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Santé

Les pistes pour remettre les industries de santé françaises sur pied

Par Pierrick Lieben, le 15 avril 2021

L’épidémie de Covid-19 sonnera-t-elle le réveil des industries de santé françaises ? Après une série de déconvenues dans la lutte contre le coronavirus, plusieurs acteurs de l’innovation, dont Bpifrance et France Biotech, avancent leurs solutions pour remettre l’écosystème français dans le sens de la marche.

En matière de recherche médicale, la France ne manque pas d’idées mais d’entreprises capables de les développer à grande échelle. C’est à ce défi qu’entend s’attaquer le "plan healthtech", présenté par Bpifrance et France Biotech, entre autres.
En matière de recherche médicale, la France ne manque pas d’idées mais d’entreprises capables de les développer à grande échelle. C’est à ce défi qu’entend s’attaquer le "plan healthtech", présenté par Bpifrance et France Biotech, entre autres. — Photo : © Transgene

Revers du fleuron national (Sanofi) dans la course aux vaccins, financement d’une entreprise innovante (Valneva) par une puissance étrangère, retards rédhibitoires sur les dernières technologies (l’ARN messager)… La pandémie de Covid-19 aura jeté une lumière crue sur l’innovation médicale en France et sa capacité à répondre rapidement aux défis d’une crise sanitaire mondiale. Ce constat d’échec, le "plan healthtech" concocté par le Boston Consulting Group (BCG) avec Bpifrance, France Biotech et Bio-Up, ne l’occulte pas.

L’innovation médicale française n’a pas décollé

Car les difficultés des acteurs français à se développer sur ces marchés exigeants ne sont pas nouvelles. Dans un précédent rapport de 2017, BCG "pensait que la France était sur le point de voir émerger des champions de la santé. À l’époque, quelques pépites n’étaient pas loin d’atteindre le statut de licorne [sociétés valorisées à plus d’1 milliard de dollars, NDLR], se souvient Marie Humblot-Ferrero, directrice associée du cabinet. Force est de constater que cela n’a pas eu lieu…"

Pour ne pas rater le prochain "tournant" de l’innovation en santé, le rapport avance donc plusieurs propositions, après avoir entendu 35 dirigeants et experts de la healthtech - autrement dit, toutes ces activités qui utilisent les technologies et/ou le numérique pour concevoir médicaments et vaccins (biotech), dispositifs médicaux (medtech) et parcours de soins (e-santé).

Le besoin vital de bâtir une politique industrielle stable

Pour sortir cet écosystème de l’ornière, la priorité serait de combler le fossé persistant entre acteurs publics et privés. Ou, comme le dit Paul-François Fournier, directeur exécutif en charge de l’innovation à Bpifrance, jeter "un pont régulier, étroit et continu entre le système de santé et les filières de production. L’amont et l’aval doivent se parler de manière plus structurelle." D’où la proposition d’instaurer un "trait d’union" entre les deux, sous la forme d’une Agence de l’innovation en santé.

• Agence de l’innovation en santé

Cette structure nouvelle serait garante de la cohérence et de la constance d’une véritable politique industrielle du secteur. "Il faut que le système de santé exprime ses besoins, explique Franck Mouthon, à la tête de France Biotech. De cette manière, il pourra promettre aux innovateurs une commande publique qui sécurisera tout le monde. Ainsi, vous supprimez l’aléa de l’accès aux marchés pour l’entreprise et vous améliorez sa capacité à mobiliser des fonds privés car, pour l’investisseur, le risque est alors mieux partagé."

Cette lisibilité pourrait aider le secteur à accéder à des tours de table plus conséquents en phase de développement - ce qui constitue précisément l’un des points faibles de la France -, quand la recherche et l’amorçage semblent, au contraire, donner satisfaction.

• Hubs territoriaux et simplification administrative

En complément de cette Agence de l’innovation en santé, le rapport réclame la structuration de la healthtech autour d’une dizaine de "hubs prioritaires, géographiques et/ou sectoriels", où se déploierait la stratégie industrielle nationale et se concentreraient les moyens dédiés. Une logique de pôle de compétitivité en somme.

À cette demande renouvelée d’un État stratège et partenaire, s’ajoutent des revendications, assez habituelles, sur "l’acculturation" réciproque des acteurs publics et privés, la "fluidification" et la "simplification" des relations, notamment dans les domaines du transfert de technologies, des essais cliniques et de l’accès au marché.

Un défaut de compétences à combler dans les entreprises

Mais les défaillances de l’écosystème français ne viennent pas que des pouvoirs publics. Les entreprises ont aussi leur part de responsabilité dans leurs retards à l’allumage depuis 2017. En cause, laissent entendre les auteurs du rapport, un défaut d’anticipation sur le volet industriel de leurs projets et, partant, un manque d’investissement dans les expertises idoines.

« Il faut réfléchir à l'industrialisation dès le démarrage du projet, pour absolument éviter de perdre du temps ou d'échouer par la suite »

"Le développement clinique, la production d’un médicament ou sa mise sur le marché, ce sont des phases où vous avez besoin de compétences et d’expériences spécifiques", estime Elsy Boglioli, fondatrice de Bio-Up, une société de conseil en santé qui accompagne les entreprises du secteur. Or, les dirigeants français pêcheraient dans ces domaines : ils doivent "réfléchir à l’industrialisation dès le démarrage, pour absolument éviter de perdre du temps, ou d’échouer, dans les phases aval".

Aux incubateurs, start-up studios et autres structures d’accompagnement d’orienter les sociétés sur ces sujets, selon le rapport. Un rôle que peuvent aussi jouer les fonds d’investissement spécialisés, assure Elsy Boglioli. Ils sont à même, "par leur activisme et leur interventionnisme, de mobiliser les compétences qui le seraient trop peu" dans l’entreprise.

Des propositions bientôt entendues ?

Les auteurs du plan healthtech le reconnaissent, leurs solutions ne sont pas nouvelles. Mais ils en sont convaincus, l’heure est propice à leur réalisation. "On n’a jamais autant parlé de souveraineté sanitaire, relève Marie Humblot-Ferrero. Il y a un consensus et une volonté politique beaucoup plus forte aujourd’hui." La crise du Covid-19 est passée par là et les acteurs économiques ont désormais l’oreille de l’État.

Le Conseil stratégique des industries de santé doit présenter, d’ici la fin du deuxième trimestre, ses propositions pour relancer le secteur. Le cap a déjà été fixé par le président de la République Emmanuel Macron : "faire de la France une nation leader en matière d’industrie et d’innovation en santé".

En matière de recherche médicale, la France ne manque pas d’idées mais d’entreprises capables de les développer à grande échelle. C’est à ce défi qu’entend s’attaquer le "plan healthtech", présenté par Bpifrance et France Biotech, entre autres.
En matière de recherche médicale, la France ne manque pas d’idées mais d’entreprises capables de les développer à grande échelle. C’est à ce défi qu’entend s’attaquer le "plan healthtech", présenté par Bpifrance et France Biotech, entre autres. — Photo : © Transgene

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