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Rachat de STX France : « Fincantieri n’a pas une âme de colonialiste »

Par Amandine Dubiez, le 19 avril 2017

Le P-dg de Fincantieri est venu ce mercredi 19 avril aux chantiers navals de Saint-Nazaire. Il a tenu à rassurer les sous-traitants et les salariés du constructeur français de paquebots. Interview.
Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

Les drapeaux français et italiens dessinés sur sa cravate. Plus qu’un détail vestimentaire, un symbole. Giuseppe Bono, P-dg de Fincantieri, est venu rassurer les 2.300 salariés ainsi que la centaine de sous-traitants des chantiers navals de Saint-Nazaire. C’est la toute première visite de l’actionnaire italien
qui a acquis officiellement la semaine dernière 48% des chantiers navals de Saint-Nazaire, jusqu’alors contrôlé par le groupe coréen STX Offshore & Shipbuilding.




Giuseppe Bono, vous avez rencontré les syndicats ce matin, que leur avez-vous dit ?
Nous leur avons expliqué que nous n’avons pas une âme colonialiste. Nous sommes ici parce que nous pensons que cette entreprise peut ajouter de la valeur à notre entreprise.




Concrètement, comment allez-vous manager le site de Saint-Nazaire ?

Concernant le management, nous renouvelons toute notre confiance à l’actuelle direction. Elle sera autonome dans la gestion des chantiers. Le travail est assuré pour au moins 10 ans mais on doit travailler maintenant pour préparer ce qui suivra. Notre problème fondamental sera de nous préparer pour l’avenir. On n’est pas un investisseur de métier, on est un industriel, ce qui compte ce n’est pas la dernière ligne de bilan mais d’envisager la stabilité dans le temps. Evidemment, il serait stupide de ne pas exploiter les synergies.




C’est-à-dire ?
Actuellement avec Fincantieri, nous utilisons 150.000 tonnes d’acier par an, les chantiers de Saint-Nazaire en utilisent 50.000 tonnes, il y a des synergies à faire au niveau des achats. On va aussi mutualiser nos études sur les énergies renouvelables. Nous aussi nous avons fait des recherches sur des plateformes offshore, dans nos mers, qui sont plus profondes.




Allez-vous faire appel à d’autres sous-traitants ?
Non tout simplement parce que le transport coûte cher ! De toute façon, la sous-traitance se construit autour des chantiers. Et puis je dois vous dire qu’actuellement c’est plutôt Laurent Castaing (NDLR, directeur général des chantiers navals de Saint-Nazaire) qui vient acheter en Italie et non l’inverse !




Qu’apportez-vous aux chantiers navals de Saint-Nazaire ?

Nous avons la part de marché la plus grande du monde et tous les clients présents sur le marché. Ce qui nous manque c’est Royal Caribbean Cruise Line en tant que client, et Disney. Saint-Nazaire travaille pour l’armateur Royal Caribbean Cruise Line, et ça c’est un avantage.




Est-ce que certains services peuvent disparaitre, être fusionnés avec vos services italiens? C’est l’inquiétude des salariés…

Je n’ai jamais vu un salarié qui ne soit pas inquiet. Ce chantier a tout ce dont il a besoin pour fonctionner, que ce soit au niveau de l’ingénierie ou de la conception. Concernant les bureaux d’études par exemple, en Italie nous avons un seul centre de conception pour nos huit chantiers, leur transférer des dossiers de Saint-Nazaire serait problématique.




Vous avez noué des partenariats avec des chantiers navals chinois. Les Nazairiens s’en inquiètent. Que leur répondez-vous?
La Chine est le plus grand marché qui existe au monde. C’est une grande opportunité. Moi je ne sais pas arrêter le vent, et je ne connais pas grand monde qui puisse le faire ! Le marché de la croisière est très compliqué. A l’avenir, la concurrence ne se fera pas sur les prix mais sur la qualité, la capacité d’innovation et la capacité de fournir au client ce qu’il veut.




Mais pourriez-vous être tenté de faire fabriquer par des Chinois des paquebots qui auraient pu être fabriqués ici ?

Ce sont des choses qui se racontent au niveau politique pour susciter l’émotion. A Shanghai, un ingénieur coûte plus cher que ce que l’on paye en Italie ou en France. Et c’est aussi le cas pour un ouvrier qualifié. On a besoin d’ouvrier spécialisé, pas d’ouvrier sans compétence. Le haut professionnalisme a un prix dans le monde entier.




DCNS est entré au capital des chantiers à hauteur de 12%. Quelles sont vos ambitions concernant le secteur militaire ?

Je vois l’arrivée de DCNS d’un très bon oeil. Fincantieri a déjà une tradition sur le militaire. Les chantiers de Saint-Nazaire n’ont pas de référence dans ce secteur (NDLR :
STX France a pourtant construit avec DCNS deux bâtiments de projection et de commandement, livrés en 2016 à la marine égyptienne) or nous nous l’avons, et nous augmentons en plus notre capacité de production. Si on est bien équipé, on pourra développer une activité militaire pour des questions de marge.

De toute façon, on ne pourra pas faire de folie, sinon je pense bien que le gouvernement français (NDLR, qui reste actionnaire à hauteur de 33% des chantiers nazairiens) appellera le gouvernement italien et qu’il nous demandera directement ce qui se passe !

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