Qu’attendre de l’élection d’Alain Rousset en Aquitaine Limousin Poitou-Charentes ?

Par Yann Buanec, le 14 décembre 2015

Le candidat socialiste a receuilli 43,8% des suffrages, devant la représentante de la droite et du centre Virginie Calmels (33,9%) et le FN Jacques Colombier (22,3%). Cet ardent défenseur de l’industrie et des lignes à grande vitesse devra composer avec EELV pour obtenir une majorité absolue.
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Elle n’a pas encore de nom, mais elle a un président. La nouvelle région formée par l’Aquitaine, le Limousin et Poitou-Charentes sera présidée par Alain Rousset à compter du 4 janvier. Le candidat socialiste a receuilli 43,8% des suffrages lors du second tour qui l’opposait à Virginie Calmels et Jacques Colombier. Il prend la tête d’une collectivité qui réunit 5,8 millions d’habitants et dispose d’un budget de 2,5 milliards d’euros.

Pour Alain Rousset, cette campagne n’aura pas été de tout repos. Donné largement vainqueur par les premiers sondages, qui lui prédisaient 13 points d’avance sur son adversaire LR-Modem-UDI-CNPT, il a vu son avantage se réduire à 3 points à l'issue du premier tour. Un faible écart qui l’a conduit à proposer à EELV (5,6% des voix au premier tour) une fusion des listes. Son score au second tour demeure finalement sans équivoque, puisqu'il termine avec 10 points de plus que sa rivale, et ressort vainqueur dans les douze départements ainsi qu’à à Bordeaux, Poitiers et Limoges. L’affrontement avec Virginie Calmels a été âpre et le candidat socialiste ne manquait pas de dénoncer ces dernières semaines « vilénies », « mensonges » et « coups bas » de celle-ci. Allant même jusqu’à la qualifier de « Ponce Pilate », tout en espérant que « sa carrière politique soit la plus courte possible ».




Première opposante

Il faut dire que l’ancienne patronne d’Endemol, élue à la Mairie de Bordeaux depuis moins de 2 ans, ne l’a pas épargnée. Par exemple en l’attaquant sans relache sur sa mauvaise gestion du conseil régional, voire le salaire illégalement élevé du directeur général des services. La novice en politique a surpris son monde par son aisance et sa pugnacité. Partie à la conquête d’un territoire fortement ancré à gauche, elle n’a pas démérité et sans doute gagné ses galons pour de futurs combats électoraux…

Alain Juppé a d'ailleurs salué celle qu'il avait choisi pour mener le combat des régionales: « Virginie Calmels a conduit une magnifique campagne et je l'appellerai prochainement à de plus hautes fonctions auprès de moi ». Sans doute une vice-présidence de Bordeaux Métropole lui est-elle promise. Chef de l’opposition du nouveau conseil régional, Virginie Calmels continuera d’être le caillou dans la chaussure d’Alain Rousset, peu habitué à une quelconque résistance au sein du conseil régional d’Aquitaine. Il faut dire que Xavier Darcos, candidat malheureux face à lui en 2010, a déserté Bordeaux depuis bien longtemps.




Constuire la nouvelle région

Pour Alain Rousset, le mandat qui débute sera d’abord consacré à constuire la nouvelle région. Sur un territoire grand comme l’Autriche, il va s’attacher à rassurer et rester au plus près des territoires. Très attaché au développement économique, il devrait appliquer à la grande région les méthodes qu’il a mis en place depuis plusieurs années en Aquitaine : soutien à l’innovation, développement du programme « Usine du futur », outils d’aide au financement… Il a également annoncé durant sa campagne qu’il souhaitait créer
un fonds de fonds doté de 100 millions d’euros, ainsi qu’un fonds de retournement pour soutenir les entreprises en difficultés. 100.000 TPE doivent être aidées dans leur développement numérique.




Les LGV en question

Le nouveau président de région devra également clarifier sa position sur les projets de lignes à grande vitesse (LGV). Défenseur historique des lignes vers Toulouse et l’Espagne, il a négocié un accord électoral avec EELV au second tour, au terme duquel il s’engage à ne pas financer de nouvelles LGV. Tout en affirmant qu’il est « plus que jamais partisan de LGV entre Poitiers et Limoges, Bordeaux et Toulouse et Bordeaux et Dax ». Alain Rousset évoque de nouvelles ressources financières : grand emprunt, taxe carbone, Europe ou vignette régionale. On a pourtant du mal à croire qu’une telle infastructure puisse voir le jour sans le concours financier du conseil régional. Il sera impossible à Alain Rousset de se dédire, car il est tenu par son accord avec EELV. Le parti écologiste détient 17 sièges, qui assurent au président de région la majorité absolue. Socialistes et apparentés ont obtenu 90 sièges dans une assemblée qui en compte 183…





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