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Environnement

Transition écologique : les PME et ETI aidées à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre

Par Pierrick Lieben, le 14 octobre 2021

Du renfort pour la transition écologique des PME et ETI. Pour les aider à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, Bpifrance lance le "Diag Décarbon'Action". Ce programme d'accompagnement vise à dresser le bilan carbone de l'entreprise et à en tirer des mesures concrètes pour améliorer son empreinte environnementale. Une démarche présentée en exclusivité au Journal des Entreprises, avec le témoignage des laboratoires CDM Lavoisier, l'un de ses premiers bénéficiaires.

Avec le Diag Décarbon'Action, Bpifrance espère pousser 400 PME et ETI, en trois ans, à passer à l'action pour réduire leur empreinte carbone.
Avec le Diag Décarbon'Action, Bpifrance espère pousser 400 PME et ETI, en trois ans, à passer à l'action pour réduire leur empreinte carbone. — Photo : CC0

Bpifrance revient à la charge sur la transition écologique. La banque publique étoffe la panoplie de mesures, lancées en juin 2020, à destination des PME et ETI, avec un nouveau programme d'accompagnement pour les entreprises de moins de 500 salariés.

Son nom résume à lui seul la démarche : le Diag Décarbon'Action commence par la conduite d'un bilan carbone et débouche sur des mesures concrètes de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le tout est encadré par un bureau d'études, mobilisé pendant 12 jours, sur une période d'au moins trois mois. Coût de l'opération : 4 000 euros pour une PME, 6 000 pour une ETI. Bpifrance espère en épauler 400 en trois ans, dans le cadre de cette démarche en trois parties.

Dresser un bilan des émissions de gaz à effet de serre

Porte d'entrée du dispositif, le calcul des émissions de gaz à effet de serre de l'entreprise permet de comprendre d'où elle part. Un travail d'audit environnemental essentiel, mais pas toujours simple à réaliser pour une petite structure. Le Diag Décarbon'Action propose donc un bilan standardisé, réalisé par un cabinet partenaire.

Cette première étape nécessite une participation active de la société sondée, comme a pu s'en rendre compte Philippe Truelle, le président des laboratoires CDM Lavoisier (133 salariés, 15 M€ de CA), engagé dans la démarche depuis l'été : "C'est comme un puzzle qu'on reconstitue : il a fallu aller chercher des données financières, d'autres sur nos achats de matières, sur nos déplacements, etc. Nous avons aussi été amenés à solliciter nos transporteurs ou certains de nos clients, comme les grossistes répartiteurs, afin de connaître le nombre de kilomètres parcourus par nos produits, à partir de leur centre de distribution. Une question de prime abord simple, mais qui s'est parfois révélée insoluble pour eux."

Passer à l'action et réduire son empreinte carbone

De toutes ces informations, le bureau d'études tire une estimation, la plus fidèle possible, de l'empreinte carbone de l'entreprise. Mais cette photographie n'est pas une fin en soi. "Avec ce Diag Décarbon'Action, nous voulons être dans le passage à l'acte", revendique Guillaume Mortelier, directeur exécutif de Bpifrance, en charge de l'accompagnement. D'où la deuxième étape du dispositif : l'élaboration d'un plan d'actions, coconstruit avec le cabinet intervenant, lors d'ateliers de travail.

Les laboratoires Lavoisier lanceront ce chantier le 22 octobre, en vue d'identifier 5 à 7 chantiers prioritaires pour les douze prochains mois. Mais son patron s'est d'ores et déjà forgé deux convictions. D'abord, "disposer d'un bilan chiffré nous a aidés à nous projeter : sans cela, il aurait été plus difficile de mobiliser l'ensemble de l'entreprise sur ces sujets." D'autant qu'il s'agit de problématiques "transverses et techniques, généralement plus ardues à attaquer pour un dirigeant de PME".

« Les dirigeants qui auront déjà réfléchi à ces enjeux seront les plus à même de saisir les opportunités créées par la transition écologique. »

Ensuite, Philippe Truelle l'assure : "Quand nous aurons le choix, nous privilégierons dorénavant des fournisseurs français, plutôt qu'extérieurs". Manière pour lui d'infléchir les émissions de gaz à effet de serre de ses intrants : à sa grande surprise, ils représentent 26 % de son bilan carbone. La faute aux machines outils et pièces détachées, en provenance de l'étranger.

Que la décarbonation pousse à la relocalisation, voilà qui n'est pas pour déplaire à Bpifrance, même si ce n'est pas son but premier. "Avec cet outil, on tire une pelote de laine : en intégrant progressivement les enjeux climatiques dans l'entreprise, le dirigeant découvre de nouvelles voies, qui vont effectivement l'amener à aller plus loin", se réjouit Guillaume Mortelier.

Valoriser ses efforts, en attendant d'en tirer profit

Mais ces mesures favorables à l'environnement ne le sont pas forcément pour la compétitivité. "Il est difficile de calculer un retour sur investissement direct et immédiat du dispositif pour l'entreprise, reconnaît Guillaume Mortelier. Mais il est certain qu'il y aura un impact économique à terme, car avec les actions engagées, l'entreprise prépare l'avenir. La décarbonation devient, par exemple, un facteur qui conditionne l'accès à la ressource financière auprès des banques et des investisseurs."

En attendant des retombées sonnantes et trébuchantes, le Diag Décarbon'Action propose donc à l'entreprise de communiquer sur les efforts environnementaux qu'elle a consentis. À cet effet, une boîte à outils sera mise à la disposition des participants. Mais pour que le message passe, encore faut-il qu'il soit entendu : "Jusqu'à présent, dans les appels d'offres publics, seul le prix fait la différence, constate Philippe Truelle. J'espère donc que l'État prendra davantage en compte ces critères écologiques à l'avenir. Sinon, c'est un peu déloyal."

Sur ce point, Bpifrance se veut rassurant : "Nous sommes persuadés que les dirigeants qui auront déjà réfléchi aux enjeux environnementaux seront les plus à même de se saisir des opportunités créées par la transition écologique. Si une taxe carbone se met en place aux frontières de l'Europe, par exemple, ceux qui auront déjà pensé relocaliser une partie de leur chaîne de valeur, ou optimiser leurs émissions polluantes, seront les mieux placés pour y faire face."

Une boîte à outils de la transition écologique appelée à s'enrichir

Dans cette optique, la banque publique entend donc enfoncer le clou. Elle lancera, dans les prochains jours, un accélérateur dédié à la décarbonation, pour accompagner, sur 24 mois, des entreprises prêtes à transformer en profondeur leur système productif.

Et pour les PME et ETI moins à l'aise, ou en quête de rentabilité plus immédiate, le Diag Eco-flux reste ouvert. Construit sur la même logique que le Décarbon'Action, cet outil est centré sur les consommations (eau, énergie, matières, déchets) et aboutit à des résultats probants, assure Bpifrance : il aurait permis de faire économiser, en moyenne, 71 000 euros par an aux 700 entreprises qui en ont bénéficié.

Avec le Diag Décarbon'Action, Bpifrance espère pousser 400 PME et ETI, en trois ans, à passer à l'action pour réduire leur empreinte carbone.
Avec le Diag Décarbon'Action, Bpifrance espère pousser 400 PME et ETI, en trois ans, à passer à l'action pour réduire leur empreinte carbone. — Photo : CC0

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