BTP

Le bâtiment a retrouvé la forme en 2021, mais les patrons y perdent leur santé

Par Pierrick Lieben, le 27 janvier 2022

Il y a les chiffres et le vécu. Sur le papier, les artisans du bâtiment ont retrouvé des couleurs en 2021 et des perspectives pour 2022, selon la Capeb. Sauf que, sur le terrain, les chefs d’entreprise font pâle figure. Difficultés d’approvisionnement, explosion des prix, contraintes sanitaires… : les incertitudes restent élevées, au point que la confédération craint pour la santé des patrons.

L’activité des artisans du bâtiment devrait continuer à croître en 2022, selon la Capeb. Mais le prix à payer est de plus en plus lourd pour les entreprises.
L’activité des artisans du bâtiment devrait continuer à croître en 2022, selon la Capeb. Mais le prix à payer est de plus en plus lourd pour les entreprises. — Photo : sebastien rabany

Les apparences sont parfois trompeuses. Demandez aux artisans du bâtiment : derrière la devanture plutôt attrayante d’un retour à la normale des affaires, la conjoncture actuelle cacherait en fait de nombreux vices. Autant de soucis qui menacent de fissurer les acquis de la reprise, voire la santé même des dirigeants, s’alarme en effet la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb).

Une solide croissance attendue en 2022

Bien sûr, en 2021, l’activité des indépendants et TPE s’est globalement rétablie de la crise du Covid-19, à la faveur d’un "redémarrage soutenu", dixit l’organisation patronale du secteur. En croissance de 12,5 % sur un an, elle a bel et bien dépassé son niveau d’avant-crise (+2,5 % par rapport à 2019). Pour 2022, le secteur devrait continuer sur sa lancée, avec une hausse annuelle attendue entre +2 % et +3 %.

De quoi entretenir la dynamique de l’emploi : les petites entreprises du BTP auront créé 26 000 postes nets l’an dernier, selon une première évaluation de la confédération. Au vu de ce dernier chiffre, son président réfute, au passage, l’idée d’une "pénurie" de main-d’œuvre, mais "il faut encore enlever des freins au recrutement et ramener toujours plus de compétences vers notre secteur", plaide Jean-Christophe Repon. Il y a urgence : au second semestre, seuls 17 % des entreprises ont réussi à recruter sur les 31 % qui s’y étaient essayées. Un écart de 14 points jamais vu depuis au moins quatre ans.

Les tensions d’approvisionnement plus durables que prévu

Mais ce n’est pas là le moindre des tracas pour les patrons du bâtiment. Premier écueil : les difficultés d’approvisionnement. En décembre, elles frappaient 6 entreprises sur 10 (+7 points en six mois), selon un sondage réalisé par la Capeb, auprès de 1 700 adhérents. Avec, à la clé, des retards de chantier (dans 46 % des cas), des reports (21 %), mais aussi des problèmes d’organisation (26 %).

« Aujourd’hui, les fabricants industriels nous disent qu’ils ne savent pas jusqu’à quand les prix vont monter. »

Sans compter que les matériaux, moins accessibles, deviennent aussi plus chers : +18 % en moyenne, assure la confédération. Or, "55 % des artisans n’ont pas répercuté ces hausses sur leurs clients. C’est assez troublant, avoue Jean-Christophe Repon, car ils prennent sur leurs marges. Pourvu que cela ne joue pas en défaveur de la gestion de leur entreprise…"

D’autant que ce ne pourrait être qu’un début : l’étude intègre à peine, ou alors indirectement, le boom des prix de l’énergie de la fin d’année, tandis que l’inflation galopante continue. "Le conjoncturel devient structurel", redoute le patron de la Capeb. "Il y a six mois, les fabricants industriels nous disaient que les tarifs atteindraient un plafond haut début 2022. Aujourd’hui, ils nous répondent qu’ils ne savent pas. D’ailleurs, à ce jour, beaucoup de matériaux sont sans prix et sans délai" de livraison.

Un appel à la "vigilance" face à l’accumulation des incertitudes

Son organisation lance donc aux entreprises un appel à la "vigilance", dans ce contexte d’incertitudes exacerbées. Car, à ces difficultés d’approvisionnement et de recrutement viennent se surajouter, en 2022, la crise sanitaire persistante, la réglementation environnementale plus pressante et les échéances électorales à venir - une période généralement synonyme d’attentisme dans le BTP.

« Les curseurs de stress dans les entreprises sont assez élevés actuellement. »

Le tout au moment même où les carnets de commandes commencent à flancher. En janvier, ils représentaient 91 jours de travail, 20 de moins qu’à leur pic de juillet (mais +19 sur un an) : "L’effet de rattrapage est en train de se tarir, confirme Sophie Gaurvenec, chargée de mission à la Capeb. On va tout doucement arriver vers une activité plus conforme à ce que l’on connaissait avant le Covid-19."

Des artisans du bâtiment au bord de la crise de nerfs

Dans ces conditions instables, le président de la confédération ne cache pas ses inquiétudes pour les professionnels. "Nous pourrions nous satisfaire du niveau actuel d’activité dans le bâtiment, plutôt bon. Mais aujourd’hui, nous avons des chefs d’entreprise au bord du burn-out", assure Jean-Christophe Repon.

Et de rappeler les injonctions qui pèsent sur eux : "Revisiter l’achat des matériaux aux bons prix, revoir leur livraison dans des délais cohérents, diversifier leurs fournisseurs pour faire face, savoir si la production est présente dans l’entreprise : Covid, pas Covid, cas contact, vaccinés ou pas… pour des structures artisanales, c’est assez violent. Les curseurs de stress sont assez élevés actuellement." Des maux qu’aucun indicateur économique n’est capable de capturer. "Retour à la normale" ou pas.

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