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Industrie

Confrontée à la flambée des prix de l'électricité, l'usine Nyrstar suspend sa production

Par Jeanne Magnien, le 23 décembre 2021

Le couperet est tombé mi-décembre pour l’usine de zinc Nyrstar, située à Auby près de Douai. Dès le début janvier, la production sera suspendue dans l’attente d’une baisse des prix de l’électricité.

Le zinc produit par Nyrstar à Auby est avant tout destiné à alimenter les chantiers parisiens, pour la couverture des immeubles haussmanniens.
Le zinc produit par Nyrstar à Auby est avant tout destiné à alimenter les chantiers parisiens, pour la couverture des immeubles haussmanniens. — Photo : CC0 Creative Commons

La hausse continue des tarifs de l’électricité aura eu raison, pour quelques mois au moins, de l’activité de l’usine de zinc d’Auby (Nord). Propriété du groupe Nyrstar (4 000 salariés, env. 2 Md€ de CA), racheté en 2019 par le négociant Trafigura (204 Md€ de CA 2021), le site consomme énormément d’électricité pour produire, par électrolyse, quelque 170 000 tonnes de zinc à l’année. Un rythme qui va chuter drastiquement en 2022 : dès le 2 janvier, l’usine va être mise en arrêt, pour une durée d’au moins deux mois. Le temps que les prix de l’électricité reprennent un cours raisonnable, à même d’assurer la rentabilité de l’usine qui, actuellement, tourne à perte.

"Des prix délirants"

Protégée depuis 2011 par son adhésion au mécanisme ARENH (accès régulé à l’électricité nucléaire historique), qui garantit aux industries électro-intensives un certain volume de terawatt/heure à prix régulé, l’usine est confrontée à une situation sans précédent. "La part d’électricité à prix fixe est plafonnée, et allouée à chacun au prorata de la demande. Or, avec la hausse des prix de l’électricité, beaucoup d’entreprises ont demandé à bénéficier du dispositif. La part de chacun va donc réduire en 2022", explique Xavier Constant, le directeur du site d'Auby depuis 2019. "En parallèle, les prix atteignent des niveaux délirants, à 620 euros le kWh hier, contre 42 euros au tarif ARENH. À ce prix, nous perdons des centaines d’euros sur chaque tonne de zinc produite, autant suspendre la production." Pour autant, la nouvelle de la fermeture est tombée comme une "surprise" pour l’ensemble des équipes, confrontées depuis octobre à un ralentissement de la production, calée sur les heures creuses. "Depuis la création de l’usine en 1887, elle tourne en continu, elle ne s’est jamais arrêtée ! Même pendant le premier confinement, on a toujours réussi à assurer la production. C’est vraiment une configuration inédite", regrette Xavier Constant.

Pas de recours au chômage partiel

Et pour cause, l’arrêt et la relance de l’usine sont des opérations longues, traditionnellement effectuées pour maintenance, en septembre, selon un calendrier bien précis. Pour ne pas recourir au chômage partiel, les 297 salariés de l’usine seront affectés à ces opérations dès le mois de janvier. Ils suivront ensuite différentes formations, en fonction de la durée de fermeture. "La période hivernale n’est vraiment pas propice à nos opérations de maintenance. Nos installations sont très sensibles au froid et au gel, dès que les bains refroidissent, il faut les purger, avec le risque d’abîmer les tuyaux si les solutions y gèlent. De même, les liners qui protègent nos bassins sont fragilisés par le froid, et risquent de se fissurer. Ce sont des opérations délicates", prévient Xavier Constant.

Des solutions attendues pour maintenir la compétitivité

Le site produit du zinc, destiné en premier lieu au secteur du bâtiment, et notamment, à la couverture des immeubles parisiens. Mais sa production est aussi utilisée pour fabriquer des piles et des batteries, et alimenter des unités de galvanisation. En attendant la réouverture du site d’Auby, ses clients seront alimentés par les deux autres usines européennes de Nyrstar, en Belgique et aux Pays-Bas. Confrontées elles aussi à la hausse des tarifs de l’énergie, mais dans une moindre mesure, elles maintiennent une activité ralentie. "Sur les trois sites de Nyrstar en Europe, Auby est celui qui permettait de produire à un coût stable, et avec l’empreinte carbone la plus faible, notamment par rapport à nos concurrents allemands et surtout, polonais et chinois. Cela fait de la France un pays très intéressant pour le groupe, qui envisageait d’investir pour augmenter la capacité du site. Pour le moment, cela n’est pas remis en cause, mais il faudrait que l’État ne tarde pas à trouver des solutions pour nous garantir des prix raisonnables, et avant tout, de la visibilité", avertit Xavier Constant.

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