Financement

Sept bonnes raisons de devenir business angel

Par Florent Godard, le 30 janvier 2020

Plus de 12 000 investisseurs physiques ont placé leur argent, ces 20 dernières années, en France, au capital de jeunes pousses prometteuses. Qu’est-ce qui motive ces business angels ? Entre espoir de plus-values faramineuses et amour de l’entrepreneuriat, quatre de ces investisseurs expliquent leur démarche et dévoilent les raisons d'un engagement autant financier qu'humain.

Deux hommes, assis côte à côte, consultent un document.
Le business angel peut n’être qu’un investisseur dormant. Mais il acccompagne aussi très souvent le chef d’entreprise, en partageant son expérience et en ouvrant son carnet d’adresses. — Photo : ©Minerva Studio - stock.adobe.com

1 – Parce que cet investisseur finance la croissance de demain

Derrière la belle success story d’un entrepreneur se cache souvent un « business angel », ou investisseur providentiel en français. Avant de devenir des « licornes », ces start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars, des entreprises, comme Blablacar ou Doctolib, ont en partie réussi grâce à des hommes et des femmes qui ont cru en eux… Au point d’injecter leur propre argent, à titre individuel, au capital de ces sociétés.

Le soutien financier du business angel est souvent apporté aux start-up, mais existe aussi dans des secteurs plus traditionnels, tels que l’agroalimentaire ou l’immobilier. Pas toujours connu du grand public et parfois objet de nombreux préjugés, cet investisseur intervient pourtant à un moment clé de l’aventure. « En général, en phase d’amorçage, quand les porteurs de projets disposent d’une preuve de concept ou commencent à générer du chiffre d’affaires », précise Charles Richardson, président du réseau Provence Business Angels.

Le montant de l’enveloppe varie généralement de 50 000 à 1 million d’euros. « Nous nous situons entre la love money, distribuée par les proches, et le capital-risque, qui investit pour des sommes plus élevées », détaille Guy Gourevitch, président de l’association France Angels, qui fédère une soixantaine de réseaux français.

2 – Business angel n’est pas une activité réservée aux millionnaires

« Au départ, je pensais qu’il fallait être quasiment millionnaire pour se lancer, mais pas forcément ! », assure Charles Richardson. Pas besoin en effet de s’appeler Xavier Niel, Marc Simoncini ou Pierre Kosciusko-Morizet, pour se lancer dans l’aventure. Un business angel investit en moyenne 15 000 € par an, via des tickets pouvant aller « de 5 000 à 100 000 € environ par projet soutenu », calcule Guy Gourevitch.

« Pour devenir business angel, il faut avoir une connaissance de l’ensemble de l’entreprise, savoir lire un compte de résultat, avoir des notions de stratégies, etc. »

À quoi ressemble cet investisseur ? Son portrait-robot présente les traits d’un quinquagénaire, un homme (ultra-majoritairement), généralement chef d’entreprise en activité ou à la retraite, cadre supérieur ou membre d’un « family office ». Même s’il existe bien d’autres profils.

Cette sociologie s’explique par le patrimoine financier requis pour investir, mais pas uniquement. « Il faut tout de même avoir une connaissance de l’ensemble de l’entreprise, savoir lire un compte de résultat, avoir des notions de stratégies… D’où le fait qu’on retrouve beaucoup de gens qui ont siégé dans des comités de direction durant leur carrière », analyse Ghislaine Torres, 60 ans, membre du réseau Femmes Business Angels et ancienne dirigeante d’une PME de l’industrie textile.

3 – Parce qu’il est possible de toucher 80 fois sa mise de départ

Remporter 80 fois sa mise de départ. C’est le record pour un business angel en France. Reste qu’investir dans une jeune pousse constitue un placement hautement risqué. La moitié des entreprises n’atteignent pas le cap de leur cinquième année.

Pour limiter les risques, il est préférable d’investir dans une série de projets, afin qu’une ou plusieurs plus-values compensent les dépôts de bilan et les activités qui vivotent. « Multiplier par trois ou quatre sa mise, au moment de la sortie d’une start-up, n’est pas si rare », estime Guy Gourevitch.

4 – Pour bénéficier d'avantages fiscaux

Le business angel peut également bénéficier d’avantages fiscaux liés à l’investissement dans les start-up et PME, même si ceux-ci ont diminué sous l’ère Macron. Toute personne qui souscrit directement au capital de PME en phase d’amorçage, démarrage ou expansion, peut toutefois encore bénéficier d’une réduction d’impôt sur le revenu (IR). À condition d’être fiscalement domiciliée en France.

Connue sous le nom de dispositif « Madelin », cette défiscalisation peut atteindre 18 % des sommes investies chaque année par un business angel, dans la limite d’un montant de 50 000 € pour une personne seule et de 100 000 € pour un couple marié ou pacsé. En cas de dépassement, il est toutefois possible de reporter la fraction de l’investissement qui excède cette limite sur l’IR des quatre années suivantes. Cette baisse d’impôt pourrait même atteindre 25 %, si la Commission européenne acceptait cette demande d’extension au regard du droit communautaire.

