Ressources humaines

Les start-up de la French Tech s'engagent pour plus de parité

Par Pierrick Lieben, le 02 juin 2022

Une soixantaine d’entreprises de la French Tech ont décidé de prendre des engagements pour favoriser l’emploi des femmes. Une initiative libre et volontaire, à l’impact toutefois limité. Mais ce "pacte" n’est qu’un début, promettent ses participants, qui y voient aussi une solution à leur pénurie de main-d’œuvre.

Réunies autour d’un "Pacte parité", 69 entreprises de la French Tech ont décidé d’ouvrir un peu plus leurs portes aux femmes, à travers une série de 5 engagements volontaires.
Réunies autour d’un "Pacte parité", 69 entreprises de la French Tech ont décidé d’ouvrir un peu plus leurs portes aux femmes, à travers une série de 5 engagements volontaires. — Photo : Jacob Lund

Les entreprises de la French Tech ne veulent pas seulement être des championnes du numérique, elles prétendent à devenir aussi des bonnes élèves de la parité. Quelque 69 start-up (comme Akeneo, iAdvize, Klaxoon, Mirakl, Ynsect…) viennent de prendre 5 engagements volontaires, pour laisser (un peu) plus de place aux femmes en leur sein.

Une initiative originale sur la forme, car elle émane de jeunes structures de taille parfois modeste là où le sujet s’invite habituellement, dans les plus grandes entreprises, par la contrainte extérieure du législateur. Sur le fond toutefois, la portée de ce "Pacte parité" s’avère finalement assez modeste.

Deux objectifs chiffrés, avec onze ans de retard

La principale promesse prend ainsi la forme de deux objectifs chiffrés : atteindre au moins "20 % de femmes siégeant au board (conseil d’administration, NDLR) de l’entreprise d’ici 2025, puis 40 % d’ici 2028". Ce qui revient à appliquer les mêmes seuils que ceux imposés aux grandes entreprises par la loi Copé-Zimmermann… mais avec onze ans de retard.

Certaines start-up devront toutefois aller, de fait, beaucoup plus loin, souligne la French Tech : du fait de leurs effectifs déjà conséquents, elles seront soumises aux obligations de la nouvelle loi Rixain (30 % de femmes chez les cadres dirigeants et 30 % dans les instances de direction, pour les sociétés de plus de 1 000 salariés, à partir de 2027, puis 40 % en 2030).

Des engagements à impact limité, pour l’instant

Pour le reste, ce "Pacte parité" se limite à quelques bonnes pratiques de ressources humaines, qui frisent parfois avec le simple rappel à l’ordre et aux obligations réglementaires. Ainsi en est-il de l’engagement à "garantir dès maintenant que 100 % des fiches de postes" soient rédigées de telle sorte qu’elles parlent autant aux femmes qu’aux hommes. Ou encore la mise en place d’un "accompagnement spécifique pour chaque salarié au retour de son congé parental, d’ici fin 2022".

Par ailleurs, dès cette année, les signataires formeront tous leurs managers aux "enjeux de la diversité et la lutte contre les discriminations et le harcèlement". Ils constitueront aussi "une équipe paritaire" de collaborateurs, "amenés à prendre la parole au nom de l’entreprise". Le principe est de rendre davantage visibles les femmes de la tech et en inspirer ainsi d’autres pour les rejoindre.

Loin d’être une révolution donc, ce "Pacte parité" entend plutôt poser les "fondations d’un grand chantier, qui se poursuivra sur le long terme". D’ailleurs, le rapport à l’origine de cette initiative fourmille d’autres propositions, souvent plus marquantes, mais laissées en friche, à l’état de "pistes de travail". C’est le cas, par exemple, de cette idée d'"introduire et prendre en charge un allongement du congé" de parentalité, au-delà de ce que prévoit déjà la loi.

La parité, une réponse (aussi) aux difficultés de recrutement

Les pépites du numérique se lancent donc à pas feutrés sur le chemin de la parité. Et pourtant, l’enjeu n’est pas seulement sociétal. L’équation est aussi économique pour elles : "La tech est l’un des secteurs les plus concernés par le manque de main-d’œuvre", rappelle le document de synthèse. Or, la parité représente de nombreux atouts, "vis-à-vis de l’interne (fierté, rétention) et de l’externe (recrutement de nouveaux talents)".

D’autant qu’en la matière, les marges de progression sont immenses, admet Clara Chappaz, la directrice de la mission French Tech : il n’y a aujourd’hui "aucune femme parmi les CEO du Next40" (comprendre : les PDG des 40 champions du numérique tricolores). Plus globalement, la gent féminine occupait moins de 40 % des emplois dans les start-up, indiquait l’Insee dans une récente étude portant sur l'année 2018.

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