Europe

L'Union européenne, une aubaine pour les PME ?

Par Anna Quéré, le 16 mai 2019

Alors que les élections européennes se déroulent le 26 mai 2019, le Brexit et la montée de l’euroscepticisme dans les sondages jettent un trouble sur l’avenir de l’Union européenne. Sur le plan économique, l’Europe apporte pourtant indéniablement aux PME françaises. Même s’il reste encore beaucoup à construire.

Parlement européen à Bruxelles
Depuis la mise en place du marché unique, les échanges entre les pays membres de l’Union Européenne ont augmenté de 109 % pour les biens et de 58 % pour les services. — Photo : ©Grecaud Paul - stock.adobe.com

Rarement l’Europe n’aura cristallisé autant de critiques. Tandis que le Royaume-Uni se déchire depuis de longs mois autour du Brexit, les sondages prédisent une montée des partis dits eurosceptiques lors des prochaines élections européennes, qui se dérouleront du 23 au 26 mai. Dans le monde de l’entreprise aussi, l’Union européenne (UE) n’est pas toujours en odeur de sainteté. Entre ses règlements jugés contraignants et l’image d’une bureaucratie pesante, Bruxelles apparaît bien souvent lointaine. Si ce n’est carrément hors-sol.

Un PIB français boosté par le marché unique

Pourtant, on a tendance à l’oublier, l’Europe est une réalité bien tangible pour beaucoup d’entreprises, qui peuvent aujourd’hui compter sur un marché unique de 500 millions de consommateurs. Depuis sa mise en place, les échanges entre les pays membres de l’Union européenne ont augmenté de 109 % pour les biens et de 58 % pour les services, selon une estimation datant de 2018, réalisée par les économistes du Cepii, un service du Premier ministre. Cette accélération des flux rejaillit positivement sur la création de richesses. Toujours selon le Cepii, le marché unique permettrait d’accroître le PIB français de 3,4 %, de façon permanente. Ce qui veut dire que, si le marché unique n’existait plus, le produit intérieur brut reculerait mécaniquement dans les mêmes proportions. Et, pour Jean-Marie Avezou, administrateur à la Commission européenne, ce marché est très favorable aux petites et moyennes entreprises : « La contribution des PME à la croissance de la valeur ajoutée et de l’emploi a dépassé ce à quoi on aurait pu s’attendre ».

50 000 entreprises françaises touchent des aides

Pour réduire la distance entre ses instances et les PME, l’Union européenne a créé Enterprise Europe Network. En l’espace de 10 ans, plus de 200 000 entreprises en France ont pu bénéficier à plus ou moins grande échelle du soutien de ce réseau animé dans chaque région française par des acteurs locaux – souvent les CCI. « Nos juristes peuvent informer les entreprises presque en temps réel sur l’évolution des réglementations européennes. Par exemple, on va expliquer à un dirigeant comment il peut procéder au niveau social et fiscal pour rapidement vendre ses produits dans un autre pays de l’union », explique Alexandre Colomb, l’un des trois porte-parole d’Enterprise Europe Network en France. Ce réseau aide aussi les entreprises à trouver des partenaires dans les pays voisins, des fournisseurs ou des distributeurs. Et il aiguille les entreprises dans leurs recherches de financements.

Plus de 50 000 entreprises françaises bénéficient annuellement de financements européens, selon une estimation de Bpifrance. En France, les fonds sont en partie pilotés par la banque publique et concernent trois domaines. En premier lieu, l’innovation et la recherche, via le programme Horizon 2020, qui représente 70 milliards d’euros. « Il y a un réel intérêt financier mais c’est aussi un levier efficace pour accéder plus rapidement à de nouveaux marchés et à de nouveaux clients (parce que ce programme amène les entreprises à travailler en réseau, NDLR) », explique Christian Dubarry, responsable du pôle Europe de Bpifrance. Ce programme d’envergure comprend un volet spécifique dédié aux PME, intitulé Eurostars. Il existe également la possibilité pour les PME d’accéder à des prêts garantis par l’Europe.

Enfin, existent les fonds structurels comme le Feder, qui représentent 15 milliards d’euros pour la France. Ils financent surtout les programmes « Interreg », des aides européennes désormais aux mains des conseils régionaux, qui valorisent des projets qui concernent plusieurs régions européennes. Dans les Hauts-de-France, par exemple, la Région s‘est associée avec sa voisine Grand Est et les régions Wallonie et Flandres. À la clé : 170 millions d’euros pour encourager des projets qui mêlent des entreprises, des collectivités publiques et des organismes privés, à cheval sur les deux pays. « Chez nous, c’est un petit programme mais il a été très bien consommé sur l’exercice 2014-2020. C’est la preuve d’un bon dynamisme, bien adapté aux besoins du terrain », se réjouit Élizabeth Boulet, conseillère régionale des Hauts-de-France.

Mieux prendre en compte les besoins des PME

Mais tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes et de nombreux chantiers demeurent en construction. Si les aides européennes peuvent s’avérer conséquentes pour les entreprises, les dossiers sont souvent lourds et fastidieux à monter. « Les entreprises ou les structures qui accèdent aux fonds européens font l’objet de nombreux audits et de contrôles. Ce qui les dégoûte parfois de recommencer », assure ainsi Élizabeth Boulet. Nombreuses sont aussi les entreprises à décrier la complexité des règlements européens – à l’image du RGPD. Pour la CPME, il est ainsi urgent que Bruxelles puisse « prendre en compte les besoins des PME dans l’élaboration des règles européennes ».

Par ailleurs, se développer sur le marché européen n’est pas si simple. En cause : le manque d’harmonisation sociale et fiscale qui ne permet pas toujours de créer les conditions d’une concurrence équitable. Y compris entre des pays très proches. « Entre l’Allemagne et la France, il demeure de nombreuses différences en matière fiscale, réglementaire pour les entreprises, sans parler de la politique sociale. Nous avons besoin d’un véritable marché unique, il doit être plus facile de faire du business entre les État membres », assure ainsi le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux.

À Bruxelles, on dit entendre le message et travailler pour davantage de simplifications. Comme pour la mise en place en 2021 de nouvelles règles du jeu pour ce qui concerne la TVA appliquée au commerce en ligne : « La proposition réduira les coûts globaux supportés par les PME et offrira des conditions de concurrence plus équitables aux petites entreprises », assure ainsi Jean-Marie Avezou, administrateur à la Commission européenne. La mise en place en 2023 d’un portail numérique unique, permettant aux citoyens et aux entreprises d’effectuer leurs principales démarches administratives en ligne, répond à la même logique. Dans une Europe qui se construit encore pas à pas, le Brexit donne à réfléchir : « Ce que vivent les Anglais avec le Brexit, c’est pédagogique en un sens, assure Alexandre Colomb. On se plaint de la bureaucratie européenne ou des normes mais on bénéficie de la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux, et on se rend compte aujourd’hui à quel point cela est précieux pour les entreprises. »

Parlement européen à Bruxelles
Depuis la mise en place du marché unique, les échanges entre les pays membres de l’Union Européenne ont augmenté de 109 % pour les biens et de 58 % pour les services. — Photo : ©Grecaud Paul - stock.adobe.com

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