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Cousin Surgery renforce ses positions sur le marché mondial des implants textiles chirurgicaux

Par Elodie Soury-Lavergne, le 05 novembre 2021

Le groupe lillois Cousin Surgery, qui fabrique des implants textiles chirurgicaux, annonce un investissement de 5,9 millions d’euros pour franchir un nouveau palier dans son développement. Une étape incontournable pour que cette PME continue de peser sur un marché mondial, dominé par quelques majors américaines.

Cousin Surgery, fabricant d’implants médicaux à base de textile, annonce un investissement de 5,9 millions d’euros dans son outil industriel, d’ici trois ans.
Cousin Surgery, fabricant d’implants médicaux à base de textile, annonce un investissement de 5,9 millions d’euros dans son outil industriel, d’ici trois ans. — Photo : Cousin Surgery

Le groupe Cousin Surgery va investir 5,9 millions d’euros dans son outil industriel d’ici trois ans, afin de conforter ses positions sur le marché mondial des implants textiles chirurgicaux. "Le marché se concentre et nos concurrents sont des acteurs américains comme Johnson & Johnson ou Medtronic. Ils réalisent des milliards d’euros de chiffre d’affaires et continuent de faire des acquisitions", décrit François Hénin, directeur général de Cousin Surgery. Ce groupe, basé à Wervicq-Sud (Nord), emploie 115 salariés et affichait en 2020 un chiffre d’affaires de 29 millions d’euros, dont 50 % réalisés à l’international.

Cousin Surgery fabrique des implants textiles chirurgicaux, destinés à la chirurgie viscérale (réparation de la paroi abdominale), ainsi qu’à la chirurgie vertébrale. Il produit également des textiles implantables, en sous-traitance, pour le compte de fabricants basés en France, en Europe, en Amérique, etc. "Nous sommes par exemple sollicités par des fabricants d’implants en métal, qui veulent remplacer certaines parties par du textile, précise François Hénin. En tout, seules six entreprises dans le monde possèdent ce type de savoir-faire, dont la nôtre".

Un investissement anticipé

"Chaque année, nous consacrons 11 % du chiffre d’affaires à la R & D, ce qui est le standard de l’industrie médicale", souligne-t-il. Ce projet d’investissement devait initialement être réalisé d’ici cinq ou six ans. "Nous l’avons ramené à trois ou quatre ans, afin de construire un dossier dans le cadre du plan de relance national", indique François Tortel, président-directeur général du groupe. Désigné lauréat du plan France Relance en juillet 2021, l’industriel nordiste a ainsi obtenu un financement public d’1,9 million d’euros, sur le montant global de 5,9 millions d’euros.

Une aide qui tombe à pic dans ce contexte de crise sanitaire, qui a un peu freiné le groupe en 2020. Cousin Surgery affichait jusque-là une croissance annuelle de 6 %, en moyenne. "Nous avons perdu près de 4,5 % de chiffre d’affaires en 2020, par rapport à 2019, en raison d’opérations chirurgicales qui ont été reportées. Nous n’adressons pas la chirurgie d’urgence, il y a donc eu un effondrement des commandes durant le premier confinement, avec un effet rattrapage important sur le reste de l’année". S’il n’a pas été conséquent en 2020, l’impact de la crise sanitaire pour le groupe se prolonge, à travers "des difficultés pour prospecter et trouver de nouveaux clients, notamment à l’international", constate François Hénin.

Pour y remédier, le groupe n’envoie plus d’autres commerciaux à l’étranger mais en recrute directement dans les pays concernés. "Nous avons actuellement 30 commerciaux en France et 6 à l’international. Nous allons en installer un en Amérique latine et un autre en Asie, une zone sur laquelle nous misons beaucoup, annonce le dirigeant. C’est plus intéressant d’avoir une personne sur place, car il y a beaucoup de contraintes pour les déplacements actuellement". L’international est un point clé dans le développement de Cousin Surgery : "Développer un dispositif médical, c’est cher et ça prend du temps. Nous avons donc besoin de faire du volume, pour rentabiliser ce développement, commente François Tortel. Or, le marché américain représente 60 % du marché mondial et le marché asiatique se développe, en raison de l’émergence d’une classe moyenne."

Doubler la capacité de production et relocaliser

Ce futur investissement devrait permettre à Cousin Surygery "d’accélérer avec la même ampleur qu’en 2008", souligne François Hénin. À l’époque, le groupe avait consenti un important investissement dans un nouveau site de production et une salle blanche de 1 200 m². Cousin Surgery s’apprête donc à franchir un nouveau palier. L’industriel, qui fabrique près de 200 000 implants textiles par an, va doubler cette capacité de production. Il va aussi mettre en place des lignes de production digitalisées, pour ramener certains délais de production de 3 semaines à 48 heures.

Cousin Surgery compte également rapatrier la fabrication de tricots sous-traités en France, ainsi que celle d’une membrane réalisée aux États-Unis. Ils seront désormais produits dans sa salle blanche, "qui est actuellement sous-exploitée". Enfin, le groupe va utiliser cette enveloppe pour passer différents projets du stade de prototype à la phase industrielle. Ces différents axes d’investissements vont conduire Cousin Surgery à réaliser 5,1 millions d’euros de chiffre d’affaires supplémentaires d’ici 2023/2024, tout en gagnant en compétitivité, avec la création immédiate de 9 ETP. "À terme, nous aurons besoin de davantage de main-d’œuvre ouvrière, mais nous n’avons pas encore chiffré ce point", indique François Hénin.

Une réponse à de multiples enjeux

Cette accélération va permettre à l’industriel d’anticiper différents enjeux de taille, notamment celui du vieillissement de la population. "En France, l’espérance de vie est de 82 ans en moyenne, dont 63 ans en bonne santé. Ce vieillissement provoque l’émergence de maladies chroniques, de même que le phénomène d’obésité. Tout cela oriente nos innovations produits", détaille François Hénin.

Avec ces investissements, l’entreprise anticipe aussi les évolutions réglementaires du marché, avec deux grandes tendances qui se dessinent. La première concerne les économies liées aux dépenses de santé, qui se traduit par une diminution du nombre d’acheteurs publics. "Ils sont au nombre de 135 et devraient n’être plus qu’une vingtaine d’ici cinq à sept ans. Il nous faudra continuer à exister auprès d’eux, face aux mastodontes du secteur", anticipe François Tortel.

La seconde tendance est celle d’un durcissement de la réglementation pharmaceutique, ce qui signifie des audits et contrôles plus contraignants, l’ajout de points de normes ou de contraintes administratives, etc. "Tout cela représente un surcoût pour l’entreprise. Il y a 20 ans, on mettait un produit sur le marché en trois à quatre mois, en dépensant 50 000 euros. Aujourd’hui, c’est un délai de 7 ans et une dépense d’1,2 à 1,5 million d’euros. C’est pourquoi nous devons opter pour des stratégies de volumes".

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