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Financement

Covid : les entreprises de la restauration sortent renforcées de la crise, celles du BTP fragilisées

Par Pierrick Lieben, le 22 mars 2022

À qui perd gagne. Les entreprises des secteurs les plus exposés au Covid-19 sont aussi celles qui ont amélioré leur situation financière, selon une étude du Conseil d’analyse économique. À l’inverse, la construction paraît en plus grande difficulté. Mais derrière ces chiffres se dessine aussi une économie française désormais à deux vitesses.

Les restaurants ont profité de la crise du Covid-19 pour renforcer leur situation financière ! C’est l’une des conclusions étonnantes d’une étude du Conseil d’analyse économique, réalisée à partir de l’examen des comptes bancaires de 115 000 entreprises, sur les deux ans de la pandémie.
Les restaurants ont profité de la crise du Covid-19 pour renforcer leur situation financière ! C’est l’une des conclusions étonnantes d’une étude du Conseil d’analyse économique, réalisée à partir de l’examen des comptes bancaires de 115 000 entreprises, sur les deux ans de la pandémie. — Photo : alfa27

La crise du coronavirus a creusé un fossé entre les entreprises françaises. Une étude du Conseil d’analyse économique (CAE) dessine une économie nationale plus que jamais à deux vitesses, au bout de deux ans de pandémie. Pour parvenir à cette conclusion, le centre de recherche, rattaché à Matignon, s’est replongé dans les comptes bancaires de 115 000 TPE, PME et entrepreneurs individuels, tous clients du CIC, sur la période de novembre 2019 à février 2022. Un exercice, auquel il s’était déjà prêté l’an dernier.

Trésorerie et solvabilité dopées par le Covid-19

Ce bilan actualisé présente une situation pour le moins contrastée. Globalement, tout va bien : la trésorerie, comme la solvabilité (mesurée par l’encours net, soit le solde des comptes moins les dettes bancaires), ont bondi dès le deuxième trimestre 2020 et ne sont jamais redescendues depuis lors. Un effet attribué au "quoi qu’il en coûte", en général, et aux prêts garantis par l’État (PGE), en particulier.

Résultat, le niveau mensuel moyen de liquidités des 25 000 PME de l’échantillon n’est jamais retombé sous la barre des 400 000 euros depuis octobre 2020. Il était inférieur à 250 000 € dans les mois précédant la pandémie. Un peu plus volatile, leur solvabilité avait, elle, encore atteint un sommet en décembre dernier, à près de 225 000 euros - contre moins de 150 000 auparavant.

L’hébergement-restauration sort renforcé

Mais toutes les entreprises n’ont pas vécu la crise du Covid-19 de la même manière, bien au contraire. Le CAE relève ainsi d’importantes disparités à deux niveaux. D’abord entre secteurs.

Paradoxalement, l’hébergement-restauration, en première ligne des restrictions sanitaires, fait ainsi figure de grand gagnant de ces deux dernières années.

Pour parvenir à ce constat, l’étude se fonde sur les encours nets, avec, comme point de référence, la situation financière des 5 % d’entreprises les plus au mal et des 5 % les plus au mieux avant crise. Deux ans après l’apparition du Covid-19, il y avait ainsi autant d’hôtels, bars et restaurants en grande difficulté (5,2 %), mais beaucoup plus d’autres en pleine forme (9,7 %). Moins étonnant, vu la nature de cette crise, la santé et l’action sociale arrivent à des proportions similaires. Les commerces, également très affectés, et revendicatifs pendant toute l’épidémie, s’en tirent également plutôt bien (5,9 % d’entreprises en situation "très faible", contre 7,5 % dans la catégorie opposée, "très bonne").

Le fossé se creuse dans le bâtiment

L’analyse du CAE ne manque pas de surprises dans l’autre sens non plus. Ainsi, dans la construction, et malgré une conjoncture plutôt porteuse, la proportion des entreprises les plus fragiles a plus que doublé pour atteindre 13,7 %. Idem dans l’information-communication, avec 10,5 % des titulaires de comptes dans le rouge.

Ces deux secteurs partagent une autre particularité : en parallèle de cette évolution négative, la part des TPE-PME plus solides qu’avant a, elle aussi, progressé pendant l’épidémie ! Elle s’élève respectivement à 6,2 % et 7,3 %. Même polarisation dans l’industrie, mais la situation y est toutefois plus équilibrée (7 % d’entreprises très faibles contre 6,6 % de très fortes).

Les PGE, un cadeau empoisonné ?

Dans une crise qui, en elle-même, déjà, n’a pas touché tous les secteurs de la même façon, le "quoi qu’il en coûte" aura donc aussi eu un effet à double tranchant. Sur ce point, la note du CAE apporte un dernier éclairage, au sujet des prêts garantis par l’État.

Ils ont ainsi été surtout sollicités par des TPE-PME déjà en difficulté avant l’épidémie de Covid-19. Or, cet endettement supplémentaire n’a semblé que les enfoncer davantage : "Leurs encours nets médians se sont dégradés et sont nettement inférieurs en février 2022 à leurs niveaux d’avant crise". Tout l’inverse de celles qui ont fait l’impasse sur ces PGE. Pas sûr, dans ces conditions, que le relèvement du plafond des sommes empruntables, prévu dans le "plan de résilience", ne soit d’un grand secours.

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