France

BTP

Le bâtiment demande un plan d’aide à 5 milliards d’euros

Par Philippe Flamand, le 30 juin 2020

La Fédération française du bâtiment (FFB) estime que la chute d’activité dans le secteur atteindra 18 % en fin d’année avec, pour conséquence, la disparition de 120 000 à 200 000 emplois d’ici l’année prochaine. Elle réclame un plan d’aide sectoriel « bâtiment vert » centré sur la rénovation énergétique pour éviter le pire.

Ouvriers sur un chantier de construction.
La FFB défend un plan de relance d'activité du bâtiment à 5 milliards d'euros — Photo : DR

Le nouveau président de la Fédération française du bâtiment (FFB), Olivier Salleron (élu le 20 mars dernier et qui a pris ses fonctions le 12 juin) a indéniablement le sens du timing. Au lendemain des élections municipales qui ont consacré la victoire des écologistes et alors que les députés examinent depuis le 29 juin le troisième budget de crise présenté par le gouvernement, il a rendu public ce mardi 30 juin les propositions de sa fédération pour relancer la machine du bâtiment dès cet été, en surfant sur la vague de la rénovation énergétique.

Au moins 120 000 emplois menacés

Premier constat : si seulement 5 % des chantiers sont encore aujourd’hui à l’arrêt en France, une partie d’entre eux (17 %) tournent toujours au ralenti, estime ce chef d’entreprise (plombier chauffagiste) du Périgord. Des chantiers pour lesquels les entreprises supportent en outre des surcoûts sanitaires qui plombent leur rentabilité. « L’action rapide et massive de l’État pour soutenir la trésorerie des entreprises a permis de masquer transitoirement le choc, mais le réveil risque d’être brutal sans action plus pérenne », met en garde Olivier Salleron qui réclame la suppression des charges patronales jusqu’en fin d’année. « Le ministre de l’Économie a affirmé que l’État prendrait sa part des surcoûts du BTP mais pour l’instant on ne voit rien venir », se désole le président de la FFB.

Autre épée de Damoclès : le stock de commandes se réduit de jour en jour du fait notamment de l’arrêt des appels d’offres publics qui représentent 30 % de l’activité du secteur. « Nos entreprises en télétravail pouvaient répondre aux appels d’offres mais l’administration française, elle, n’était pas prête pour télé travailler. » Conséquence : un sérieux trou d’air à prévoir à la rentrée et dans les mois qui vont suivre. La FFB estime qu’entre 120 000 à 200 000 emplois pourraient disparaître d’ici l’année prochaine.

Un plan « vert » de relance

Pour l’éviter, la FFB demande donc la mise en place d’un plan « vert » de relance dès cet été en jouant sur plusieurs leviers. D’abord celui de la rénovation énergétique en renforçant dès le second semestre le dispositif d’incitations fiscales. À savoir le Crédit d’Impôt pour la Transition Énergétique (CITE) transformé en prime – « MaPrimeRénov' » en 2020 et 2021. L’idée est de réduire le reste à charge pour les ménages les plus modestes de façon à élargir le marché. « Aujourd’hui, les aides nationales couvrent au mieux 90 % des travaux énergétiques, ce qui laisse souvent un montant bien trop important à la charge des ménages visés pour déclencher des opérations », constate Olivier Salleron. Dans la même logique, la FFB prône l’éligibilité complète de tous les ménages au dispositif (y compris ceux figurant dans les deux dernières tranches d’imposition), le relèvement « de 150 à 400 euros/m² le forfait pour les rénovations globales » ; la prise en charge d’une « partie des gros travaux non énergétiques qui accompagnent une telle rénovation » ; l’élargissement du CITE, puis de MaPrimeRénov’aux résidences secondaires en zone de revitalisation rurale.

TVA réduite pour tous les chantiers de rénovation

Deuxième axe du plan de relance : que tous les travaux d’amélioration-entretien bénéficient d’une TVA réduite à 5,5 %.

Troisième axe : encourager les constructions neuves vertueuses en termes d’émission de gaz à effets de serre. Pour cela, la FFB propose d’améliorer le prêt à taux zéro (PTZ) avec un « retour à un prêt de 40 % du montant de l’opération sur tout le territoire » et l’instauration d’une « majoration temporaire à 60 % […] pour les opérations affichant une performance meilleure que la réglementation en vigueur dans le neuf. »

Une réforme de l’investissement locatif

Ce plan de relance du bâtiment devrait également prévoir « une profonde réforme » du soutien à l’investissement locatif privé (dispositifs « Pinel », « Denormandie » et autres) pour aboutir « à un système durable, général, simple et lisible » explique Olivier Salleron.

Enfin la FFB cible aussi le marché du bâtiment non résidentiel avec, par exemple, la majoration de 1 milliard d’euros de la Dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR) pour accompagner le déploiement de centres de collecte des déchets professionnels, ou le lancement d’un grand plan EHPAD.

Coût budgétaire total de l’ensemble de ces mesures : environ 5 milliards d’euros en rythme annuel, prévoit la FFB qui note que ses propositions « s’inscrivent en ligne avec le grand objectif (de l’État) de viser 500 000 logements neufs et 500 000 rénovations par an pour répondre aux besoins ». Avec à la clef la promesse de voir les artisans et entrepreneurs du secteur recruter 150 000 jeunes à l’horizon 2023.

Ouvriers sur un chantier de construction.
La FFB défend un plan de relance d'activité du bâtiment à 5 milliards d'euros — Photo : DR

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