Énergie

Un collectif de 240 PME alerte sur la hausse des coûts de l’énergie

Par Rémi Hagel, le 28 septembre 2022

Né en Sarthe, un collectif d’environ 240 PME de toute la France publie une lettre ouverte pour alerter les pouvoirs publics sur les conséquences de la hausse du coût de l’énergie.

Marc Delille, dirigeant de l’entreprise de mécanique de précision PMA, en Sarthe, est l’un des signataires de la lettre ouverte.
Marc Delille, dirigeant de l’entreprise de mécanique de précision PMA, en Sarthe, est l’un des signataires de la lettre ouverte. — Photo : Delille

Un collectif sans nom officiel, réunissant environ 240 PME de tous secteurs confondus, vient de diffuser une lettre ouverte pour alerter les pouvoirs publics sur les conséquences de la hausse du coût de l’énergie. Initié par plusieurs entreprises sarthoises, ce collectif clame : "En quelques mois, nos modèles économiques ont volé en éclats, frappés par la hausse brutale des coûts de l’électricité et du gaz, mais aussi par l’absence de réaction politique forte. Nous, les entreprises oubliées du plan de résilience, demandons aux décideurs politiques un traitement équitable pour éviter à très court terme la destruction de nos outils de production et des emplois de nos territoires". Le collectif regroupe un grand nombre d’entreprises de l’Ouest, dont les Sarthois ITF, Bigot Fleurs, Maliterie, Geslin, ainsi que Global Recov (Maine-et-Loire), Tallineau Emballage (Loire-Atlantique), Corbière et fils (Orne), Oceplast (Vendée), mais aussi du reste de la France : Hernas (Somme), Shareprint (Meurthe-et-Moselle) ou Coradin (Alpes-Maritimes).

"Les PME vont dans le mur"

Les chefs d’entreprise à l’origine de l’opération se connaissaient déjà par des relations quotidiennes de business, et "on doit souscrire nos nouveaux contrats de fourniture en électricité au même moment", décrit Marc Delille, dirigeant de l’entreprise sarthoise de mécanique de précision PMA, basée à Arnage (5,7 M€ de CA, 60 salariés). "Jusqu’à fin juillet, les chefs d’entreprise faisaient le dos rond. La hausse brutale des tarifs fin août a été un élément déclencheur. Les PME vont dans le mur. Pour PMA, la facture d’électricité pourrait passer de 130 000 € à 700 000 €, soit presque 10 % de notre chiffre d’affaires. Or, notre résultat net représente 2 à 3 % du chiffre d’affaires. Avec cette hausse des tarifs, on essuiera 500 000 euros de pertes !"

Facture d’électricité multipliée par cinq

Même constat pour Laurent Crépin, dirigeant de Maliterie, qui témoigne sur Linkedin : "Chez nous, on passerait de 200 000 € à un million d’euros de facture d’électricité. Même si on a prévu des économies de 30 %, on ne peut pas supporter avec nos marges une telle augmentation".

Cette perspective partagée par de nombreuses entreprises a poussé à la mobilisation, constatant que "les PME ont été les parents pauvres des mesures politiques récentes". Le gouvernement réserve en effet son bouclier aux seules TPE tandis que ses aides financières ciblent pour l’instant les entreprises les plus consommatrices de gaz et d’électricité.

Chacun a sollicité ses réseaux, les représentants de filières, qui ont fait remonter le cri d’alarme. Le gros des signataires est d’ailleurs constitué des entreprises d’imprimerie, représentées par leurs réseaux ImpriFrance et ImpriClub. "Je crois que nous avons été entendus au niveau national, mais rien ne vient", reprend Marc Delille. D’où une lettre ouverte et une mobilisation dans les médias.

Le dirigeant de PMA se dit "rassuré" par les propos d’Emmanuel Macron invitant à ne pas signer les contrats d’électricité et de gaz. Toutefois, "le timing est serré, nous sommes toujours sans contrat, je n’ai pas d’électricité pour l’an prochain." Le 30 septembre, l’Union européenne doit proposer des mesures. "On attend, avec beaucoup de stress".

Des propositions

Le collectif propose des mesures pour alléger les difficultés : passer le plafond de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique à 150 TWh jusqu’à 2025 ; étendre l’aide aux très gros consommateurs du plan de résilience à l’ensemble des consommateurs professionnels ayant perdu le bénéfice des tarifs réglementés (anciennement Tarif Jaune et Tarif Vert) en 2015 ; et enfin plafonner le prix du KWh rendu sur site client au lieu de créer un plafond virtuel bridant les revenus des producteurs d’électricité. Les signataires dénoncent au passage "le charabia technique auquel personne ne comprend rien, qui anesthésie le débat national".

Pour titiller les pouvoirs publics, la lettre glisse ce rappel historique : "Le mouvement des Gilets jaunes s’était déclenché pour une hausse beaucoup plus faible".

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