Gestion

Témoignage Slow business : 10 dirigeants expliquent comment ils ralentissent

Par Louise Pahun, le 26 octobre 2018

A l’encontre de l’hyperconnexion et du diktat de l’instantanéité, le "slow business" se définit comme l’art de ralentir au travail. Il promeut des temps de pause en décalage total avec le temps du business. Sports de l’extrême, sieste, méditation... dix dirigeants d'entreprise qui ont opté pour cette philosophie nous racontent leurs expériences.

Dans un quotidien professionnel ultraconnecté où l’instantanéité impose son tempo, le « slow business » est un mouvement de fond qui interroge notre rapport au travail, aux autres et à nous-mêmes. — Photo : ©Tijana - stock.adobe.com

Avalanche d’e-mails, réunions qui s’étirent, portables qui sonnent sans répit… Le quotidien du dirigeant d’entreprise est chargé. Parfois trop. Face à cette boulimie de sollicitations, la lenteur est une réponse qui se révèle paradoxalement pertinente. Déployée à la fois au service du bien-être et de la performance, elle devient même un outil plébiscité par les dirigeants. Dix d'entre eux ont bien voulu nous livrer leur secret pour lever le pied.

Dix astuces de dirigeants pour ralentir au travail

Dans un quotidien professionnel ultraconnecté où l’instantanéité impose son tempo, le « slow business » est un mouvement de fond qui interroge notre rapport au travail, aux autres et à nous-mêmes. Pour ralentir, à chacun son chemin. Il y a ceux qui démarrent les réunions sur un temps de silence, ceux qui pratiquent le yoga en entreprise. Ceux qui s’allongent le midi dans un bar à sieste ou ceux qui trouvent refuge dans un sport extrême. Dix dirigeants nous expliquent comment ils ont intégré - avec succès - le "slow" dans leur quotidien.

Le quart d’heure d’avance

« Lorsque j’arrive en retard à un rendez-vous, je suis à côté de la plaque et je m’épuise à justifier mon retard. Je m’efforce désormais de toujours arriver avec 15 minutes d’avance. Cela me permet de respirer et de réfléchir à ce que je vais dire. Pendant la rencontre, je suis pleinement disponible ».
Boris Derichebourg, président de Derichebourg Multiservices (Val-de-Marne)

La cuisine comme moment de plénitude

Cyril Chadé, directeur général de Polydea, à Lyon et Bruxelles.
Cyril Chadé, directeur général de Polydea, à Lyon et Bruxelles. - Photo : DR

« Entre Paris, Lyon et Bruxelles, mon agence de communication me demande de déployer une grande énergie et beaucoup de lucidité. La cuisine m’offre une parenthèse de décompression. En transformant mes ingrédients, je suis totalement dédié à cet acte. Le temps de cet intermède, mes dossiers disparaissent et sont remplacés par les goûts et les textures. »
Cyril Chadé, DG de Polydea (Lyon et Bruxelles)

Le sport dès potron-minet

« Je démarre mes journées à 6 heures du matin par une heure de sport avec un coach. Ce rituel me permet d’entretenir ma condition physique et d’arriver avec de l’énergie au bureau. Je suis beaucoup moins fatigué depuis que cette pratique est devenue régulière. J’affronte mieux le rythme très soutenu des semaines de travail. »
Jocelyn Denis, PDG de Digitaleo (Rennes)

Une cérémonie du thé express

« Lorsque j’éprouve le besoin de me ressourcer dans la journée, je consacre une vingtaine de minutes à la cérémonie du thé. Féru de culture nippone, c’est mon moyen d’établir une vraie coupure avec le travail. Je regarde le thé se répandre dans l’eau, la teinter, je me mets à humer les senteurs dégagées et je ressens la chaleur. »
Pierre Moniz-Barreto, directeur de la société immobilière de l’abbaye de Bassac (Charente) et auteur de Slow business : ralentir au travail et en finir avec le temps toxique, éditions Eyrolles (2015).

