Énergie

Sobriété énergétique : comment une PME peut réduire sa consommation de gaz et d’électricité

Par Thibault Dumas, le 05 octobre 2022

Alors que le gouvernement présente son plan de sobriété énergétique ce jeudi 6 octobre, des experts expliquent comment une entreprise peut réussir à baisser sa consommation de gaz et d’électricité.

Baisser la consommation d’énergies, c’est d’abord une question de bon sens. Mais cela demande aussi la mise en place d’une véritable stratégie.
Baisser la consommation d’énergies, c’est d’abord une question de bon sens. Mais cela demande aussi la mise en place d’une véritable stratégie. — Photo : Renata Sedmakova

Ce jeudi 6 octobre, le gouvernement présentera son plan de sobriété. Il est le fruit de différentes concertations, ces dernières semaines, entre les services de l’État et les représentants de la société civile, des entreprises et des collectivités. Objectif : présenter des plans d’actions pour mettre en œuvre des mesures d’économies d’énergie. Plusieurs de ces plans de sobriété intéressent directement les entreprises. Ils sont issus des groupes de travail, "entreprises et organisation du travail", "établissements recevant du public et les grandes surfaces commerciales", "numérique et télécommunications", "transports" et "industrie".

Face à la menace de coupures de gaz et d’électricité brandie par le gouvernement et à la hausse des coûts énergétiques, l’entreprise n’a plus guère le choix : il faut réduire sa consommation. Reste à savoir comment s’y prendre.

Disséquer pour réduire sa consommation

La première chose à faire est d’en savoir un minimum sur sa consommation énergétique. Quelle est la consommation énergétique mensuelle ou annuelle de l’entreprise ? La calcule-t-on en kWh ou en MWh ? "La plupart du temps, nous sommes incapables de répondre à ces questions, sur le plan professionnel comme personnel. Même les services de l’État ont du mal avec les ordres de grandeur énergétiques", remarque Nicolas Taffeau, cofondateur du cabinet de conseil énergétique Studeffi, au Mans. Il est donc fondamental de bien comprendre ses factures et son cycle de consommation, soit par les applications des fournisseurs d’énergie, soit par une aide extérieure. Cela permettra notamment de déterminer le primordial "talon énergétique", c’est-à-dire la consommation énergétique hors de la période de production de l’entreprise. "Souvent on se dit que ça n’est pas important, qu’on ne va pas tout éteindre. Pourtant, c’est 20 à 40 % de la facture énergétique de la société", évalue Nicolas Rolle-Milaguet, fondateur du cabinet poitevin Stratenergie.

"On peut facilement atteindre 10 % d’économies d’énergie, voire 25 % en étant encore plus proactif et 30 % avec quelques contraintes"

C’est une question de bon sens, mais il est inutile de surchauffer les locaux de l’entreprise quand personne n’est présent. Outre la régulation du chauffage suivant l’occupation et leur réduction – un degré en moins permet de baisser de 7 % la consommation, assure l’Ademe – , les applications sont multiples. Les circuits d’air comprimé, fréquemment utilisés dans le secteur industriel, connaissent de nombreuses fuites avec un rendement souvent médiocre. Le diagnostic doit aussi porter sur l’éclairage : passer aux LED, aux détecteurs de mouvement. Mais aussi sur la ventilation, le système de refroidissement, la climatisation, etc. Pour Nicolas Taffeau, "dans le public ou le privé, l’industriel ou le tertiaire, on peut facilement atteindre 10 % d’économies d’énergie, voire 25 % en étant encore plus proactif et 30 % avec quelques contraintes."

Anticiper et planifier

"Les mesures qui peuvent se prendre le plus rapidement ne sont pas les plus efficaces. La sobriété énergétique demeure une entreprise de long terme. Même si les prix de l’énergie baissent dans six mois, ils ne reviendront sans doute pas au niveau d’avant-crise", cadre Éric Darlot, ingénieur à l’Ademe. Cela prend donc du temps. Notamment en interne, pour la collecte d’informations qu’un bureau d’études externe ne peut effectuer (typiquement l’emploi du temps des salariés ou l’organisation des envois ou des livraisons). Prenons le Diag Éco-Flux par exemple, un accompagnement aux économies d’énergies, mais aussi de déchets et de matières subventionné à 75 % par l’Ademe et opéré par Bpifrance, avec un "reste à charge" pour l’entreprise de 1 000 à 1 500 euros selon sa taille. La visite de diagnostic prend néanmoins d’une demi-journée à deux jours. Selon Éric Darlot, le diagnostic représente en tout 6 à 8 jours de travail total pour l’entreprise. "Au final, c’est plusieurs centaines d’euros par salarié. L’argument économique est à mettre en avant", poursuit-il.

Une stratégie d’investissement

"Une réduction de 30 % de la consommation en hiver, c’est possible avec discipline dans le temps, reprend le conseiller Nicolas Taffeau, mais il faudra être intransigeants sur les optimisations des process de travail et de fabrication." C’est-à-dire aller au-delà de changer ses vieilles chaudières. Dans une scierie, 95 % de la consommation d’un banc de scie provient de l’aspiration des copeaux en flux continu. S’orienter vers des devis et des investissements pour installer un variateur de vitesse électronique fait donc sens. "Cela prend minimum deux mois, mais ça vaut vraiment la peine, à condition d’avoir le matériel à disposition à l’achat", continue Nicolas Taffeau. Comptez plutôt des années pour changer une ligne de production vieillissante ou faire isoler un bâtiment. Parfois, la solution existe déjà sous nos yeux. "J’ai un client qui a deux lignes de fabrication. Après étude, on a réalisé que la première, plus ancienne, consommait deux fois plus que la plus récente. Toute la production a été réorientée vers la seconde avant des travaux plus lourds", illustre Nicolas Rolle-Milaguet.

"Mettre en place une véritable stratégie d’achat de l’énergie dans l’entreprise est indispensable vu le contexte"

Faire un état des lieux précis de son parc de véhicules et de son utilisation par les salariés – qu’on peut former à l’écoconduite – est aussi un incontournable avant d’en changer, en multipliant les carburants. Car la diversification des sources énergétiques est un autre investissement incontournable. Les panneaux solaires en autoconsommation apparaissent comme une évidence. Mais on peut aussi penser au solaire thermique, à la chaudière biomasse ou aux circuits de chaleur pour les besoins en chauffage. Pour les achats en énergie (électricité, gaz, bois, etc.) il ne faut pas oublier la possibilité d’achats groupés. "On demande au chef d’entreprise de gérer de plus en plus de choses, ça n’est pas facile. Mais mettre en place une véritable stratégie d’achat de l’énergie dans l’entreprise est indispensable vu le contexte", conclut le spécialiste Nicolas Rolle-Milaguet.

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