«Il faut transférer les cotisations sociales sur la TVA»

Par Vincent Combeuil et Sébastien Payonne, le 03 juin 2011

Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, prépare activement 2012. Entre deux conventions sur la compétitivité et sur la justice sociale, il nous livre sa vision des enjeux économiques de la présidentielle
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Dans quelques jours, l'UMP tient une convention sur la justice sociale, qui fera écho au débat sur l'assistanat lancé par Laurent Wauquiez. Quels sont les enjeux de ce rendez-vous?

Avec le Revenu de solidarité active (RSA), nous avons posé les bases d'une société qui ne confond pas solidarité et assistanat. Quand l'un de nos concitoyens traverse l'épreuve du chômage, il est accompagné pour l'aider à retrouver un emploi. Mais lorsqu'on tend une main fraternelle, il faut que la personne qui en bénéficie sache qu'elle a sa part de responsabilité. Si elle est dans une logique d'assistanat, il faut que cela ait des conséquences sur l'aide; qu'elle s'arrête ou qu'elle soit réduite. La loi RSA le prévoit; est-elle bien appliquée partout? Je n'en suis pas sûr. A t-elle besoin d'être améliorée, c'est probable.


Où en est-on au sein de l'UMP sur les 35heures?

En juillet il y aura une convention sur ce sujet, mais aussi sur la refondation sociale. La question du temps de travail doit être abordée par branche et par entreprise. Il faut repenser l'organisation du travail pour permettre une vraie augmentation du pouvoir d'achat au-delà des seules heures supplémentaires qui ne profitent qu'à cinq millions de Français et dont les fonctionnaires sont exclus. Cela permettra de prendre des mesures pérennes d'augmentation des salaires, en faisant en sorte que les 36heures soient payées 36, 37heures
payées 37...
La négociation par branches n'est pas la méthode employée pour imposer la prime sur dividende, rejetée par les partenaires sociaux...
Ça n'a rien à voir. Le vrai sujet c'est qu'une entreprise qui distribue des dividendes très importants peut quand même marquer le coup vis-à-vis de ses salariés. Et puis j'ai rarement entendu les partenaires sociaux être positifs sur des mesures gouvernementales. Quand les négociations entre partenaires sociaux n'aboutissent pas, le politique doit prendre ses responsabilités. C'est exactement ce que fait le Président de la République.




Le coût du travail est souvent vu comme un frein par les chefs d'entreprise. Que pouvez-vous leur proposer?

Il faut tendre vers un modèle à l'allemande. Cela signifie moins de dépenses publiques, plus de travail. C'est pourquoi un nouveau contrat social étendant le champ de la négociation au temps de travail, par branche, doit être imaginé pour redonner de la souplesse aux entreprises. C'est pourquoi doit être aussi envisagé un transfert des cotisations sociales sur la TVA pour alléger les charges pesant sur les entreprises et les salariés et éviter ainsi les délocalisations. Cette réflexion doit également s'appliquer à la fiscalité du patrimoine et à l'ISF.


Quels sont les enjeux fiscaux du prochain quinquennat selon l'UMP?

Outre la TVA anti délocalisation pour améliorer le financement de la Sécurité sociale, je suis assez favorable à une fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG, mais dans une optique très différente de celle du Parti socialiste qui veut supprimer le quotient familial et en réalité augmenter les impôts. Pour moi il n'y a pas de raison de séparer les recettes qui vont à la Sécu et celles qui vont à l'État.


Que faut-il faire pour aider les entreprises à grandir?

Cela doit s'inscrire dans une stratégie économique. La priorité est de faire du prochain quinquennat celui des PME conquérantes. Je m'inspire du modèle allemand, et de sa stratégie de croissance par l'investissement et l'export, là où nous la recherchons par la consommation. Nous gagnerons à chercher la croissance sur les marchés extérieurs. Pour cela nous avons besoin de revoir notre tissu entrepreneurial. Aujourd'hui, il y a trop de TPE, pas assez de PME. Il faut donc déverrouiller tous les obstacles qui empêchent les petites entreprises de grossir en revoyant les seuils sociaux et les contraintes administratives. Il faut aussi développer les financements non bancaires, notamment en fusionnant Oseo et Coface.


Est-ce qu'aujourd'hui l'État a les moyens de soutenir la relance?

On a fait ce qu'on avait à faire, le plan de relance a été parfait. Maintenant, n'allons pas au-delà, on doit baisser les déficits. Il y a des choses à faire du côté des collectivités et de la Sécu. Rebelote sur les 35heures... Nous ne tiendrons pas le coup, ça n'est pas possible! La première cause de problème à l'hôpital, c'est les 35heures qui nous coûtent une fortune et posent des tas de problèmes de fonctionnement.


Les sondages donnent la droite mal engagée pour la Présidentielle. Quels arguments peuvent renverser la tendance?

Il y a trois rendez-vous à honorer. Le premier, c'est un rendez-vous de courage: il faut dire aux Français que si l'on veut prendre à bras-le-corps les perspectives de reprise économique, il faudra moins de dépenses publiques, plus de travail, et plus de réformes structurelles. Il faut aussi rassembler, avec un débat courageux sur la laïcité; que les règles du jeu en la matière soient claires, et il faut faire en sorte que les liens entre les mondes de l'entreprise et de l'enseignement soient plus forts. Le troisième rendez-vous est celui de l'ouverture au monde: nous mourrons de nos débats franco-français! Nous devons nous inspirer de ce qui se fait de mieux ailleurs.


Est-ce que Nicolas Sarkozy pourra porter ces arguments?

Bien sûr. Autrement mieux que monsieur Hollande avec ses 300.000 emplois jeunes et ses 50milliards d'augmentations d'impôts ou que madame Le Pen qui veut fermer les frontières et sortir de l'euro pour revenir au franc et donc à l'hyperinflation qui ruinerait les salariés et les retraités.

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