La « ronronthérapie »

« A la fin de la journée, je décompresse avec mes chats. Dans cette relation entre l’homme et l’animal, il y a la rencontre d’une altérité qui ne nous demande rien d’autre que d’être nous-mêmes. Les animaux n’ont pas de problème avec la technologie ou avec l’argent. Je les caresse et je ne pense à rien d’autre. La relation est apaisante. »
Margaux Gandelon, dirigeante du Café des chats (Paris)

Le karaté comme défouloir

André Rodriguez, cofondateur de Cap Réussite à Nantes.
André Rodriguez, cofondateur de Cap Réussite à Nantes. - Photo : Louise Pahun / Le JDE

« Le sport m’a toujours permis de mieux comprendre les relations humaines. Au karaté, je n’ai pas besoin d’expliquer qui je suis, ni de me raser, encore moins de porter une cravate. Je côtoie des gens de toute naissance. Pour un chef d’entreprise, c’est un chemin vers l’humilité. On a toujours beaucoup à apprendre de l’autre. »
André Rodriguez, cofondateur de Cap Réussite (Nantes)

La nuit porte conseil

« Les dirigeants n’ont pas le temps d’absorber tous les flux d’informations. Beaucoup de burn-out viennent de cette tension permanente ! Pour prendre du recul, je m’efforce de lutter contre l’instantanéité. Je reporte les décisions importantes au lendemain. Après une nuit de sommeil, mes réponses sont plus pertinentes. »
Charles Woitiez, dirigeant de Ma Formation Officinale et de Naocare (Angers)

Le bouton « off » du téléphone

« Autrefois, j’adorais les challenges. Aujourd’hui, je fais peut-être moins de choses mais je les fais mieux. Face à mes interlocuteurs, j’éteins mon portable et je suis totalement présent. Cela me permet de développer des rapports humains de meilleure qualité. »
Carl Honoré, conférencier, auteur de Éloge de la lenteur, éditions Marabout (2013)

De la hauteur grâce aux livres

Lionel Fournier, directeur de région Pays de la Loire chez Harmonie Mutuelle, à Nantes.
Lionel Fournier, directeur de région Pays de la Loire chez Harmonie Mutuelle, à Nantes. - Photo : Louise Pahun / Le JDE

« Je m’efforce de prendre le temps de lire des essais. Les ouvrages de sociologie m’oxygènent et me resituent dans mon activité professionnelle. Avec la lecture, je prends de la hauteur vis-à-vis de mon métier. Entre la lecture et une séance de vélo hebdomadaire, je trouve mon équilibre. »
Lionel Fournier, directeur de région Pays de la Loire chez Harmonie Mutuelle (Nantes)

La méditation en pleine conscience

« Le matin, je pratique la méditation. Je me recentre sur mon souffle, mes sensations, mes émotions et mes pensées. La méditation en pleine conscience est un outil puissant qui est d’abord l’intention de prendre soin de soi. Pratiquée en vue de la performance, il y a dérive dans son utilisation. A chacun de prendre conscience de ses propres limites ! »
François Tison, neurologue directeur de l’institut des maladies neurodégénératives, université et CHU de Bordeaux


Qu’est-ce que le "slow business" ?

Le "slow business" et sa philosophie prennent racine dans le mouvement du "slow food" qui émerge à la fin des années 1980. A l’encontre de l’hyperconnexion et du diktat de l’instantanéité, le slow business se définit comme l’art de ralentir au travail. Il promeut des temps de pause, en décalage total avec le temps du business.

Sports de l’extrême, sieste ou méditation : ces pratiques sont mises à profit pour se ressourcer, s’oxygéner l’esprit et prendre du recul. In fine, cela permet de revenir à la charge, mieux doté.

Dans un quotidien professionnel ultraconnecté où l’instantanéité impose son tempo, le « slow business » est un mouvement de fond qui interroge notre rapport au travail, aux autres et à nous-mêmes. — Photo : ©Tijana - stock.adobe.com

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Recevez chaque vendredi le Débrief, l'essentiel de l'actualité économique de votre région.

Poursuivez votre lecture