Financement

Les cinq clés pour réussir sa campagne de crowdequity

Par Pierrick Lieben, le 05 juillet 2018

Le "crowdequity" est une forme de financement participatif qui permet à des investisseurs particuliers d'acquérir des parts dans des entreprises et d’en devenir des actionnaires. Mais ouvrir le capital de son entreprise à la foule est loin d’être une opération anodine. Voici cinq conseils pour mener à bien sa campagne de crowdequity.

Louise Chopinet, responsable développement entreprise chez Wiseed. — Photo : Wiseed

1 - Ne pas se précipiter

Non, le financement participatif en capital (ou crowdequity) n'est pas une solution miracle pour dirigeants en mal de capitaux. C’est pourtant le premier écueil sur lequel s’échouent bon nombre de postulants. Oussama Bourhaleb, analyste chez SmartAngels (plus de 30 M€ collectés pour une soixantaine de projets depuis 2012), voit passer des demandes émanant d’entrepreneurs qui n’ont pas encore créé leur société. « Cela ne sert à rien de venir trop tôt », martèle-t-il.

Et pour cause : si les plates-formes spécialisées touchent plusieurs milliers de personnes à la fois, cette "foule" est d’abord constituée… d'investisseurs. A ce titre, ce sont les projets solides, portés par une équipe sérieuse, sur un marché prometteur, qui vont les attirer. « Le financement participatif est un investissement comme un autre : il faut arriver structuré, avec une stratégie et une vision d’entreprise », confirme Louise Chopinet, responsable développement entreprise chez Wiseed (une centaine de projets d’entreprises financés à hauteur de 40 M€ depuis 2008).

2 - Choisir la bonne plate-forme

Il existe aujourd’hui une dizaine de sites web consacrés au financement participatif en capital. Premier réflexe : vérifier leur agrément CIP (Conseiller en investissement participatif) ou PSI (Prestataire en services d'investissement).

Il convient ensuite de confronter les conditions de financement proposées à ses propres besoins. Et ne pas négliger le côté humain, pour Louise Chopinet : avec le crowdequity, « on rentre sur des aventures qui durent entre cinq et dix ans. Mieux vaut aller vers des gens avec qui on se sent bien. »

3 - Se faire recommander

Les sites de crowdequity sont réputés pour être sélectifs. Pour augmenter ses chances de retenir leur attention, il peut être judicieux de faire appuyer son dossier par un tiers. Chez SmartAngels, on le reconnaît : « nous travaillons plus sur des projets qui nous ont été recommandés », soit par des membres de la communauté (entrepreneur ou investisseur), soit par un professionnel du financement. Ces prescripteurs servent alors de premier filtre et rassurent les plates-formes.

De la même manière, SmartAngels apprécient les entreprises accompagnées par des leveurs de fonds. « Ils vont qualifier les projets et il existe une sorte d’alignement d’intérêts entre eux et nous », explique Oussama Bourhaleb.

4 - Soigner sa communication

En financement participatif, pas de secret : il faut savoir (faire) parler de soi. Cette règle d’or s’applique pleinement au crowdequity. « On reste sur des logiques de mobilisation de communauté », indique Louise Chopinet. Avec un mot d’ordre : la transparence. « Il faut être prêt à montrer ce qu’on fait et comment on le fait. Or, certains dirigeants ne prennent pas conscience de l’ampleur de la communication à déployer. » Wiseed exige, par exemple, des entreprises la publication d’au moins une information par semaine sur la plate-forme. Et comme sur SmartAngels, les dirigeants doivent présenter leur projet en vidéo. Oussama Bourhaleb parle d’« un jeu de séduction ».

« Certains dirigeants ne prennent pas conscience de l’ampleur de la communication à déployer lors d'une campagne de crowdequity. »

Leurs recettes pour attirer les investisseurs : mise en place de newsletter, publication régulière d’informations, recours aux réseaux sociaux et médiatisation. C’est dans cet effort de communication que le dirigeant peut faire la différence, selon « la façon et la rapidité avec laquelle il va répondre aux questions et le niveau d’information qu’il amène », détaille Louise Chopinet.

5 - Récolter plus que de l’argent

Une campagne de crowdequity offre des avantages extra-financiers, qu’il faut savoir saisir – à commencer par un surcroît de visibilité et l’accès à un réseau élargi. A l’issue d’une levée de fonds, Wiseed fournit, par exemple, une liste d’« actionnaires engagés », disposés à mettre à disposition leurs compétences, connaissances ou contacts.

La masse des investisseurs mobilisés (jusqu’à plusieurs centaines par projet) peut également servir à l’entreprise d’ambassadeurs, voire de relais de croissance… en plus de former un premier cercle vers lequel se tourner pour un prochain tour de table.

Louise Chopinet, responsable développement entreprise chez Wiseed. — Photo : Wiseed