Nice

Eric Léandri, cofondateur de Qwant : "Nous passons de la stratégie des petits pas à celle du grand pas"

Par Gaëlle Cloarec, le 16 février 2017

Créé à Nice en 2013, le moteur de recherche européen Qwant dont le pôle sécurité est installé à Rouen vient de lever 18,5 millions d'euros. Son credo : miser sur la neutralité dans l’affichage des résultats et le respect de la vie privée pour creuser son sillon en Europe et faire la nique au n°1 du secteur, le géant américain Google. Comment ? Eléments de réponse avec son co-fondateur Eric Léandri.
Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

Le Journal des entreprises : Vous venez de lever 18,5 millions d’euros auprès de la Caisse des dépôts et de votre actionnaire historique le groupe allemand Axel Springer, ce qui porte à 48,5 millions d’euros le montant des fonds obtenus depuis la création de la société en 2013. A quoi vont vous servir ces nouveaux fonds ?

Eric Léandri : A améliorer, encore et toujours, le produit Qwant, ce qui suppose d’embaucher. Beaucoup. Nous prévoyons de recruter 1.000 personnes d’ici à cinq ans en Europe. Fin 2017, 150 postes seront créés, dont 80% à Nice (où se situe le centre de R&D de la société, ndlr), ce qui portera l’effectif de 48 personnes à ce jour à près de 200. Ces renforts nous permettront d’ouvrir de nouveaux pays en Europe continentale comme l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, en complément de la France et de l’Allemagne où nous sommes déjà présents. Ils permettront aussi de pousser le service Qwant Junior, notre moteur de recherche éducatif et sûr pour les enfants, très demandé en Europe, en Afrique et même aux Etats-Unis. Enfin, une partie des fonds sera engagée dans des campagnes marketing afin d’être plus et mieux connu du grand public. Qwant propose aujourd’hui un moteur de recherche alternatif qui fonctionne, garantissant la confidentialité des données personnelles des utilisateurs. Cela a du sens.

Justement, que représente Qwant aujourd’hui sur le marché des moteurs de recherche ?

En France, à peu près 2% du marché, 0,8% en Allemagne et 0,5% en Europe. L’objectif étant d’occuper 5 à 10% du marché européen. En termes d’audience, on est passé de 3 millions de visiteurs mensuels en 2015 à 32 millions en janvier 2017, ces derniers provenant de 166 pays. Notre but est de multiplier les audiences mensuelles par trois d’ici à la fin de l’année.

Quelle stratégie mettez-vous en place pour y arriver ?

Disons que l’on passe de la stratégie des petits pas à celle du grand pas. Au départ, il nous fallait convaincre les communautés qui font Internet, leur démontrer que le produit était bon. Car vous ne pouvez pas remplacer un moteur de recherche connu et utilisé de tous sans d’abord convaincre les prescripteurs. Ensuite, il s’agit de rester bon en proposant des produits meilleurs que ce qu’il existe déjà sur le marché pour obtenir des premiers résultats puis accélérer. Nous en sommes là. On continue de marcher mais plus vite. Cela passe donc par toujours plus de partenariats, d’amélioration continue du produit et désormais du marketing.

Qwant se positionne sur un créneau, celui de la neutralité et du respect de la vie privée des internautes. Cela suppose un modèle économique alternatif qui s’affranchit de la revente des données collectées ?

Non, ce n’est pas un modèle économique alternatif, c’est tout simplement le modèle d’affiliation classique qui fait que lorsque l’internaute clique sur un lien d’annonce, Qwant gagne 80 centimes d’euros. Je vous rappelle que ce modèle était celui des grands acteurs de l’internet il y a encore six ou sept ans, quand ils ne vous traquaient pas, ni ne revendaient des informations sur vos recherches. Et croyez-moi, ils gagnaient déjà énormément d’argent.

Quel chiffre d’affaires ce modèle économique a-t-il généré en 2016 ?

Les chiffres ne sont pas encore arrêtés mais les prévisions sont de l’ordre de plusieurs millions d’euros. On s’est fixé un objectif de 150 à 200 millions de chiffre d’affaires à cinq ans sur un marché européen qui pèse 22 milliards d'euros. On reste modeste.

Quid de la rentabilité ?

On devrait l’atteindre d’ici à 24 mois maximum. On a déjà été profitable une fois et payé à cette occasion plus d’impôts que Google en France. On avait alors fait un test de publicité et on était monté à 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires. Après, on a réinvesti, embauché… Finalement, Qwant est une société foncièrement française et européenne, qui croit en un modèle d’affiliation à l’ancienne et qui paie ses impôts. A la "old school" !

A lire aussi :
Qwant : l'ambition européenne

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Recevez chaque vendredi le Débrief, l'essentiel de l'actualité économique de votre région.

Poursuivez votre lecture