Nantes : Boeing s’invite sur les terres d’Airbus… Et Airbus est d’accord

Par Amandine Dubiez, le 15 septembre 2016

Boeing vient d’annoncer son adhésion au pôle de compétitivité EMC2, monté à l’origine par Airbus. Ce dernier a donné son accord explique la direction du pôle. L’adhésion, entérinée depuis le mois d’avril dernier, a été officialisée hier.
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Boeing s’invite donc sur les terres de son meilleur ennemi, Airbus.Il rejoint le pôle de compétitivité EMC2 qui compte 330 membres, et qui a labellisé plus de 400 projets en R&D. L’avionneur américain va y lancer des recherches sur les matériaux, l’automatisation et l’impression 3D, au sein même des laboratoires créés il y a 10 ans par Airbus lui-même. Pourquoi s’inviter en terrain ennemi ? Boeing n’avait, en fait, pas vraiment le choix. Le géant américain n’avait pas de centre R&D en France, or il en fallait bien un pour aller chercher ensuite des financements européens et lancer des programmes de recherche avec les centres de recherche espagnol et italien. 

Le choix d’implantation a été vite fait, les experts aéronautiques étant concentrés à Toulouse et Nantes. Hors de question d’aller du côté de Toulouse, maison mère d’Airbus. Nantes semblait donc être la seule piste d’atterrissage possible. Le pôle EMC2 est effet devenu, en 10 ans une référence dans le domaine des technologies avancées de production en France, expert sur les questions du composite. « Le pôle a des compétences qui ne se trouve pas partout dans le monde, c’est un fait », explique la direction du pôle de compétitivité.

Pas question d'ouvrir la porte de l'IRT Jules Verne

L'avionneur américain travaille déjà avec une centaine de fournisseurs français dans l'Hexagone. Avec ce centre de R&D, Boeing va aussi, et surtout, profiter d’un écosystème fourmillant de sous-traitants experts en aéronautique et matériaux composites. Airbus, dont le directeur du site est au conseil d’administration du pôle EMC2 a donné son accord, affirme la direction du site. « Rien n’a été signé, précise-t-on en interne, mais la limite se fera elle-même sur certains projets ». En clair : pas question d’ouvrir certains laboratoires et hors de question d’ouvrir la porte de l’IRT Jules Verne, LE centre d’innovation fondé par d’Airbus.

Surveiller son voisin

En réalité, cette arrivée n’est pas vécue comme une menace par Airbus. D’une part, cela va créer un appel d’air, détendre les relations de dépendance que certains sous-traitants ont vis-à-vis d’Airbus. D’autre part, le groupe aéronautique va pouvoir surveiller les sujets de recherche de son voisin… N’y-a-t-il pas un risque de transfert de compétence ? « Non , affirme clairement la direction du pôle EMC2, de toute façon, certains sous-traitants ont des clauses de confidentialité avec Airbus, donc ils savent ce qu’ils peuvent faire ou non. » 

« Le mieux qui pourrait nous arriver, poursuit la direction, serait que des entreprises de chez nous deviennent sous-traitants de Boeing et que notre territoire se développe grâce à cela. » 

Pour rappel, Airbus a un carnet de commande plein pour les 10 ans à venir avec 6700 appareils à livrer. Boeing doit en livrer 5700.

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