Ille-et-Vilaine

Conjoncture

Déconfinement : les entreprises d’Ille-et-Vilaine à jour sur les règles sanitaires

Par Baptiste Coupin et Virginie Monvoisin, le 11 mai 2020

Même si le télétravail reste encouragé, les entreprises se préparent à réintégrer leurs salariés sur les sites de travail. Le protocole national de déconfinement fixe les consignes à suivre en matière sanitaire. En Ille-et-Vilaine, les entreprises qui n’ont pas fermé ou qui ont rouvert de manière anticipée sont au point. Les commerces aussi se sont adaptés.

Sécurité sanitaire chez Delta Dore.
Les usines de Delta Dore ont rouvert avec des process sanitaires très stricts. Masques, contrôle de température, désinfection des postes de travail... sont autant de mesures appliquées pour repousser le coronavirus. — Photo : © Delta Dore

Un document de 22 pages compilant 8 chapitres. Voilà ce qui constitue le livre de chevet du moment des chefs d’entreprise qui travaillent au redémarrage de leurs entreprises post-confinement, c’est à dire maintenant ! Le « protocole national de déconfinement », du nom de cet « ouvrage », a été édité par le ministère du Travail. Il apparaît comme la ligne à suivre pour un retour des salariés au travail dans les meilleures conditions d’hygiène et de sécurité sanitaire.

« Avant ce document, les entreprises devaient s’adapter aux métiers et à la configuration des lieux. Mais on était dans un certain flou artistique et il y a eu peu de relais de la part des branches professionnelles pour avoir des directives précises. C’est pour ça que le protocole a été établi. Aujourd’hui, les consignes sont plus claires, notamment sur les fameux mètres de distanciation et comment les faire respecter », éclaire Audrey Ballu-Gougeon, avocate spécialisée en droit du travail à Rennes. Mesures barrières, mais aussi gestion de flux de personnes, prise de température, nettoyage et désinfection… Tout y est désormais détaillé.

« La sécurité reste notre priorité »

Le grossiste rennais de produits frais Ame Haslé (240 salariés), qui compte trois sites logistiques, à Rennes, Saint-Malo et Nantes n’a pas été pris de court par le protocole. « On travaille dans l’agroalimentaire. Les règles sanitaires y sont très strictes. Ce qu’il y a dans ce document était déjà appliqué chez nous », explique France Ame, son PDG.

Son personnel, et notamment les préparateurs en commande au contact des denrées alimentaires, disposait déjà de gants, surblouses, visières, gel hydroalcoolique… pour travailler en toute sécurité. Pour finir de répondre aux consignes requises, l’entreprise vient de matérialiser les « 4m² » d'espace minimum demandés dans les bureaux par salarié. Elle a également mis en place un sens de circulation, qui était déjà appliqué en entrepôt.

« Avec le chômage partiel, nous sommes 11 actuellement dans les espaces bureaux au lieu de 52, ça ne pose donc pas trop de problèmes pour le moment, relève France Ame. Mais la sécurité reste notre priorité. Nos entrepôts ont été fermés au public dès le début du confinement. Seuls les salariés peuvent y entrer. Les livreurs qui viennent nous livrer restent à l’extérieur. Et les clients qui viennent chercher leurs marchandises le font en « drive », à l’extérieur de l’entrepôt. En tant que patron, j’ai des responsabilités. Le principal, c’est la bonne santé de mon personnel ».

Gare aux « points faibles »

Sécurité et mesures de distanciation sociale sont aussi bien en place chez AMI-API (40 salariés), près de Vitré. « Nous n’avons plus d’intérimaires en ce moment, donc nous avons de grands espaces de travail. Il doit y avoir au maximum une quinzaine de salariés qui travaillent dans notre usine de 8 000 m², rend compte Guy Crozet, président de l’atelier de métallerie et de peinture industrielle récemment labellisé « Vitrine Industrie du Futur ». En production, les gens sont tous très loin des autres, les machines sont éloignées. Ceux qui sont les plus proches, ce sont les soudeurs mais des parois entre les cellules ont été installées. Grâce à cela, ils sont complètement protégés. »

