Artisanat

James veut remettre Perrouin sur ses quatre pieds

Par Virginie Monvoisin, le 11 février 2019

Au Rheu, en Ille-et-Vilaine, le fabricant de chaises Perrouin a été repris par l'entreprise d'aménagement intérieur normande James 1840. Son dirigeant, Thomas Guinet, ancien Compagnon du Devoir, veut faire revivre cette industrie vieille de près de 150 ans.

Thomas Guinet (au centre), repreneur des sièges Perrouin, veut redresser la société. Cela passe notamment par de nouvelles compétences pour les salariés, formés ici par un compagnon sellier.
Thomas Guinet, repreneur des sièges Perrouin, veut redresser la société. Cela passe notamment par de nouvelles compétences pour les salariés, formés ici par un compagnon sellier. — Photo : Virginie Monvoisin

En 2016, Thomas Guinet, ancien menuisier Compagnon du Devoir, a repris la société normande James 1840, spécialisée dans l'agencement et l'aménagement intérieur haut de gamme pour l'hôtellerie, le yachting, les musées… Afin de la faire grandir, il ajoute aujourd'hui une pierre à son édifice, avec le rachat, à la barre du tribunal, du fabricant de chaises Perrouin, au Rheu (Ille-et-Vilaine).

Parmi ses objectifs : élargir l'offre de James pour doubler de taille d'ici à cinq ans. Et il y met les moyens. Thomas Guinet avait déjà réalisé une première augmentation de capital en 2017, avant de faire une levée de fonds de 3 M€, sous forme d'obligations, en juin 2018. « Perrouin est le fer de lance de cette partie de notre stratégie, insiste Thomas Guinet. Il y aura d'autres opérations de croissance externe, au moins une dès cette année. »

Thomas Guinet, directeur de l'entreprise Perrouin, fabricant de sièges au Rheu depuis 1875.
Thomas Guinet, directeur de l'entreprise Perrouin, fabricant de sièges au Rheu depuis 1875. - Photo : Virginie Monvoisin

Des savoir-faire historiques

Pour ce dirigeant de 36 ans, pas question de noyer Perrouin et ses 11 salariés (800 000 € de CA) dans James et ses 80 collaborateurs (17 M€ de CA). « Les deux maisons sont autonomes. Mais elles se ressemblent par leur savoir-faire historique et leur vision du futur. »

James officie depuis 1840, Perrouin depuis 1875. Elles vont travailler main dans la main pour conquérir de nouveaux marchés. Elles travaillent en effet toutes les deux pour l'hôtellerie haut de gamme, qui représente 60 % de leur activité. Parmi les références de James, l'hôtel de Crillon, le Louvre, la Park Hyatt Vendôme… Perrouin a travaillé notamment pour l'hôtel Balthazar de Rennes. « James s'adresse aux investisseurs, par la réalisation de grands projets d'agencement. Perrouin s'adresse aux exploitants hôteliers pour l'ameublement. James va jouer un rôle d'accompagnateur pour Perrouin sur la méthode, la structuration, le commercial. »

Montée en gamme, innovation et modernisation

Car pour Thomas Guinet, Perrouin doit monter en gamme pour réussir et faire face à ses concurrents. Il investit 300 000 € pour changer des machines à coudre, mettre au point de nouveaux produits et acheter une machine d'impression 3D. « L'idée n'est pas de grossir énormément, même si nous allons embaucher environ cinq collaborateurs, annonce Thomas Guinet. Nous voulons devenir un atelier de prototypage et de petites séries pour lesquelles nous pouvons être compétitif grâce à un savoir-faire haut de gamme et un design qui se démarque. »

Pour donner ce petit supplément d'âme à Perrouin, Thomas Guinet forme également ses salariés à de nouvelles techniques, comme la sellerie. « Nous allons réaliser plus de tapisserie haut de gamme, mariée à des matériaux comme le cuir, le métal, le bois… » Il mise également beaucoup sur un nouveau matériau inventé par James, le selun, un bois hybride bio-sourcé très malléable car thermoformable. Idéal pour les coques de chaises par exemple !

Avec de nouvelles cartes en main, Perrouin vise une remontée de son activité, et une première année d'exploitation à l'équilibre. L'objectif est d'atteindre 1,2 M€ de CA en 2019 et de ramener une pérennité commerciale. L'international (10 % du CA actuellement) figure d'ailleurs parmi les cibles, pour faire comme le grand frère James (30 à 50 % du CA à l'export).

Thomas Guinet (au centre), repreneur des sièges Perrouin, veut redresser la société. Cela passe notamment par de nouvelles compétences pour les salariés, formés ici par un compagnon sellier.
Thomas Guinet, repreneur des sièges Perrouin, veut redresser la société. Cela passe notamment par de nouvelles compétences pour les salariés, formés ici par un compagnon sellier. — Photo : Virginie Monvoisin