Banque

Regain de tensions entre Arkéa et la Confédération nationale du Crédit Mutuel

Par Isabelle Jaffré, le 15 janvier 2021

Après plusieurs mois d’apaisement, la tension est revenue entre la Confédération nationale du Crédit Mutuel et le Crédit Mutuel Arkéa sur la question de l’indépendance. La CNCM a introduit à l’ordre du jour de son conseil d’administration de janvier un projet d’harmonisation qui interdirait notamment au groupe breton de communiquer sous le nom "Groupe Arkéa".

Jean-Pierre Denis, président d'Arkéa, Hélène Bernicot, directrice générale, et Anne Le Goff, directrice générale déléguée.
Jean-Pierre Denis, président d'Arkéa, Hélène Bernicot, directrice générale, et Anne Le Goff, directrice générale déléguée. — Photo : © Isabelle Jaffré

Le dossier de l’indépendance de la tutelle de la Confédération du Crédit Mutuel (CNCM) voulue par le groupe bancaire breton Crédit Mutuel Arkéa refait surface avec la mise à l’ordre du jour du conseil d’administration de la CNCM de janvier 2021 un projet de « décision à caractère général relative au renforcement de la cohésion ».

« Manœuvre de centralisation forcée »

Sous cette appellation, l’obligation d’utiliser le nom Crédit Mutuel dans la communication des fédérations, des produits mais aussi pour le sponsoring et la publicité. Une proposition ressentie comme une « attaque violente » chez le groupe breton Arkéa, qui regroupe les fédérations du Crédit Mutuel de Bretagne et du Sud-Ouest et qui communique depuis quelques années maintenant sous le nom Arkéa seul : naming de l’Arkéa Arena à Bordeaux, sponsor voile, etc. La décision entraînerait un changement pour Arkéa de ses logos et de sa charte visuelle. « Pourtant, en 2019, le tribunal administratif de Rennes avait validé l’usage des dénominations "Arkéa" et "groupe Arkéa", soulignant leur utilisation depuis de nombreuses années, y compris par la Confédération Nationale du Crédit Mutuel elle-même, et jugeant que celles-ci ne prêtaient à aucune confusion », précise le groupe breton dans son communiqué.

La période d’apaisement demandée par la Banque centrale européenne (BCE) est clairement terminée. « Nous dénonçons fermement une nouvelle manœuvre de centralisation forcée de la part de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel, déclare Hélène Bernicot, directrice générale du groupe Arkéa. Ce projet est particulièrement préoccupant en ce qu’il nous impose des contraintes injustifiées, en totale opposition avec le principe de subsidiarité que le conseil d’administration de la Confédération Nationale du Crédit Mutuel a pourtant inscrit dans ses statuts en 2018. »

Craintes pour la stratégie et les emplois

Le groupe Crédit Mutuel Arkéa est aussi inquiet pour la mise en œuvre de sa stratégie et ses emplois. Le projet prévoit en effet aussi de soumettre au contrôle et à la validation préalable de la CNCM l’ensemble de l’offre commerciale et tous les produits et services proposés, et de conditionner les opérations significatives de croissance externe ou la création de certaines filiales à l’autorisation préalable de l’organe central. La CNCM souhaite l’adopter dès le 25 janvier, avec des sanctions en cas de nom conformité dans des délais de trois à six mois. Une rapidité que dénoncent les dirigeants d’Arkéa. « Ce projet, présenté en urgence, remet en cause notre modèle, notre liberté d’entreprendre et notre raison d’être. Il fait peser sur les territoires d’implantation du groupe un risque réel et sérieux sur les emplois, directs et indirects », poursuit-elle.

La direction du groupe breton a rencontré à plusieurs reprises les représentants de la BCE pour évoquer ce nouvel épisode. Un conseil d’administration exceptionnel du Crédit Mutuel Arkéa s’est tenu le 14 janvier. À l’unanimité, il demande le retrait immédiat de ce projet. Il donne par ailleurs mandat à la direction générale pour prendre toutes les mesures qui assureront la protection des intérêts du groupe, avec notamment des recours. Le groupe compte aussi faire appel aux élus locaux mais aussi à la mobilisation des acteurs économiques du territoire. À défaut de voir le retrait immédiat du projet, Arkéa demande a minima son report. « S’il venait à être adopté, nous prendrions toutes les mesures nécessaires pour rester maître de notre vision stratégique, de nos choix de développement au plus près et en faveur des territoires et de leurs parties prenantes », conclut Hélène Bernicot.

Jean-Pierre Denis, président d'Arkéa, Hélène Bernicot, directrice générale, et Anne Le Goff, directrice générale déléguée.
Jean-Pierre Denis, président d'Arkéa, Hélène Bernicot, directrice générale, et Anne Le Goff, directrice générale déléguée. — Photo : © Isabelle Jaffré

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