Hauts-de-France

Agroalimentaire

Enquête Coronavirus : Les brasseurs des Hauts-de-France résistent grâce à la grande distribution

Par Elodie Soury-Lavergne, le 16 avril 2020

Touchés par la fermeture des cafés-hôtels-restaurants dans ce contexte de crise sanitaire, les brasseurs des Hauts-de-France maintiennent leur activité grâce à la grande distribution et préparent l'après-crise.

Mathieu Duyck, dirigeant de la brasserie Duyck.
Mathieu Duyck, dirigeant de la brasserie Duyck. — Photo : Brasserie Duyck

Face à la crise du Covid-19, les brasseurs des Hauts-de-France ne baissent ni les bras, ni le rideau. « Nous avons la chance de faire partie de l’agroalimentaire, un secteur relativement épargné », commente Nicolas Castelain, dirigeant de la brasserie Castelain (14,5 M€ de CA en 2018), basée à Bénifontaine (Pas-de-Calais) et qui produit notamment la Ch’ti. Pour autant, la situation n’est pas simple.

La fermeture des cafés-hôtels-restaurants pèse sur l’activité

Les brasseries régionales doivent notamment faire face à la fermeture des cafés-hôtels-restaurants (CHR), qui les ampute d’une partie de leur chiffre d’affaires. Et d’une entreprise à l’autre, l’impact varie fortement. Si la brasserie 3 Monts (CA 2019 : 12 M€), basée à Saint-Sylvestre-Cappel (Nord), ne réalise que 10 % de son activité avec les CHR, la brasserie Duyck (CA 2019 : 15,9 M€), qui produit la Jenlain, enregistre de son côté une baisse de 25 %. Une perte qui atteint les 40 % pour la brasserie Castelain. « Jamais nous n’aurions pensé qu’une telle chose pouvait se produire. Perdre un marché, cela arrive dans la vie d’une entreprise, c’est le jeu. Mais qu’un marché ferme, n’existe plus sur une période donnée, c’est nouveau », souligne Nicolas Castelain.

Une production maintenue pour la grande distribution

« Les consommations qui ne sont pas réalisées dans les bars, ne sont pas transférées vers les domiciles », constate Pierre Marchica, dirigeant de la brasserie 3 Monts. Et ce, malgré les apéros virtuels : « Ce phénomène ne compense pas les réunions entre amis », indique Nicolas Castelain. Dans ce contexte, seule l’activité réalisée avec la grande distribution permet à ces brasseries de rester actives. Aucun de ces trois brasseurs n’a donc interrompu sa production. Le recours au chômage partiel concerne essentiellement les commerciaux dédiés à la partie CHR ou ceux en lien avec la grande distribution, « qui ne met pas l’accent en ce moment sur l’animation des linéaires », note Nicolas Castelain. Leurs ventes en grande distribution restent stables ou connaissent une légère érosion, selon les taux de pénétration. Enfin, ni les approvisionnements en matière première et emballages, ni les livraisons ne posent problème. « À ma connaissance, il n’y a pas de problématiques à ce niveau-là pour les brasseurs, quels qu’ils soient », affirme Mathieu Duyck, dirigeant de la brasserie du même nom et par ailleurs membre du directoire des Brasseurs de France.

En revanche, les brasseurs ont dû intégrer les recommandations sanitaires à leurs process de production. Distanciation, gel hydroalcoolique et même masques pour certains : « Depuis deux semaines, le port du masque est obligatoire chez nous. Une de nos salariés a ramené sa machine à coudre dans l’entreprise et a réalisé des masques en tissu pour l'ensemble des collaborateurs », explique Mathieu Duyck. Selon lui, il est possible de maintenir une activité pendant cette crise sanitaire, grâce « au système D et à un peu d’anticipation ». Avec de telles mesures, « nous devons produire un peu moins, reconnaît-il, mais nous n’avons jamais mis de forte pression sur la productivité. Nous avons plutôt revu nos exigences à la baisse en cette période, par peur de constater un décès chez nos salariés ou d’avoir un accident du travail ».

Pressions sur les trésoreries

En cette période de crise, c’est moins la productivité que la trésorerie qui est l’objet de toutes les attentions des brasseurs. « Le nerf de la guerre sur 2020, ce sera la trésorerie. Même la rentabilité est passée au second plan en ce moment », lance Nicolas Castelain. Même si tous ignorent encore quand et comment la filière va redémarrer, « il y aura un avant et un après dans notre entreprise, comme dans les autres », note-t-il. Cela concerne notamment le recours au télétravail : « Nous pensions que certaines taches ne pouvaient pas s’accomplir à distance, or nous y arrivons. Nous allons pouvoir imaginer des façons de travailler différentes à la sortie de cette crise », indique-t-il. Cela concerne également le pilotage de l’entreprise : « La mesure du risque sera différente. Nous allons intégrer un peu plus ce genre de scénarios dans notre processus de prise de décisions ».

Une volonté de soutenir la filière

Enfin, les brasseurs mesurent tous l’importance de soutenir les CHR à leur redémarrage, qui constituent un pan important de leur filière. « Le monde du CHR nous inquiète. Certains étaient déjà en difficulté… Ces dernières années, ils ont déjà dû faire face aux attentats, aux gilets jaunes, aux grèves… », indique Mathieu Duyck. « Nous allons essayer de trouver des solutions avec eux, pour qu’ils se refassent une trésorerie lors de leur réouverture. Ce n’est pas parce qu’ils sont fermés qu’il faut perdre le contact », souligne de son côté Pierre Marchica. Il poursuit : « Nous allons travailler en étroite collaboration avec eux et faire des efforts, par exemple sur de la gratuité de produits, de l’animation, etc. Ce sera au cas par cas et en fonction des situations de chacun ».

Mathieu Duyck, dirigeant de la brasserie Duyck.
Mathieu Duyck, dirigeant de la brasserie Duyck. — Photo : Brasserie Duyck

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