Rennes

BTP

Témoignage Coronavirus : Pascal Martin (Legendre) dénonce « une communication gouvernementale chaotique » pour le BTP

Par Baptiste Coupin, le 20 mars 2020

Convaincu d’être en situation de force majeure et en l’absence d’une chaîne d’approvisionnement qui permette à ses équipes de travailler, le groupe rennais de BTP Legendre (2 000 salariés, 750 millions d’euros de chiffre d’affaires), qui opère dans le grand Ouest, le Sud-Ouest, Rhône-Alpes et l’Ile-de-France, a décidé, le 17 mars, de stopper tous ses chantiers. Le « défaitisme » des acteurs du BTP pointé du doigt par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, fait bondir Pascal Martin, directeur général de Legendre, en charge de la partie immobilière.

Pascal Martin, directeur général du groupe Legendre, en charge de la partie immobilière.
Le groupe Legendre a fermé tous ses chantiers pour préserver la santé et la sécurité de ses salariés. "Nous resterons un acteur engagé, bien décidés à aller de l’avant mais aussi à nous faire respecter", indique Pascal Martin, directeur général de l'entreprise rennaise de BTP. — Photo : © Baptiste Coupin

« Je suis scandalisé par les termes utilisés par la ministre du Travail (elle a déploré le 19 mars le « manque de civisme » des entreprises du BTP qui ont décidé de cesser toute activité et s’est dite « scandalisée » par l’appel de certaines fédérations professionnelles d’arrêter les chantiers de construction, NDLR).  Après des annonces contradictoires entre le 15 et le 18 mars qui nous ont fait faire les montagnes russes, le gouvernement nous demande aujourd'hui de rouvrir les chantiers. Mais nous avons fait nos choix (de suspendre toute activité, NDLR) en tant qu'entrepreneurs responsables, en notre âme et conscience. Premièrement, nous avons un devoir de protection de la santé et de la sécurité de nos salariés. Deuxièmement, nous avons beaucoup de nos collaborateurs qui ont exprimé une véritable crainte de venir travailler dans un moment pareil. C’est difficile d’être confiné sur un chantier. Même si on est à l’air libre, les gens ont des contacts les uns avec les autres. Troisièmement, nous avons nos chaînes d’approvisionnement qui sont brutalement amenuisées. C’est-à-dire qu’un chantier qui doit être approvisionné en matériel ou en béton ne l’est plus. Toute cette convergence d’éléments nous a fait arriver à la seule décision que nous pouvions prendre, c’est-à-dire arrêter les chantiers. Nous en avons une centaine en ce moment, qui mobilise les deux-tiers de nos salariés. Et il n’y a rien de pire que d’avoir une entreprise qui ne travaille qu’à mi-régime. La décision du groupe a a été de dire : « On fait un arrêt massif et rapide pour pouvoir repartir très vite, de la même manière, ensuite ».

Cas de force majeure

Cette décision, nous l’avons prise sur la base d’une communication gouvernementale qui était extrêmement claire et qui renvoie au principe de force majeure, celui-là même qui nous permet de suspendre l’application de nos contrats auprès de nos clients et de nos fournisseurs et qui nous préserve de conséquences financières énormes. Cette force majeure, elle a été évoquée par Bruno Le Maire (ministre de l’Économie, NDLR) lui-même, en début de semaine, concernant tous les chantiers de l’État (Notre-Dame de Paris, Grand Paris Express), pourquoi en irait-il autrement des chantiers privés ? Et je rappelle au passage que ce même État a laissé PSA et Renault fermer leurs usines sans broncher, alors qu’il en est actionnaire à 15 %. Pourquoi y aurait-il deux poids deux mesures entre industrie et bâtiment ? En plus d’avoir été clairement déclarée par le ministre, la force majeure est juridiquement avérée dans le contexte actuel, c’est donc sur ce fondement juridique que nous nous sommes appuyés. Deuxième fondement à notre décision, c’est le paiement des salaires. Le gouvernement a chanté à tue-tête tout le début de semaine qu’il allait ouvrir les vannes en termes de chômage partiel « quoiqu’il en coûte », pour que les salariés ne se retrouvent pas en situation de détresse et pour qu’il n’y ait pas de faillites d’entreprises. Ces motivations-là nous ont tous conforté. Les autres acteurs de la construction et de la promotion ont presque tous fait les mêmes choix que nous. Nos décisions ne sont que le fruit des déclarations du gouvernement nous incitant à protéger nos collaborateurs avant tout.

Une situation « lunaire »

S’il s’agit de contribuer à l’effort patriote, nous sommes d’accord et on sera les premiers à nous engager à condition que cela puisse se faire dans les conditions techniques et sanitaires qui le permettent pour nos salariés et à condition que nos fournisseurs recommencent à nous livrer. Nous, on ne demande que ça. Ça ne fait jamais plaisir d’arrêter des chantiers. Aujourd’hui, on ne veut pas agir de manière dispersée et on attend que la Fédération Française du Bâtiment trouve des modalités de reprise de l’activité avec le gouvernement. Après, se pose la question du redémarrage parce que cette même communication gouvernementale chaotique qui nous a fait fermer nos chantiers fait qu’on a des gens aujourd’hui dans les quatre coins de la France, soumis au confinement, qu’il va falloir rechercher et remettre au travail. Il faudra au moins une dizaine de jours pour que cela puisse se faire de manière harmonieuse. Et aller dire aujourd’hui à des gens qu’il faut revenir parce que le danger est passé… Nous sommes dans une situation qui est complètement lunaire. »

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