Technologies

Municipales 2020 : les start-up réclament leur part des marchés publics locaux

Par Pierrick Lieben, le 13 février 2020

France Digitale veut faire entendre la voix des start-up dans la campagne des municipales 2020. Dans un manifeste, l’association lance dix propositions aux candidats pour favoriser le développement des entreprises technologiques sur leur territoire. Au cœur des idées mises en avant : leur donner un accès plus large à la commande publique. Explications.

Portail d'hôtel de ville.
Les start-up, représentées par France Digitale, se verraient bien entrer par la grande porte dans les mairies, à la faveur des élections municipales 2020. L'association demande notamment à ce que 20 % des commandes publiques soient dirigées vers les entreprises technologiques. — Photo : Satya Prem - Pixabay

Les start-up descendent dans l’arène des élections municipales. En amont du scrutin des 15 et 22 mars 2020, France Digitale, porte-voix de 1 500 entreprises technologiques tricolores, vient de publier Hacking20. Ce manifeste, à l’attention des candidats, milite pour la mise en œuvre d’une « politique pro-start-up » dans les territoires, à travers dix propositions.

Les start-up vantent leurs solutions aux futurs maires

Des entrepreneurs de la tech qui se mêlent de politique ? Rien de plus naturel pour Nicolas Brien, le directeur général de France Digitale : « Le numérique, c’est quoi ? C’est parler du quotidien des Français et préparer l’avenir. Comme dans une élection. Autrement dit, les politiques devraient toujours parler de numérique. Le problème est qu’ils ne le font pas souvent… » L'association a donc décidé de prendre les devants.

Plus qu’un catalogue de revendications, le manifeste de France Digitale est présenté par Nicolas Brien comme « une boîte à outils » à disposition des futurs élus. Le document promeut ainsi les services de ses start-up adhérentes en matière de mobilité, d'emploi ou encore de lutte contre la pollution.

« En ignorant les start-up, la commande publique se coupe d’un vivier de solutions et ne joue pas son rôle d’accélérateur de la transition numérique. »

Sur ces sujets, « les start-up détiennent une partie de la solution », insiste le directeur général. Et réciproquement, les collectivités locales auraient aussi une partie de l’avenir de ces entreprises entre leurs mains. Deux propositions demandent ainsi aux maires de s’engager dans une démarche d’open data, à travers l’ouverture des données publiques « dans toutes les communes » et « l’association des start-up à [leur] exploitation ». Surtout, quatre des dix idées développées dans le manifeste Hacking20 visent à faciliter l’accès des PME technologiques à la commande publique.

4 propositions pour imposer les start-up sur les marchés publics

Il faut dire que le gâteau des marchés publics est pour le moins alléchant : 31 milliards d’euros de contrats ont été passés par les collectivités locales en 2018, selon l’Observatoire économique de la commande publique. À peine plus de la moitié de cette somme est tombée dans l’escarcelle des petites et moyennes entreprises. Or, parmi elles, affirme Nicolas Brien, se trouve une part « infinitésimale » de start-up, et ce « pour une raison simple : ceux qui rédigent les appels d’offres n’ont pas toujours en tête qu’il existe des PME technologiques. Ils n’ont pas cette culture-là. Ce qui veut dire que la commande publique, d’une part, se coupe d’un vivier incroyable de solutions et, d’autre part, ne joue pas son rôle d’accélérateur de la transition numérique. »

• 20 % des commandes publiques pour les start-up

Nicolas Brien, directeur général de France Digitale.
Nicolas Brien, directeur général de France Digitale. - Photo : Aliocha Boi

La solution, soumise aux maires par France Digitale : diriger 20 % des commandes publiques vers les start-up. « Il ne s’agit pas de leur réserver ou leur attribuer 20 % des contrats, précise Nicolas Brien. C’est un objectif à atteindre pour leur permettre de bénéficier de ces marchés, directement ou indirectement, dans le cadre d’un consortium d’entreprises, par exemple. Pour y parvenir, nous proposons l’insertion d’une clause start-up dans les appels d’offres, à la manière de ce qui se fait sur l’insertion sociale ou le mieux-disant environnemental. »

Pas question ici de venir marcher sur les plates-bandes des PME classiques. Plutôt de venir jouer dans la cour des grands groupes : « Sur le cloud ou les économies d’énergie, par exemple, les contrats reviennent plus facilement à de gros donneurs d’ordre, capables de remplir beaucoup de papiers, de lever les contraintes juridico-légales et d’appréhender les subtilités administratives de l’exercice, déplore le DG de France Digitale. Pourtant, les start-up seraient légitimes à participer et proposer des solutions. »

• Accélérer les procédures d’appels d’offres

Deux autres idées exposées dans le manifeste Hacking20 consistent à systématiser « le recours aux contrats d’expérimentation et d’essai » et de « réduire à deux mois la durée de concertation sur les appels d’offres ».

Sur ce dernier point, Nicolas Brien rappelle que « dans 80 % des cas, les start-up disparaissent au bout de deux ans… Raccourcir les délais de la commande publique les aiderait donc à rester dans la course, sans mettre en danger leur trésorerie. »

La commande publique, enjeu de développement pour la tech

Avec ses propositions, les start-up lorgnent donc clairement les marchés publics. Mais plus qu’une manne à capter, Nicolas Brien y voit surtout un levier de développement essentiel pour la tech française : « Partout dans le monde, que ce soit dans la Silicon Valley, en Corée du Sud, en Israël, etc., la commande publique a toujours joué un rôle extrêmement important dans l’amorçage des écosystèmes d’innovation », rappelle-t-il.

« Est-on serein face à l’idée que l’intégralité de la révolution numérique est en train de s’écrire quelque part entre San Francisco et Shenzhen ? »

C’est pour cette raison que France Digitale inscrit son action, au-delà des seules élections municipales, dans une démarche plus globale. Celle d’une souveraineté numérique à construire : « Sur les vingt plus grosses entreprises technologiques dans le monde, pas une seule n’est européenne. Nous avons donc une question majeure à nous poser : est-on serein face à l’idée que l’intégralité de la révolution numérique est en train de s’écrire quelque part entre San Francisco et Shenzhen ? »

Dans cette perspective, les récentes mesures d’assouplissement de l’accès des PME aux appels d’offres et la multiplication des initiatives gouvernementales en faveur des start-up (Next40, French Tech 120, effort de financement des investisseurs institutionnels, etc.) sont jugées, certes, positives par le directeur général de France Digitale. Mais toujours insuffisantes.

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