France

Financement

Les aides de sortie de crise sur lesquelles les entreprises peuvent compter pour soulager leur trésorerie

Par Caroline Scribe, le 09 juillet 2021

Plus d’un an après le déclenchement de la crise sanitaire, la situation financière des PME françaises reste délicate. Entre les échéances de remboursement, les baisses d’activités et la préparation de la reprise, les entreprises doivent résoudre des équations parfois difficilement solubles. Pour les aider, le gouvernement prolonge son principal dispositif, le PGE. Et lance plusieurs aides de poids pour aider les entreprises à se relancer : les prêts participatifs et le carry-back".

40 % des dirigeants d'entreprise estiment qu'un renforcement de leur trésorerie est nécessaire pour bien amorcer la reprise.
40 % des dirigeants d'entreprise estiment qu'un renforcement de leur trésorerie est nécessaire pour bien amorcer la reprise. — Photo : sabthai

Le climat général des affaires en France a fortement rebondi en mai. L’indicateur calculé par l’Insee dépasse le niveau d’avant crise pour atteindre son plus haut niveau depuis trois ans. Le déconfinement, l’amélioration de la situation sanitaire et les progrès de la campagne de vaccination incitent les chefs d’entreprise à l’optimisme en dépit d’incertitudes persistantes sur l’avenir. La crainte des dirigeants porte sur l’état de leur trésorerie : comment dégager la rentabilité nécessaire pour faire face au remboursement des dettes reportées pendant la crise, tout en finançant le redémarrage du cycle d’exploitation ? Au rebours de la hausse de moral enregistrée par l’Insee, 53 % des dirigeants de TPE et PME interrogés par la CPME se disent inquiets pour la pérennité de leur entreprise. En cause, la hausse du prix des matières premières, les difficultés d’approvisionnement et l’endettement accru de leur entreprise au premier trimestre 2021. 

22 000 défaillances "manquantes"

Pour autant, la vague annoncée de faillites d’entreprises ne déferle pas. Toujours sous perfusion d’aides publiques, les entreprises tiennent bon. 7 406 défaillances d’entreprises ont été enregistrées au premier trimestre 2021. C’est 32 % de moins qu’à la même période 2020. Toutefois, les liquidations judiciaires augmentent : elles ont concerné 770 entreprises entre la mi-mars et la mi-avril, contre 352 sur la même période en 2020. Peut-être les premiers signes d’une augmentation des procédures collectives. "La situation n’a que peu évolué depuis l’automne dernier. Si le nombre d’entreprises défaillantes demeure bas, c’est essentiellement en raison des PGE consommés, mais aussi de la non reprise des procédures de recouvrement forcées des organismes fiscaux et sociaux", analyse Max Jammot, responsable du pôle d’études économiques chez Ellisphere, qui publie ces chiffres. L’assureur-crédit Coface estime, pour sa part, à 22 000 les défaillances "manquantes" en France : 8 600 sans le secteur de la construction, 1 800 dans le commerce, 1 500 dans l’industrie, 1 200 dans les services aux entreprises et 800 dans les transports. Le sort de ces entreprises en suspens devrait se décider d’ici à 2022. D’autres ne croient pas à ce raz-de-marée de faillites. C’est le cas du président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui envisage certes un rattrapage, mais demeure confiant au vu des enquêtes menées par son organisation : seules 5 % des entreprises jugent qu’elles auront du mal à rembourser leur prêt garanti par l’État (PGE).

Pas de mur des dettes ?

Le PGE constitue effectivement la pierre angulaire du plan de soutien aux entreprises. Selon la Fédération Bancaire Française (FBF), plus de 675 000 entreprises ont bénéficié de ces prêts pour un montant global de près de 137 milliards d’euros (chiffres arrêtés au 9 avril). La moitié des entreprises bénéficiaires n’a pas dépensé le PGE, se constituant une réserve de trésorerie dans l’attente de jours meilleurs. Les autres vont devoir le rembourser : 14 % s’apprêtent à rembourser dès 2021, environ 14 % font le choix d’amortir leur prêt entre 2022 et 2023, 11 % entre 2024 et 2025, tandis que 68 % optaient pour la durée la plus longue possible, soit 2026. Pour Philippe Brassac, président de la FBF : "Il ne s’est pas formé de mur de dettes Covid. Il faut distinguer entre le sauvetage - les aides - et la dette. Les PGE ont logiquement augmenté la dette des entreprises d’environ 10 %, mais également leur trésorerie dans la même proportion. La courbe de la dette nette des entreprises est restée dans son trend décennal, sans sursaut en 2020."

