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Koussée Vaneecke : “Notre mission est de créer 3 000 emplois d’ici 5 ans”

Par Julie Dumez, le 17 novembre 2022

Nommée présidente du directoire d’Euratechnologies après le départ retentissant de son prédécesseur, Koussée Vaneecke reprend les rênes de l’écosystème numérique lillois. Charge à elle d’en assurer la montée en puissance à l’issue d’une levée de fonds historique, tout en renouant avec un climat social serein.

Koussée Vaneecke préside désormais les destinées de l’écosystème Euratechnologies.
Koussée Vaneecke préside désormais les destinées de l’écosystème Euratechnologies. — Photo : Georges Lebon / EuraTechnologies

Arrivée début 2022 au sein d’Euratechnologies, vous en êtes la présidente depuis octobre. Quelle est votre feuille de route ?

Ma feuille de route est adjacente à l’augmentation de capital de 24 millions d’euros qui a eu lieu cet été. L’ambition est claire : créer 3 000 emplois durables sur le territoire d’ici cinq ans en accélérant notre mission d’accompagnement vers des start-up.

Mais nous allons renouveler nos manières de faire en renforçant la dimension technologique. En particulier en investissant dans des équipements de pointe. Par exemple avec l’acquisition d’un Cyber Range, qui permet de simuler des cyberattaques et donc d’adapter les infrastructures. C’est un équipement très onéreux, qu’il est intelligent de mutualiser au service de nos start-up mais aussi des entreprises et des centres de recherche régionaux dans une logique de hub.

Ensuite, nous utiliserons cette levée de fonds et ses actionnaires pour créer de nouveaux partenariats. Je pense notamment à l’arrivée de l’AFM avec dans son giron des enseignes comme Leroy Merlin, Décathlon, Auchan. Ces partenariats sont triplement gagnants : c’est une opportunité pour nos start-up de tester leurs produits plus rapidement. Pour les grands groupes, l’occasion d’accélérer leur transformation digitale et de se confronter à l’innovation. Enfin, pour nous, c’est une source de revenus.

D’autre part, je souhaite renforcer le programme Stanford. Cet échange avec l’université américaine permet de gagner une année de développement en un mois d’accompagnement. C’est une vraie pépite d’Euratech qui a déjà convaincu 300 alumni. Ouverte à tous les chefs d’entreprise, elle se déroulera désormais une chaque année.

Avez-vous des ambitions hors région ?

L’internationalisation est en effet un autre pilier de ma feuille de route, avec l’objectif d’ouvrir dix implantations dans les pays de l’Est et les pays émergents. Ce sont des marchés où il y a des talents qui ont besoin d’une porte d’entrée vers l’Europe pour créer des emplois. Une start-up internationale, c’est une start-up solide qui crée plus d’emplois localement. Cette année, un tiers des start-up incubées à Euratech sont internationales et vont conquérir l’Europe depuis la région. Cela change aussi l’état d’esprit général : dès le premier jour, les entrepreneurs voient leur développement hors de nos frontières.

Où l’implantation du premier campus cyber régional en est-elle ?

D’abord, il est pertinent pour maintenir les emplois existants. Car 80 % des PME subissant une attaque cyber ferment dans les deux ans. Faire en sorte que le tissu de PME et d’ETI régional se prémunisse des risques cyber représente un enjeu majeur. Pour cela, nous y accueillerons l’année prochaine, une unité spécialisée, un CSIRT (computer security incident response team), pour prévenir les attaques. Autre étape majeure, innover, avec le lancement en octobre d’une promotion de start-up cyber. Enfin, il nous revient d’animer l’écosystème cyber couplé à une action de formation, en particulier à destination des PME.

Avez-vous vocation à développer de nouvelles spécialités, de nouveaux sites ?

Nous sommes en discussion pour créer d’autres EuraTechnologies dans les Hauts-de-France dans une stratégie d’essaimage en collaboration avec d’autres villes. Nous resterons spécialisés sur nos sept verticales que nous opérons depuis quatre sites. Elles sont liées à l’histoire économique et industrielle de la région. Pour retail- e-commerce et PropTech, nous sommes à Blanchemaille dans d’anciens locaux de la Redoute. Celle qui concerne la robotique, industrie et SpaceTech se trouve à Saint-Quentin dans un tissu industriel. Toutes les start-up agrotech sont à Willems en plein champs et ici à Lille, à côté de la FinTech, nous lançons notre verticale EdTech/RHTech, sur les technologies de l’éducation et des ressources humaines. C’est une manière d’attirer des start-up puisque chaque verticale correspond vraiment à un écosystème. De manière transversale, nous sommes aussi attentifs à des thématiques nouvelles comme le métavers, qui nécessitera peut-être des investissements, et le Web3 qui concerne les fintechs comme l’e-commerce. La transition environnementale et la décarbonation sont de surcroît des sujets prioritaires et totalement transversaux.

Le numérique est un grand émetteur de gaz à effet de serre. Comment votre écosystème peut-il jouer sa part dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

Selon une étude menée par EY, la MEL et la Région, la filière numérique régionale émet 1,7 million de tonnes de carbone et 80 % de cette empreinte provient des terminaux comme les écrans. C’est un sujet prioritaire. Nous proposons par exemple à nos entreprises de calculer leur bilan carbone, ce que nous nous appliquons également. Puis nous les acculturons dans nos programmes d’accompagnement, notamment avec des ateliers Fresques du Climat plusieurs fois par an. Cela se traduit aussi lors des sélections des start-up puisqu’elles doivent avoir un impact positif pour le territoire. Mais les porteurs de projets sont déjà eux-mêmes très sensibles à cette question.

Les difficultés de recrutement dans le numérique sont légion. Comment travaillez-vous sur cette question ?

72 % des entreprises du numérique disent avoir du mal à recruter. Le constat est qu’il y a finalement trop peu de femmes. La féminisation est donc une énorme réponse. Nous contribuons à faire changer les choses en faisant découvrir les métiers du numérique aux collégiens et en particulier aux collégiennes avec IBM et la région avec le programme Numériq’Elles. Depuis 8 ans, nous proposons aussi Euratech’kids, soit plus de 4 000 écoliers accueillis, dans des groupes mixtes pour découvrir la robotique et le coding.

La gouvernance d’Euratechnologies a connu une période de turbulence avec le départ retentissant de votre prédécesseur et d’une partie de l’équipe. Comment abordez-vous cette période ?

Ma priorité, c’est le climat social de l’entreprise. Je souhaite construire un environnement de travail sain et en nous concentrant sur notre mission. Nous, les salariés d’Euratech, avons la chance d’avoir une mission qui a du sens et un vrai impact. Donc, à chaque fois qu’on se concentre dessus, que l’équipe est au contact des entrepreneurs, nous sommes vraiment alignés sur l’envie de construire ensemble.

Allez-vous recruter ?

Actuellement, nous avons une dizaine de postes ouverts avec l’ambition, à terme, de doubler les effectifs pour passer de 40 à 80 personnes d’ici cinq ans.

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