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Industrie

FashionCube inaugure son Denim Center pour produire des jeans en France

Par Jeanne Magnien, le 06 avril 2022

Le groupe textile nordiste FashionCube a inauguré le 5 avril une usine dédiée au jean. Elle produira à terme 6 % des produits en jean vendus par les trois marques de prêt-à-porter du groupe, Jules, Pimkie et BZB.

Le Denim Center emploiera une centaine de personnes d’ici la fin 2022. Les effectifs pourraient grimper jusqu’à 300 salariés sur le site, si la demande en jeans made in France est au rendez-vous.
Le Denim Center emploiera une centaine de personnes d’ici la fin 2022. Les effectifs pourraient grimper jusqu’à 300 salariés sur le site, si la demande en jeans made in France est au rendez-vous. — Photo : Jeanne Magnien

La réindustrialisation, c’est maintenant à Neuville-en-Ferrain. Le groupe nordiste FashionCube, basé à Roubaix, vient d’y créer de toutes pièces son Denim Center, une usine entièrement dédiée au jean. Là, seront fabriquées, d’ici la fin 2023, jusqu’à 410 000 pièces de jeans à l’année. Une centaine d’emplois vont être créés sur le site, où travaillent déjà une vingtaine de couturières, recrutées entre Roubaix et Tourcoing. Elles seront peu à peu rejointes par leurs collègues, formés en 12 semaines, par petits groupes, tout au long de l’année.

Automatiser pour maîtriser les coûts

Avec cet outil, FashionCube entend mettre le textile Made in France à la portée de toutes les bourses. Positionnées sur la mode accessible, ses trois principales enseignes de prêt-à-porter, Jules, Pimkie et BZB, seront les premières clientes de l’usine. Les premiers jeans "59", qui rejoindront bientôt les rayonnages de Jules au prix de 59,59 euros, sont déjà en train de sortir des lignes. Au fil de la montée en puissance de l’usine, d’autres clients, extérieurs au groupe, pourraient également bénéficier de ce savoir-faire made in France. Mais les "jeaners" et "jeaneuses" de Neuville-en-Ferrain auront déjà fort à faire avec leurs trois principaux clients : les 410 000 pièces annoncées par an représentent tout juste 6% du volume annuel de jeans vendus par les trois enseignes. Néanmoins, l’expérience pourrait rapidement prendre une dimension plus importante, puisqu’à terme les effectifs de l’usine, comme sa capacité de production, pourraient tripler.

C’est bien une expérience audacieuse que s’autorise FashionCube au sein de son Denim Center. Fruit d’un investissement de 3 millions d’euros, portant majoritairement sur les machines (les murs restent la propriété de Polygone), l’usine de Neuville-en-Ferrain entend créer les conditions d’une fabrication française rentable pour tous. Et donc, mise sur l’automatisation pour pallier les coûts de main-d’œuvre plus élevés qu’ailleurs.

"Il faut une quarantaine d’étapes pour fabriquer un jean. Grâce à des machines innovantes, fabriquées en Europe pour la plupart, une dizaine de ces étapes sont désormais automatisées", pointe Christian Kinnen, en charge du projet Denim Center chez FashionCube. De la découpe du tissu au placement de la poche "ticket" typiques des jeans, ces étapes complètent le travail des couturières, formées à utiliser des machines dernier cri.

Réduire l’impact environnemental

À ces innovations techniques, synonymes de gain de productivité, s’en rajoutent d’autres, destinées à réduire l’impact écologique de l’usine. Ainsi, certaines étapes du délavage se font sans eau, au laser. "Le délavage laser permet de limiter la consommation d’eau et de supprimer le recours au permanganate de potassium, assez polluant. Notre installation nous permet donc de diviser par six notre consommation d’eau, par rapport à une jeanerie plus traditionnelle. Et la proximité de nos clients finaux, nous fait diviser par 1 000 la distance moyenne entre la fabrique et les clients, puisque nous ne sommes qu’à une dizaine de kilomètres des entrepôts de Jules", souligne Christian Kinnen.

Plus largement, le Denim Center s’apprête à travailler en majorité de la toile fabriquée à partir de jeans recyclés. Le jean destiné à Jules est ainsi fabriqué en coton, polyester et élasthanne 100 % recyclés, provenant pour le moment de Turquie. Il est possible que l’approvisionnement se rapproche si les capacités de production de fibres recyclées augmentent en Europe, voire en France. FashionCube, qui a déjà mis en place des bacs de récupération de vêtements usagés dans les magasins de plusieurs de ses chaînes, espère d’ailleurs pouvoir à terme récupérer ses premiers jeans, pour en fabriquer de nouveau, en parfaite circularité.

"On sait que l’industrie de la mode est la plus polluante. Mais elle sera peut-être la première à se réinventer. Nous voulons permettre à nos clients de s’habiller sans arrière-pensée, sans qu’ils aient à se dire qu’ils font du mal à la planète, ou à des gens. D’ailleurs, nous en appelons à l’UE, pour que les règles permettent de pénaliser davantage ceux qui font mal, et d’aider ceux qui essayent de faire mieux", plaide Jean-Christophe Garbino, le président de Fashion Cube.

Selon l’accueil réservé à son offre made in France, le groupe n’exclut pas de décliner à moyen terme le modèle du Denim Center, pour multiplier les unités de fabrication spécialisées en France, au plus près des bassins de consommation. Outre le jean, des fabriques de sweat et de T-shirt sont à l’étude.

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