La FBF considère qu’environ 5 à 10 % des PGE pourraient ne pas être remboursés, soit environ 10 milliards de créances à la charge de l’État et des banques. A contrario, le président du réseau Initiative France, Guillaume Pépy, redoute que 70 % des PGE accordés aux TPE ne fassent défaut. Or, 9 prêts sur 10 ont été contractés par ces petites entreprises. D’où le souhait émis par la CPME que "les entreprises puissent regrouper toutes les dettes et créances cumulées, via un prêt de consolidation garanti par l’État et amortissable sur une durée de dix ans, ainsi que cela se pratique en Allemagne."

Aides à la sortie de crise

Conscient de ces risques, l’exécutif a prévu plusieurs dispositifs pour aider les entreprises, et notamment les plus petites, à sortir par le haut de la crise. Depuis le début du mois de mai, 11 milliards d’euros de prêts participatifs Relance sont disponibles dans les réseaux bancaires. Cet instrument de financement, exceptionnel et disponible jusqu’à fin juin 2022, est conçu pour permettre à des PME et ETI de consolider leur bilan afin de préserver leurs capacités d’investissement et de financer leur redémarrage. Les prêts participatifs représentent une alternative aux instruments de marché pour les entreprises n’y ayant pas accès ou ne souhaitant pas ouvrir leur capital. Le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti), par la voix de son président Frédéric Coirier s’exprimant dans Le Figaro, redoute, pour sa part, que les prêts participatifs ne ratent leur cible, s’ils ne sont pas reconnus comme des quasi-fonds propres. "Si ce n’est pas le cas, ils n’auront aucune utilité, ils ne seront pas utilisés", prévient-il.

Par ailleurs, un amendement gouvernemental a été déposé dans le projet de loi de gestion de la sortie de crise sanitaire. Il propose de créer une procédure collective rapide pour les petites entreprises confrontées à des problèmes de dettes, mais qui n’avaient pas de difficultés financières avant la crise. Sont concernées les entreprises de moins de 20 salariés et ayant moins de 3 millions d’euros de montant de passif déclaré.

Plus récemment, Bercy, dans son projet de budget rectificatif qui prévoit une rallonge de plus de 15 milliards d’euros, a décidé, comme le souhaitait le patronat, de renforcer le mécanisme fiscal de report en arrière des déficits ou "carry-back". Cet outil permet à une entreprise, qui a réalisé un déficit fiscal au titre d’une année, de récupérer sous la forme d’une créance une partie de l’impôt sur les sociétés versé l’année précédente, lorsque l’entreprise avait dégagé des bénéfices. Le dispositif actuel serait assoupli avec la suppression du plafond de 1 million d’euros et la possibilité d’imputer le déficit sur les trois exercices précédents, et non sur un seul.

Ces nouvelles mesures risquent de s’avérer d’autant plus utiles que les aides d’urgence aux entreprises vont s’éteindre progressivement au cours de l’été. Par la suite, le gouvernement entend les réserver principalement aux entreprises qui resteraient impactées par la crise sanitaire, comme celles des secteurs du tourisme, de la culture et du sport. Pour définir l’éventuelle prolongation de ces aides d’urgence, une clause de revoyure est prévue fin août.

40 % des dirigeants d'entreprise estiment qu'un renforcement de leur trésorerie est nécessaire pour bien amorcer la reprise.
40 % des dirigeants d'entreprise estiment qu'un renforcement de leur trésorerie est nécessaire pour bien amorcer la reprise. — Photo : sabthai

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