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Industrie

En pleine croissance, Poclain aborde son virage vers l’électrique

Par Carine Mandère, le 16 novembre 2022

En croissance en France et à l'international, le groupe familial Poclain, basé dans l’Oise, souhaite accélérer son développement. Avec une année 2022 très active et une recomposition de son capital, ce fabricant de moteurs, pompes et valves hydrauliques ambitionne de décarboner son activité et d’accompagner ses clients dans l’électrification de leurs produits.

Poclain fabrique des moteurs, pompes et valves hydrauliques pour engins non routiers des secteurs de l’agriculture et de la construction.
Poclain fabrique des moteurs, pompes et valves hydrauliques pour engins non routiers des secteurs de l’agriculture et de la construction. — Photo : © Stephane Grossin

Entreprise familiale spécialisée en hydraulique, Poclain (2 000 salariés, 470 M€ de chiffre d’affaires prévu pour 2022) affiche une croissance qu’elle souhaite maîtriser. En plus de neuf décennies d’existence, ce fabricant de composants pour engins non routiers, dans l’agriculture et la construction, a déjà connu des périodes de prospérité rapide et sait l’importance de bien les gérer.

Créée au Plessis-Belleville (Oise) en 1926, l’entreprise rencontre le succès avec ses machines facilitant le travail des ouvriers agricoles et développe rapidement une spécificité en hydraulique (pelles et moteurs). Le marché de la construction et des travaux publics se développe et l’entreprise doit s’étendre. En 1968, la famille installe son usine à la Verberie, entre Paris et Compiègne, pour fabriquer des composants hydrauliques. Or, après une phase de croissance rapide, le choc pétrolier de 1973 touche la société de plein fouet. L’intervention du groupe américain Case-Tenneco sauve l’entreprise qui devient Poclain Hydraulics, mais la famille Bataille en perd le contrôle financier. En 1985, elle parvient à racheter les brevets hydrauliques et à redévelopper l’activité jusqu’à récupérer son nom d’origine, Poclain, en 2014.

Attachement local

Aujourd’hui, 800 salariés travaillent en France, dont 600 au sein de l’usine de la Verberie, où siège l’ETI. "La Verberie, c’est le navire amiral de Poclain", commente Frédéric Michelland, directeur général du groupe depuis 2019. "C’est là où nous produisons nos gros moteurs hydrauliques. Nos activités de R & D, de design et de test pour les moteurs ainsi que les fonctions support groupe sont aussi basées ici."

Même si 15 % seulement du chiffre d’affaires est réalisé en France avec deux sites (le deuxième est situé en Haute-Savoie, à Marnaz), les dirigeants de Poclain conservent un attachement local et sont soucieux de rester un acteur industriel de la région. La famille Bataille avait fait un choix délibéré dès l’intensification de l’activité de se tourner vers l’international. Six sites de production dans le monde regroupent 1 200 collaborateurs. 60 % du chiffre d’affaires sont réalisés en Europe, 15 % en Asie et le reste en Amérique du Nord essentiellement. Une attention particulière va être accordée à la croissance de ce marché américain, où les commandes progressent.

Capital réorganisé

2022 a été une année intense pour Poclain. Une montée en puissance qui se traduit par un chiffre d’affaires annoncé en progression de plus de 25 % par rapport au plus haut historique de l’ETI, atteint en 2018, en pure croissance organique. Au printemps, certains membres de la famille Bataille ont souhaité vendre leurs parts. L’occasion de réorganiser le capital pour y faire rentrer des investisseurs. Un tour de table au montant resté confidentiel, réunissant Crédit Mutuel Equity, l’investisseur régional Picardie Investissement et le fonds entrepreneurial territorial de transformation géré par le groupe nordiste IRD permet à l’entreprise de bénéficier de ressources financières nouvelles.

Poclain reste au sein de la famille Bataille, qui reste actionnaire majoritaire à 60 %. "Cette opération capitalistique réaffirme l’ancrage de la famille dans la durée. Et avec l’entrée des nouveaux actionnaires, Poclain se donne aussi une poche de financement extérieur permettant de mener à bien une politique de croissance externe" explique Frédéric Michelland.

Deux rachats

Afin de se doter de compétences complémentaires, Poclain a concrétisé deux acquisitions au premier semestre : Emsiso, petite structure slovène de 40 collaborateurs dont une expertise permet de transférer la puissance électrique d’une batterie vers un moteur électrique, et Samsys, une start-up lilloise qui a développé un boitier de collecte de données pour les machines agricoles. "Nous pourrons ainsi continuer à optimiser la conception et à améliorer la robustesse de nos solutions, pointe Frédéric Michelland. Et grâce à la meilleure connaissance des conditions d’utilisation des machines de nos clients, nous pourrons enrichir nos prestations." L’acquisition d’Emsiso permet à Poclain d’avoir accès à une brique technologique indispensable pour le développement d’offres de transmissions hybrides (électrohydrauliques puis entièrement électriques).

Pivoter vers l’électrique

En effet, l’ambition de l’ETI aujourd’hui est de réaliser un virage stratégique en s’ouvrant à d’autres technologies. "La transition énergétique nous conduit, en tant qu’industriel, à accompagner nos clients dans ce mouvement", appuie Frédéric Michelland. Et le directeur général d’analyser : "l’entreprise est connue aujourd’hui comme un spécialiste des composants et solutions de transmission hydrauliques. Nous souhaitons devenir un groupe qui propose des solutions hydrauliques, électrohydrauliques et demain complètement électriques."

À l’horizon 2030, l’ETI estime que près de 20 % de son marché pourrait basculer vers des solutions de transmissions autres qu’hydrauliques. Le secteur agricole et celui de la construction ont des contraintes grandissantes et doivent adapter leurs machines. L’enjeu pour Poclain est donc d’accompagner ses clients dans l’électrification des produits. "Pour l’instant la conversion des engins non routiers vers l’électrique est coûteuse, avec des batteries à l’autonomie insuffisante pour nos applications", constate le directeur général. "Mais on progresse sur ces technologies et les besoins vont s’amplifier."

L’autre évolution à venir est le besoin grandissant de connectivité entre les systèmes. "On va assister à un développement très rapide des machines autonomes. Il faudra qu’elles soient de plus en plus compactes et beaucoup plus légères qu’avant. C’est un formidable axe de travail pour nos prochaines générations de produits", pose Frédéric Michelland.

Pour ce faire, Poclain compte sur sa proximité avec sa clientèle. "Notre richesse réside dans la diversité des applications que nous servons. Avec nos 2 600 clients actifs, nous entretenons une intimité et avons une compréhension précise de leurs besoins. Cela nous permet d’offrir les solutions sur-mesure à nos clients", appuie le directeur général.

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