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Automobile

Interview "Les sous-traitants automobiles manquent de visibilité sur l’évolution de la filière"

Entretien avec Vincent Carel, responsable de la filière automobile à la CCI Grand Est, en charge du Pôle Véhicule du futur sur la Lorraine

Propos recueillis par Caroline Scribe - 05 décembre 2022

Avec la fin des voitures thermiques en Europe en 2035, l’industrie automobile française doit aujourd’hui se reconstruire. Pour les sous-traitants, il va falloir s’adapter à la baisse des volumes et à la disparition d’activités traditionnelles. Mais aussi savoir profiter des opportunités, explique Vincent Carel, responsable de la filière automobile à la CCI Grand Est.

Vincent Carel, responsable de la filière automobile à la CCI Grand Est.
Vincent Carel, responsable de la filière automobile à la CCI Grand Est. — Photo : Studio Chlorophylle

Quels sont les enjeux de la transition énergétique pour les sous-traitants automobiles ?

Pour toute la filière, la bascule vers l’électrique représente un énorme défi d’autant que, ces dernières années, de gros efforts avaient été faits pour diminuer l’empreinte carbone des motorisations thermiques. Ce qui aurait pu amener à d’autres solutions que le "tout électrique". Ce n’est pas le choix qui a été fait par l’Europe. Dans ce contexte, les constructeurs ne sont pas en si mauvaise posture. Ils ont concentré la production sur les modèles les plus rentables. Donc, si les volumes baissent, leurs marges sont plus élevées. En revanche, les équipementiers et les sous-traitants souffrent. Il y a dix ans, ils étaient en position de force. Aujourd’hui, les constructeurs réinternalisent beaucoup autour du pack batterie et un véhicule électrique comporte moins de composants qu’une chaîne de traction thermique. Il y a donc des pans de l’industrie traditionnelle qui risquent de disparaître, dans les domaines du décolletage, du traitement des métaux, de la fonderie, de l’emboutissage… Derrière ces savoir-faire, il y a beaucoup de PME et TPE industrielles, très spécialisées, qui maillent les territoires, notamment dans l’Est, le Nord et en Rhône-Alpes. Elles n’ont pas toujours la visibilité nécessaire pour s’adapter à l’évolution de leurs principaux clients vers le véhicule électrique.

Quelles solutions s’offrent à elles ?

Dans le cadre de France 2030, des aides sont prévues pour les accompagner dans la modernisation de leurs outils de production, afin de gagner en compétitivité et compenser les baisses de volume. La diversification de leur activité, par exemple vers l’aéronautique, n’est pas toujours simple, car les outils de production ne sont pas dimensionnés pour. En revanche, le véhicule électrique offre des opportunités dans les domaines de la mécatronique, de l’électronique de puissance, de la connectivité, de la chimie des batteries… Cela représente un énorme enjeu de formation et de compétences. Il faut aussi prendre en compte les services associés à l’environnement du véhicule électrique. De plus en plus autonome, la voiture ne servira plus simplement à se déplacer, mais s’inscrira dans une chaîne de communication, comportant de nouveaux usages, comme le covoiturage, le passage d’une voiture à un vélo électrique, le leasing conçu sur le même principe qu’un abonnement téléphonique…

C’est toute une filière qui est à reconstruire ?

Oui et c’est maintenant que ça se joue. Il ne faut pas rater ce virage sous peine de se faire distancer dans la concurrence mondiale. L’objectif est de relocaliser des activités depuis l’amont (l’exploitation d’une mine de lithium), jusqu’à l’aval. Ce qui inclut le recyclage des matériaux, mais aussi la commercialisation des véhicules ou encore les services de réparation… Il faut refonder toute la filière autour de l’électromobilité.

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