Les instruments de musique seraient-ils en voie de disparition ?

Par Amandine Dubiez, le 11 octobre 2016

« Alerte grave sur les instruments de musique » alerte la chambre syndicale de la facture instrumentale. L’utilisation de l’essence de bois Dalbergia utilisé par les fabricants de hautbois, clarinette, violon et guitare principalement, va être soumise d’ici deux mois à un durcissement de réglementation qui pourrait être fatal à la survie de certains artisans.
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C’est un bois qui pousse dans les forêts tropicales du Mozambique, de la Tanzanie, de Madagascar, du Brésil et du Mozambique principalement, et que l’on retrouve dans les hautbois, les clarinettes, les manches des guitares, les chevilles des violons et violoncelles mais aussi sur les touches des xylophones. Le palissandre, et plus précisément le dalbergia, va être soumis à une plus rude réglementation qui sera appliquée d’ici le début de l’année 2017. Désormais, pour toutes les importations ou exportations de cette essence, les fabricants devront demander une autorisation. Une lourdeur administrative qui va pénaliser une filière qui réalise la majorité de ses ventes à l’exportation. « Notre savoir-faire est reconnu partout dans le monde. On est une filière qui exporte énormément et on est en train de se tirer une balle dans le pied », s’alarme Fanny Reyre Menard, vice-présidente de la Chambre Syndicale de la Facture Instrumentale.

« Une mesure injuste »


La décision a été prise lors de la 17ème convention sur le Commerce International des Espèces de Flore Sauvage menacées d’extinction ( CITES), à Johannesburg, le 5 octobre dernier. « Une mesure injuste », estime Fanny Reyre Menard. « Nous utilisons une espèce particulière de Dalbergia, le melanoxylan, qui n’est pas du tout en voie d’extinction », s’alarme la luthière nantaise. « La mesure a été prise pour contrer le saccage qui est fait par des industriels de l’Asie du Sud est des forêts de Madagascar. Ils s’en servent pour faire des meubles. Nous, on utilise une essence qui vient du Mozambique et en plus, on fait très attention aux origines de nos bois. On fait attention à ce qu’un arbre soit planté à chaque coupe », se défend-elle.

« La loi de l’emmerdement »


La luthière a demandé d’urgence un amendement auprès des ministères. « Le cabinet de Ségolène Royal nous a dit qu’il allait se pencher sur le sujet. On a bien senti qu’ils n’avaient pas anticipé la mesure. Sauf que pour nous cela peut avoir de graves conséquences », explique-t-elle. « Il va falloir demander une autorisation d’exportation à notre fournisseur en Tanzanie, qui lui-même devra demander une autorisation d’importation. Nous qui réalisons plus de 90% de nos ventes à l’international, on devra aussi demander une autorisation pour exporter les instruments. Cela va freiner les acheteurs », explique Jérôme Perrod, Pdg de Buffet Crampon, le leader mondial de la clarinette avec 85% de parts de marché. « Nous avons un service administratif qui va s’occuper de cela mais pour les plus petites structures, comme les luthiers ou artisans indépendants, cela peut être catastrophique », conclut-il. « Les exportations à l’international, c’est déjà rock n roll mais là, c’est vraiment la loi de m’emmerdement. Cela va nous plomber les marges », renchérit Fanny Reyre Menard.

"Les clients n'en veulent pas"

"Des substituts au palissandre ont bien été trouvés pour les guitares, explique Jacques Carbonneaux, consultant pour le fabricants d'instruments de musique installé à Thouaré-sur-Loire Algam, mais les clients n'en veulent pas". "S'ils testent la guitare à l'aveugle, ils sont ravis, mais si on leur précise avant que ce n'est pas du palissandre, alors ils n'en veulent pas", poursuit Jacques Carbonneaux.  Le cormier ou le platane seraient par exemple de bonnes alternatives. Mais en attendant que ces essences soient acceptés par les musiciens, Jacques Carbonneaux a décidé de monter au créneau pour demander une dérogation sur cette nouvelle réglementation. "On va se battre, on a prévu des recours", prévient le consultant d'Algam.

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