France

Emploi

Coronavirus : débat relancé sur l'augmentation du temps de travail pour soutenir la reprise

Par Pierrick Lieben, le 06 mai 2020

Faut-il travailler plus, pour rattraper le retard accumulé pendant le confinement et compenser les effets d'une reprise annoncée au ralenti ? Après le Medef en avril, l'Institut Montaigne relance le débat avec neuf propositions potentiellement explosives.

Dans la perspective du déconfinement, le sujet de l'allongement de la durée du travail revient sur le devant de la scène, à la faveur d'une note publiée par l'Institut Montaigne. — Photo : ©Tijana - stock.adobe.com

Après le ballon d’essai du Medef, le pavé dans la mare de l’Institut Montaigne. Dans une note intitulée Rebondir face au Covd-19. L’enjeu du temps de travail, le cercle de réflexion libéral avance neuf propositions pour soutenir l’économie après le 11 mai par un allongement de la durée du travail.

Son auteur Bertrand Martinot part d’un constat simple : « Le déconfinement progressif permettra certes une reprise de l’activité économique, mais celle-ci se fera avec une productivité moindre, et ne saura compenser les pertes accumulées pendant plusieurs semaines. » Les contraintes sanitaires risquent ainsi de désorganiser durablement le travail. D’où son idée d’en rallonger la durée, aussi bien dans le public que dans le privé.

Trois axes de réflexion pour travailler plus

Pour y parvenir dans les entreprises, l’Institut Montaigne propose trois recettes.

• Suppression de congés

La plus spectaculaire consiste à supprimer purement et simplement des jours de congé. En l’occurrence, le jeudi de l’Ascension (21 mai) et la première semaine des vacances de la Toussaint 2020 (19-25 octobre).

• Dérogations aux durées légales

Deuxième piste de réflexion, la « nécessaire augmentation de la durée moyenne du travail » figure en tête de cette note. L’auteur ressort d’anciennes propositions, comme, « à titre temporaire (par exemple jusqu’en 2022), imposer le rachat de jours de RTT pour les salariés au forfait sans majorations » ou déroger au seuil de 11 heures de repos quotidien du salarié.

S’y ajoutent des demandes d’aménagement des durées minimales en vigueur sur la journée et sur la semaine, dans les « secteurs manifestement en tension ». Sur ce point, la note ne fait que reprendre à son compte une bonne partie des dérogations déjà introduites par ordonnance fin mars.

Faire travailler plus, oui, mais rémunérer plus… tard. L’Institut Montaigne préconise de soulager la trésorerie des entreprises, en leur faisant payer demain les efforts consentis aujourd’hui par leur personnel. Comment ? En passant par la participation, l’intéressement ou l’épargne salariale.

• Formation hors temps de travail

Enfin, la note souhaite, sous certaines conditions, que les salariés puissent suivre sur leur temps personnel les formations qui avaient été prévues pour eux.

La durée du travail à l’origine d’un tollé du Medef en avril

Avec ce travail, l’Institut Montaigne reprend et développe, en réalité, l’idée initialement esquissée par le président du Medef début avril. Dans Le Figaro, Geoffroy Roux de Bézieux avait lancé qu’il faudrait « bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire ».

Sa suggestion avait provoqué un tollé chez les syndicats et jusqu’à Bercy : le ministre de l’Économie Bruno Le Maire l’avait ainsi qualifiée de « drôle d’idée ». Face à la polémique, le patron des patrons s’était donc résolu à la retirer du débat. L’Institut Montaigne la remet au centre des discussions, à la veille d’un déconfinement déjà annoncé comme laborieux.

Dans la perspective du déconfinement, le sujet de l'allongement de la durée du travail revient sur le devant de la scène, à la faveur d'une note publiée par l'Institut Montaigne. — Photo : ©Tijana - stock.adobe.com

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