Piloter son entreprise

Gestion des risques : ces dangers qui peuvent faire vaciller l’entreprise

Par Florent Godard, le 15 novembre 2018

Incendies, accidents du travail, escroqueries, cyberattaques… Une centaine de risques peuvent mettre en péril une entreprise. Comment éviter les mauvaises surprises sans tomber dans la paranoïa ? Comment cartographier les dangers majeurs et enclencher un plan d’action efficace ?

Un accident du travail dans le secteur du BTP.
Pour les dirigeants de PME, les risques sont avant tout humains. 60% des entreprises se disent exposées aux accidents du travail, selon une étude de l'assureur QBE. — Photo : ©vchalup - stock.adobe.com

Entreprendre, c’est prendre des risques. Encore faut-il les maîtriser. Pour optimiser leur gestion des dangers potentiels, les sociétés du CAC 40 se sont musclées en embauchant notamment des « risk managers ». Mais quid des PME ?  « 69 % déclarent ne maîtriser que partiellement leurs risques, voire pas du tout », constate une récente étude d’OpinionWay menée pour l’assureur QBE, auprès d’entreprises employant de 50 à 249 salariés.

De quelles menaces parle-t-on ?  Dans l’ordre, on trouve d’abord « les risques humains », qui restent les plus redoutés, selon cette étude. Près de trois décideurs sur quatre déclarent y être confrontés, des accidents du travail (60 %) aux maladies professionnelles (41 %), jusqu’aux difficultés de recrutement (45 %). Autre menace : les évolutions du marché (59 %), telles que l’augmentation de la concurrence. Viennent ensuite les aspects réglementaires, avec les craintes liées aux changements de la législation du travail, entre autres. Enfin, encore peu identifié par les PME et les ETI, le risque « cyber » connaît toutefois « la plus forte augmentation depuis un an », après une année 2017 marquée par les piratages de masse, avec les logiciels malveillants WannaCry ou encore NotPetya.

« Comme un pompier, le dirigeant s’efforce de maîtriser les risques au fur et à mesure de leur apparition. »

Voici pour les tendances. Mais chaque PME connaît un lot de menaces qui lui est propre. Certains cabinets de conseil en listent plus de 100 ! Pas évident de s’y retrouver. « Il en existe tellement que le chef d'entreprise ne sait pas toujours par quel bout prendre le sujet, constate Renaud de Pressigny, directeur général de QBE France. Constamment entre deux TGV, il n’a pas non plus forcément le temps, ni les moyens, de se pencher sur la gestion des risques. »   

Adopter une approche globale

« Tel un pompier, le dirigeant s’efforce de maîtriser les risques au fur et à mesure de leur apparition. Ne disposant pas toujours du recul suffisant pour les appréhender à moyen ou long terme, il peut donc sous-estimer, voire méconnaître certains risques, même majeurs, pouvant mener l’entreprise au dépôt de bilan », ajoute Marie-Elise Lorin, pilote de l’antenne Grand Ouest de l’Amrae, l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise.

D’après les experts, l’approche reste en général limitée et peu structurée dans les PME. Typiquement, celle-ci va plutôt bien se protéger contre le vol ou les incendies. « Mais pas forcément contre la perte d’exploitation liée à l’impossibilité de produire et livrer ses clients, suite au sinistre », note Marie-Elise Lorin.

Il faut donc adopter une approche globale. Première étape : identifier les menaces et les hiérarchiser. « À l’arrivée, on isole entre 5 et 10 risques prioritaires, en fonction de leur probabilité de survenance et de l’impact financier pour l’entreprise », décrit Renaud de Pressigny. Il faut ensuite mettre en place un plan d’action. Pour y parvenir, l’un des réflexes consiste à se tourner vers des experts : courtiers en assurance, cabinets spécialisés, organisations professionnelles, avocats, etc. Ou encore à former son DAF à la gestion des risques.

Une cartographie en 3 heures chrono

Pour débuter, des solutions clés en main existent également pour les PME. Elaboré par l’Amrae et des patrons du Medef des Deux-Sèvres, un formulaire d’environ 50 questions permet de passer en revue une multitude de dangers. « Objectif : réaliser une première cartographie des risques en 3h », annonce Marie-Elise Lorin, par ailleurs risk manager chez SMACL Assurances à Niort. Pour identifier son exposition aux dangers, le dirigeant note de 1 à 4 l’importance, puis la fréquence, des menaces. En cours de finalisation, le document sera bientôt publié par l’Amrae et vendu en ligne, mais aussi diffusé par le Medef des Deux-Sèvres avant fin 2018. Autre avantage : une partie des questions contient en elle-même des suggestions de bonnes pratiques à adopter.

« En matière de gestion des risques, des tableaux de bord peu mis à jour ou tellement complexes qu’ils en deviennent illisibles n’ont aucune utilité. »

Exemple avec le risque financier. « Parmi les questions, on trouve : "Avez-vous bien anticipé vos besoins en trésorerie ?", "Quels indicateurs utilisez-vous ? suivi du BFR ? endettement moyen ?" ou "Actualisez-vous régulièrement vos tableaux de bord ?" », cite Bertrand de la Porte du Theil, dirigeant de Doc Emballages à Thouars (Deux-Sèvres), qui a testé l’outil dans sa PME de 25 salariés. Important pour éviter un trou de trésorerie, voire la cessation de paiements. « Des tableaux de bord peu mis à jour ou tellement complexes qu’ils en deviennent illisibles n’ont aucune utilité. Le questionnaire attire l’attention là-dessus », commente-t-il.

De bonnes pratiques éloignent aussi les menaces de fraudes pouvant faire couler une PME. Comme la fraude au président (se faire passer pour le dirigeant, au téléphone ou par e-mail en son absence, en demandant un virement pour une opération présentée comme urgente et confidentielle). D’autres escrocs usurpent l’identité d’un fournisseur pour réclamer le paiement d’une facture à leur propre compte. « Pour éviter cela, l’entreprise peut mettre en place de simples procédures : demander une confirmation écrite, suivie d’une dernière confirmation téléphonique ; instaurer l’obligation d’une deuxième signature d’un supérieur hiérarchique avant un virement », souligne Marie-Elise Lorin.

20 % des risques « assurables »

Car la prévention dépasse largement la question des contrats d’assurance. « Seuls 10 à 20% des risques sont assurables », évalue Renaud de Pressigny. Afin de réaliser sa cartographie, le chef d’entreprise peut réunir un comité composé de personnes-clés. Idem pour le plan d’action.

« Mettons qu’un fabricant de machines-outils cherche à réduire l’impact de la hausse des prix de l’acier, qui risque d’impacter ses marges. L’équipe pourra rassembler la directrice des achats, les commerciaux qui ont peut-être la possibilité d’inclure des clauses de révision de prix dans les contrats, le DAF qui peut négocier une couverture auprès des banques, le contrôleur de gestion qui va calculer les évolutions de coûts de revient rapidement », décrit Gilles Proust, président du cabinet Arengi, spécialisé dans la gestion des risques. 

L’objectif ne vise pas à supprimer tout danger potentiel. Car comme le rappelle Gilles Proust, « une entreprise qui ne court plus aucun risque est une entreprise qui n’avance plus ».

Un accident du travail dans le secteur du BTP.
Pour les dirigeants de PME, les risques sont avant tout humains. 60% des entreprises se disent exposées aux accidents du travail, selon une étude de l'assureur QBE. — Photo : ©vchalup - stock.adobe.com