STX France : A Saint-Nazaire, le choix de Fincantieri inquiète

Par Amandine Dubiez, le 03 janvier 2017

Le tribunal de commerce de Séoul (Corée du sud) a désigné l’Italien Fincantieri comme candidat privilégié pour reprendre les chantiers de STX France à Saint-Nazaire. Un candidat qui est loin de susciter l’enthousiasme, ni chez les politiques ni chez les syndicalistes.
Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

« Nous ne voyons pas quel intérêt Fincantieri a à nous racheter », commente d’emblée Christophe Morel, délégué CFDT chez STX France. Le groupe italien est pourtant le seul candidat au rachat des chantiers navals nazairiens depuis une décision officielle du tribunal de commerce de Séoul (Corée du sud) du 3 janvier. « Nous faisons les mêmes choses que lui ! Il y aura sûrement des doublons au niveau des effectifs », poursuit le délégué syndical qui craint des suppressions d’emplois au niveau du bureau d’études et du service achats dans le groupe qui emploie 2.600 salariés et fait travailler 5.000 sous-traitants. « Fincantieri vient avant tout pour construire des paquebots de croisière. Il n’est pas intéressé par nos compétences dans le domaine des énergies renouvelables. Nous allons perdre le mix produit qui fait notre force. En cas de coup dur, on sait de quel côté ira la variable d’ajustement entre l’Italie et la France. » 

Christophe Morel avait bien rencontré, avec d’autres syndicalistes, fin décembre, les représentants de Fincantieri qui avaient fait le déplacement à Saint-Nazaire, tout comme ceux de Damen, un groupe industriel néerlandais du secteur. Pas de quoi le rassurer pour autant : « Ils nous ont montré leur plaquette commerciale, c’est tout. » Lui préférait la candidature de Damen. « Il y avait une vraie complémentarité entre eux et nous », regrette le syndicaliste. Mais le groupe néerlandais n’a finalement pas proposé d’offre, tout comme le Chinois Genting Hong Kong, un temps intéressé lui aussi.

Les acteurs discrets sur le dossier

Néanmoins, il reste du chemin à parcourir avant que Fincantieri devienne le propriétaire du site nazairien. L’Italien doit peaufiner son offre et se mettre d’accord sur un prix d’achat avec STX Offshore & Shipbuilding, la maison mère sud-coréenne de STX France. Une procédure qui prendra au moins encore quelques semaines. Le secrétaire d‘État à l’Industrie, Christophe Sirugue, a prévu de faire le déplacement à Saint-Nazaire le mercredi 4 janvier pour aller à la rencontre des syndicats de STX France. ll rencontrera aussi le maire de Saint-Nazaire très inquiet de l'offre de Fincantieri.

Les liens avec les Chinois inquiètent

"J’aimerais savoir pourquoi Damen n’a pas donné suite. C’était pour moi une idée intelligente. L'inquiétude concernant Fincantieri n’est pas sur le court terme mais sur le long terme. Si le marché se resserre, que fera-t-il des chantiers de Saint-Nazaire ? Est-ce qu’il sera prêt à les fermer ? Nous ne pouvons pas imaginer qu’il soit majoritaire au capital", s'interroge David Samzun, le maire de Saint-Nazaire. Fincantieri n'est pas non plus le candidat favori de Bruno Retailleau, le président de la région Pays de la Loire, ni même celui de Christophe Clergeau, président du groupe PS au conseil régional. Ce dernier estimant que « Fincantieri n'a pour le moment jamais su apporter les garanties nécessaires pour la poursuite du projet industriel du chantier et de ses diversifications vers les énergies marines renouvelables, pour le maintien de l'emploi, de la R&D, et des centres de décision à Saint-Nazaire. »

A l'inverse, pour Franck Louvrier, conseiller régional les Républicains, la désignation de l’Italien [...] est une bonne nouvelle car les Chantiers vont pouvoir s’adosser à un acteur industriel européen sain et solide que l’on connait bien et qui possède un spectre large dans la construction navale". Tout en concédant dans un communiqué qu'"il faut un tour de table le plus large possible (DCNS, croisiéristes…), obtenir des garanties pour le site de Saint-Nazaire, le management et les salariés".

Cet accueil plutôt froid s’explique par les liens qu’entretient l’Italien avec la Chine. Fincantieri a en effet créé une coentreprise avec China State Shipbuilding Corp destinée à alimenter le marché chinois de la croisière, en plein développement. Les responsables politiques craignent un transfert de compétences.

« Ils veulent utiliser notre cale »

Prudent, le groupe Fincantieri a simplement avisé par voie de communiqué, le 3 janvier au soir, avoir été choisi comme "candidat privilégié" au rachat de 66,66% de STX France. C’est déjà la troisième fois qu’il montre son intérêt pour le site nazairien. Détenu en majorité par l'État italien via la Caisse des Dépôts locale (71,6 %), Fincantieri compte 19.000 employés dans le monde et réalise un chiffre d'affaires de plus de 4 milliards d'euros. Son carnet de commandes atteint 21,8 milliards d’euros soit un niveau record, avec 106 bateaux à construire. À côté, les 14 immenses paquebots que STX s’est engagé à construire d’ici 2026 font figure de petits poucets.

Avec la reprise des chantiers de Saint-Nazaire, le groupe basé à Trieste pourrait se renforcer en Europe où il dispose déjà de quinze sites en Italie, Norvège, Roumanie et Pologne. « Nous savons qu’ils veulent utiliser notre cale qui est plus grande que la leur pour construire des plus gros paquebots, mais elle n’est pas disponible avant au moins dix ans », assure de son côté Christophe Morel.

DCNS en embuscade ?

Fincantieri, qui réalise la moitié de son chiffre d’affaires dans les bateaux de croisière, est présent dans tous les segments de la construction navale : des ferrys aux yachts en passant par la défense. Il travaille évidemment pour la marine italienne, mais également pour la marine américaine. Et pour la marine française ? C’est sur ce point que l’État, qui dispose d’une minorité de blocage et qui veut conserver ses 33,4% du capital dans le prochain consortium, pourrait poser un droit de véto. Il aurait insisté pour que DCNS prenne une participation minoritaire.

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