Il ne faut pas oublier que le montant total des réductions et crédits d’impôt, dont peut bénéficier un contribuable, ne peut dépasser 10 000 € par an. Pour rappel, la réduction d’ISF n’existe plus, puisque cet impôt a été remplacé par l’IFI (impôt sur la fortune immobilière), fin 2017. Ce dernier rapportera toutefois beaucoup moins d’argent à l’État, d’après les estimations. Quel impact pour les business angels ? « Globalement, cela représente une économie d’impôt qui pourra être ventilée sur divers types d’investissements, comme l’amorçage de start-up », estime le président de Provence Business Angels, Charles Richardson.

5 – Pour partager son expérience de l’entreprise

Un business angel peut soit jouer un rôle d’investisseur quasi-dormant, soit coiffer une casquette de conseiller très impliqué dans l’opérationnel. « Le temps de présence varie de quelques heures par an minimum, jusqu’à atteindre entre 2 et 15 heures par mois, lorsque l’on accompagne un dossier », évalue Charles Richardson. « Il faut avoir le goût de l’entrepreneuriat, l’envie d’aider ses pairs, en mettant à disposition ses compétences et son réseau », insiste Alain Pujol, du réseau Angels Santé, qui soutient aussi bien la création de médicaments et dispositifs médicaux que l’e-santé.

« Il faut avoir le goût de l’entrepreneuriat, l’envie d’aider ses pairs, en mettant à disposition ses compétences et son réseau. »

Après avoir occupé des fonctions de direction chez Sanofi, ce patron d’une société de conseil en innovation (APHC Consulting) « aide les startuppers à trouver les bonnes portes d’entrée et rencontrer les décideurs au sein de grands groupes. Les créateurs pensent souvent que la technologie parle d’elle-même. C’est une erreur : on doit partir du besoin auquel elle répond, comprendre les attentes du client, les enjeux des grands groupes… ».

Ghislaine Torres, elle, met l’accent sur le marketing : « J’alerte sur la concurrence directe et indirecte, car les créateurs partent souvent la tête dans le guidon, en pensant qu’ils sont seuls au monde. » Le business angel distille son expérience avec un subtil recul, étant donné sa position d’actionnaire minoritaire. « On questionne, on aiguille le ou la chef(fe) d’entreprise mais on ne dit pas : "faîtes ceci ou cela" », décrit Ghislaine Torres.

6 - Pour plonger au cœur des nouveaux business

Au contact des jeunes pousses, le business angel s’enrichit intellectuellement. « Les start-up constituent une source d’innovation considérable dans tous les domaines », rappelle Alain Pujol, qui a ainsi découvert, avec Hillo, les nouvelles possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour aider les personnes diabétiques à réaliser leurs injections d’insuline au bon moment.

À Lyon, Ghislaine Torres a, pour sa part, étudié un projet culinaire : Popotte Duck. Ce robot crée immédiatement des recettes sur-mesure à partir d’une liste d’ingrédients transmise à haute voix. Une solution ludique et anti-gaspillage pour se débarrasser des restes qui encombrent le réfrigérateur. « Dans cet univers, vous découvrez des idées simplement originales au premier coup d’œil, mais qui feront le monde de demain. Ça vous donne une telle énergie ! », se réjouit l’entrepreneuse.

7 – Parce que des réseaux de business angels préparent le terrain

Beaucoup de business angels opèrent en réseaux, réunissant des dirigeants d’un même territoire, des anciens élèves ou des spécialistes dans un secteur d’activité. Ces réseaux présélectionnent généralement sur dossier les créateurs d’entreprise. Ces derniers viennent ensuite exposer leur projet devant les business angels : 5 à 10 minutes de présentation, des questions-réponses, parfois suivies d’un cocktail pour discuter à bâtons rompus. Si le pitch séduit, le dossier est instruit : on étudie le parcours des candidats, le produit ou service, on creuse le business model… une sorte d’audit général. À l’issue d’une seconde présentation, chacun décidera individuellement d’investir ou pas. Ceux qui veulent investir se constituent en pool. Un ou plusieurs d’entre eux suivront l’aventure en siégeant au conseil de surveillance ou comité stratégique. Voilà pour le processus le plus classique.

Parfois, les clubs décident de créer une société d’investissement de business angels, ou Siba. Ici, les volontaires mettent leur argent dans un pot commun et laissent un comité d’investissement choisir les projets et les montants à allouer. Alain Pujol s’est, par exemple, initié grâce à la Siba. « C’est une bonne façon de débuter, pour apprendre à investir et à suivre les projets, au contact de business angels plus expérimentés, raconte-t-il. Un bon moyen aussi de réduire les risques, car le fonds finance plusieurs projets via un portefeuille plus équilibré. »

Deux hommes, assis côte à côte, consultent un document.
Le business angel peut n’être qu’un investisseur dormant. Mais il acccompagne aussi très souvent le chef d’entreprise, en partageant son expérience et en ouvrant son carnet d’adresses. — Photo : ©Minerva Studio - stock.adobe.com

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