France

Conjoncture

La croissance devrait rester au rendez-vous en 2023, l’inflation aussi

Par Pierrick Lieben, le 16 décembre 2022

Un coup de mou, mais certainement pas un coup de bambou. Après une fin d’année compliquée, l’économie française devrait rapidement renouer avec la croissance… mais aussi avec l’inflation, prévient l’Insee dans son dernier point de conjoncture. Une fois de plus, l’énergie pèsera lourd dans la balance.

Comme en 2022, le prix et la disponibilité de l’énergie risquent d’influer grandement sur la santé de l’économie française et le niveau de l’inflation, prévient l’Insee.
Comme en 2022, le prix et la disponibilité de l’énergie risquent d’influer grandement sur la santé de l’économie française et le niveau de l’inflation, prévient l’Insee. — Photo : RTE

Une douloureuse en apparence indolore. L’inflation devrait monter encore d’un cran début 2023, sans pour autant plonger l’économie française dans la récession, estime l’Insee dans son dernier point de conjoncture. L’activité devrait néanmoins patiner et connaître, comme il y a un an, des relents de "stagflation" - c’est-à-dire de stagnation du PIB, dans un contexte d’augmentation généralisée des prix.

Panne provisoire de croissance fin 2022

Dans le détail, l’institut statistique prévoit bien une contraction de l’économie, mais de manière éphémère (uniquement sur le dernier trimestre 2022) et limitée (-0,2 %, soit l’inverse de la croissance enregistrée cet été, à +0,2 %).

Difficile d’être beaucoup moins pessimiste, tant sont nombreux les voyants qui virent au rouge : à une "production industrielle en recul" et "une activité atone dans les services" s’ajoute la déprime des ménages. Leur consommation devrait "nettement" se replier, avertit l’Insee. Les dépenses en hébergement restauration, mais aussi en énergie (pour cause de "sobriété spontanée" et de flambée des prix), devraient particulièrement en faire les frais.

Étonnamment, ces turbulences ne devraient pourtant pas perdurer. La croissance serait ainsi au rendez-vous dès le premier trimestre 2023, malgré la crise de l’énergie et une année de guerre en Ukraine. Cela dit, ce timide rebond (+0,1 %) paraît un peu artificiel, du fait de la comparaison, a priori flatteuse, avec une fin 2022 entachée par des événements exceptionnels, lesquels ont aggravé les difficultés de l’économie française (grèves dans le secteur pétrolier en octobre, arrêts de près de la moitié des réacteurs nucléaires depuis l’été). Le "manque de disponibilité" des centrales EDF aurait d’ailleurs coûté "environ 0,4 point de PIB en 2022", souligne l’Insee. Preuve que l’énergie pèse décidément lourd dans ces exercices de prévision, l’institut indique, par ailleurs, avoir fondé ses calculs sur l’hypothèse que la France échappera à toute coupure d’électricité.

Après cet hiver sur le fil, le printemps devrait être plus favorable, avec une croissance plus franche (+0,3 %) et plus palpable, car portée, cette fois, par "une accélération de l’activité dans les services". Dans ces conditions, à mi-2023, la France serait assurée de finir l’année avec une progression de son PIB d’au moins 0,4 %. C’est peu, mais toujours mieux que l’Allemagne, attendue, elle, en récession (-0,2 %).

Reprise de l’inflation début 2023

La croissance devrait donc résister tant bien que mal, mais l’inflation aussi. L’Insee l’annonce très clairement : il n’entrevoit pas "de repli à très court terme, même si l’on observe une relative détente" ces derniers mois. Un répit trompeur, puisque la hausse des prix devrait repartir de plus belle en début d’année, pour culminer à +7 % sur un an (contre +6,2 % en octobre-novembre). Rien de très surprenant à vrai dire, ne serait-ce que du fait de la volonté de l’État d’alléger son action anti-inflation (fin de la "remise carburant", plafonnement de la hausse des prix du gaz et de l’électricité relevé à +15 %). Mais la flambée continuera aussi à se propager dans l’alimentaire (environ +13 % attendus, soit 1 point de plus qu’en novembre).

Par la suite, l’envolée des prix devrait se calmer (+5,5 % en juin), mais, reconnaît l’Insee, cet apparent recul renvoie une image quelque peu déformée, du fait d'"un effet de base". Autrement dit, l’accalmie tiendra de l’illusion d’optique statistique, puisque le taux d’inflation sera alors comparé à celui de 2022, déjà très élevé. Les prix vont donc, en réalité, "[continuer] à augmenter au mois le mois, mais moins vivement qu’un an plus tôt".

Retour au calme pour l’emploi

Et l’emploi dans tout cela ? Il devrait rester imperturbable, assure l’Insee, qui ne cache pas son étonnement devant la "vigueur" renouvelée des créations de postes. Un dynamisme qui devrait toutefois se calmer, pour passer de +0,2 % au dernier trimestre 2022 à +0,1 % sur les deux suivants. Pas de quoi faire reculer le taux de chômage, stabilisé à 7,3 %. Revers de la médaille, la France souffre d’une baisse de sa productivité. Elle n’est toujours pas revenue à son niveau d’avant-coronavirus, signale l’étude. Une situation emblématique de l’évolution récente du marché du travail, puisqu’elle est attribuée, à la fois, au boom de l’apprentissage (à l’origine, à lui seul, d'"un tiers de la croissance de l’emploi salarié depuis 2019"), à la hausse des arrêts maladie et aux difficultés de recrutement. Le manque de main-d’œuvre contraint ainsi les entreprises à retenir leur personnel, coûte que coûte, y compris quand leur production est en baisse.

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