté d’accompagner les entreprises de l’agroalimentaire dans le financement d’un programme d’accélération, en lien avec Bpifrance. C’est un programme sur deux ans qui va permettre aux chefs d’entreprise, et leur encadrement proche, de profiter de modules de formation sur l’organisation, la stratégie, l’adaptation des outils… Il devrait bénéficier à une vingtaine d’entreprises. Ça ne peut être que positif pour notre filière.

Comment s’intègre chez vous ce concept de "bien manger" dans vos process de travail ?

La véritable andouille de Guémené à l'ancienne, fabriquée à l'Atelier de l'Argoat (à droite, Joël Tingaud, le PDG), représente 65 % des volumes de l'entreprise.
La véritable andouille de Guémené à l'ancienne, fabriquée à l'Atelier de l'Argoat (à droite, Joël Tingaud, le PDG), représente 65 % des volumes de l'entreprise. - Photo : Virginie Monvoisin

J.T. : Pour moi, c’est la genèse même de notre activité. La véritable andouille de Guémené à l’ancienne, qui représente 65 % des volumes de l'Atelier de l’Argoat, c’est un produit emblématique de la Bretagne, avec un savoir-faire ancestral. Il ne peut être que manuel. Vous ne pouvez pas faire cette andouille-là avec une machine. Et donc cette notion du transfert de savoir-faire et d’humanité, elle est essentielle. Ce produit ne souffre pas d’être dénaturé. Il faut qu’il soit bon, sinon il est immangeable. L’entreprise que j’ai reprise il y a 15 ans était dans une situation financière catastrophique. Elle ne devrait pas être là aujourd’hui. On s’est reconstruit sur l'idée que cet imaginaire que se font les Bretons de l’andouille devait être respecté à travers l’humain.

La valorisation des produits bretons de qualité peut-elle redonner un coup de fouet à la filière ?

J.T. : Du sens plus que du fouet ! On le voit aujourd’hui à travers les attentes des consommateurs sur la transparence, la traçabilité, la proximité, la reconnaissance de valeurs. Nous devons tout faire pour que ce sens soit intégré, le plus compris et le plus partagé. L’Atelier de l’Argoat s’inscrit sur ce schéma-là et je porte ce message au sein de l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires (Joël Tingaud en dirige la commission de développement économique, NDLR). Cela dans le but de protéger nos centres de décision au niveau des entreprises en Bretagne.

Mais ça n’est qu’un premier niveau. Il faudra aussi avancer sur la RSE, l’entreprise du futur (la 3D, la cobotique, les exosquelettes…). Tout se tient. Aujourd’hui, l’industrie agroalimentaire est plutôt en rattrapage qu’en anticipation et il faut donner la conscience à tous les chefs d’entreprise de ce qui peut être fait. Il nous faut avoir cette ouverture !

Joël Tingaud, président de l'Atelier de l'Argoat.
« Aujourd’hui, l’industrie agroalimentaire est plutôt en rattrapage qu’en anticipation », juge Joël Tingaud, PDG de l’Atelier de l’Argoat, qui attend des entreprises bretonnes du secteur qu'elles se mettent en mouvement pour prendre le leadership du « bien manger ». — Photo : Baptiste Coupin

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