La PME, qui a été contrainte de fermer une quinzaine de jours pour suivre ses clients et ses fournisseurs à l’arrêt, repart sur une bonne dynamique de travail. Elle répond à de nouvelles commandes dans le secteur paysager et de l’aménagement de la maison. Pour accompagner ce rebond, les bonnes règles sanitaires ont été appliquées et les points faibles repérés : « les entrées et sorties, les sanitaires et les vestiaires. Nous allons redoubler de vigilance sur ces zones-là, insiste Guy Crozet. Dans les vestiaires par exemple, le nombre d’individus sera restreint. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est la contamination par l’extérieur. La réouverture des écoles ne me rassure pas… »

Un comité de prévention sanitaire chez Delta Dore

Chez Delta Dore (860 salariés), fabricant de solutions domotiques à Bonnemain et Tinténiac, la production a repris depuis le 7 avril, après avoir été stoppée trois semaines. L’ETI, qui a dû composer avec des cas de Covid-19, dispose d’un arsenal sanitaire très abouti. Emmanuelle Génot, directrice stratégie et communication, le détaille : « Ça commence par la prise de température le matin, distribution de masques, consignes pour se laver les mains, gel hydroalcoolique à tous les postes, désinfection intégrale des postes à chaque changement d’équipes. Nous avons mis des cloisons entre les îlots. Nous avons fait du marquage au sol pour éviter que les gens se croisent et nous venons d’installer des sens de circulation pour les parkings et les cantines. »

Surtout, Delta Dore a mis sur pied un comité de prévention qui se réunit tous les jours avec la direction générale, l’infirmière, l’ingénieur sécurité, la direction de production et les RH. « Cela nous permet de prendre des mesures et des décisions très vite et de travailler en mode agile », explique Emmanuelle Génot. Pas de quoi, donc, être surpris par le protocole. « Ça ne nous panique pas. Il n’y a que l’histoire des parkings qu’on n’avait pas prévue… » Delta Dore compte à ce jour un petit tiers de ses effectifs en chômage partiel et d’autres en télétravail. Ceux-ci ne réintégreront pas tout de suite le siège. Pas avant la fin juin sans doute, pour ne pas encombrer le contrôle à l’entrée et pour laisser le temps à l’entreprise de réaménager les « open-space ».

Les commerces à l’heure de la réouverture

Pour les commerçants, le 11 mai, rime lui vraiment avec déconfinement. Mais de quelle manière sur le plan sanitaire ? Pour Dominique Fredj, directeur de la librairie Le Failler à Rennes, s’adapter « n’est pas infaisable, mais il a fallu faire le tri entre les informations parfois contradictoires que nous avons reçues ! » Et rouvrir a demandé une sacrée préparation et de l’adaptation.

Sa librairie, qui emploie 31 salariés, s’étend en effet sur 750 m² répartis sur plusieurs étages d’une maison à pan de bois du centre-ville. « Nous avons revu les flux, en enlevant des meubles pour faciliter le passage et créer une entrée et une sortie distinctes. Nous avons ouvert six caisses au lieu de trois, comme pour les fêtes de Noël, afin de répartir le passage des clients, qui ne seront que 40 maximum dans la librairie. » Pour eux, un distributeur de gel hydroalcoolique est installé à l’entrée, et les libraires auront chacun leur petit flacon, mais aussi des masques et visières. « Je crois à l’autodiscipline des clients, ils sont conscients de la situation. Nous leur demandons de porter un masque et de se passer les mains au gel en entrant et en sortant. De cette manière, ils pourront toucher les livres. »

À l’heure de la réouverture, une question quand même demeure : les clients seront-ils au rendez-vous ? S’il se dit « inquiet, comme tous les commerçants et chefs d’entreprise », Dominique Fredj essaie toutefois de rester optimiste. « Pendant le confinement, beaucoup de lecteurs ont retrouvé du plaisir à lire... »

Sécurité sanitaire chez Delta Dore.
Les usines de Delta Dore ont rouvert avec des process sanitaires très stricts. Masques, contrôle de température, désinfection des postes de travail... sont autant de mesures appliquées pour repousser le coronavirus. — Photo : © Delta Dore

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