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Coronavirus : Bercy au chevet des entreprises françaises

Par Pierrick Lieben, le 24 février 2020

Face à l’expansion du coronavirus en Chine, Bercy annonce des mesures pour soulager les entreprises françaises les plus exposées à la crise qui touche la deuxième puissance mondiale. Mais au-delà de ces mesures palliatives de court terme, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire dit vouloir réfléchir aux moyens de sortir l’industrie nationale de sa trop grande dépendance à la Chine.

Usine PSA de Mulhouse.
L'industrie automobile française fait partie des filières les plus dépendantes à la Chine en matière d'approvisionnement. Une « vulnérabilité », soulignée par la crise actuelle du coronavirus Covid-2019, et que le ministère de l'Économie dit vouloir réduire à long terme. — Photo : Adelise Foucault

L’épidémie de coronavirus, partie de Chine en décembre 2019, pourrait bien sonner comme un coup de semonce pour certaines entreprises et filières françaises un peu trop sino-dépendantes. Le gouvernement l’a visiblement bien compris : il a annoncé plusieurs mesures de soutien en faveur des sociétés les plus susceptibles de souffrir des conséquences économiques de cette crise sanitaire.

À court terme, quatre actions pour soulager les entreprises

Dans l’immédiat, priorité est donnée à la rémission : il s’agit, pour le gouvernement, d’atténuer les effets, sur les entreprises françaises, du ralentissement généralisé de l’économie chinoise, provoqué par le coronavirus.

• Activation des mesures d’urgence habituelles

Pour ce faire, Bercy ressort la panoplie habituelle de ses mesures d’urgence, déjà proposée au plus fort de la crise des Gilets jaunes, puis des mobilisations contre la réforme des retraites. Au programme : recours au chômage partiel, dérogations au nombre limite d’heures supplémentaires, étalement du règlement des charges sociales et fiscales…

Les patrons souhaitant bénéficier de ces aménagements doivent solliciter la Direction générale des entreprises. Leur demande sera étudiée « au cas par cas », a précisé le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

• Accélération des procédures administratives

Le dérèglement des chaînes d’approvisionnement est l’une des principales conséquences du développement du coronavirus en Chine : les quarantaines imposées à des villes entières et, plus largement, les restrictions de circulation des biens et des personnes, risques de rapidement perturber la supply chain de nombreuses entreprises françaises. Elles doivent donc dès à présent trouver des alternatives, si elles ne veulent pas voir leur activité complètement paralysée.

Pour leur faciliter la tâche, Bruno Le Maire promet d’accélérer, pour certaines filières, les procédures d’agrément, « de façon à ce qu’elles puissent diversifier leurs sources d’approvisionnement » et en trouver de nouvelles. Une diligence administrative qui devrait notamment profiter à la construction et la chimie.

• Appel à la « solidarité » des donneurs d’ordre

D’éventuelles ruptures d’approvisionnement pourraient également tendre les relations interentreprises. Sur ce point, Bercy lance un appel à la bienveillance : « Certains [sous-traitants] vont avoir du mal à fournir les pièces, tout simplement parce qu’ils s’approvisionnent en Chine ou en Asie, a expliqué Bruno Le Maire. Nous demandons aux grands donneurs d’ordre de faire preuve de solidarité au sein des filières et notamment d’être très compréhensifs sur les pénalités de retard liées à des difficultés d’approvisionnement. » Sont particulièrement visés par le ministre les secteurs de l’automobile, de la mode et du luxe.

Bercy étudie également la possibilité, « pour certains cas très spécifiques », de déclarer « l’épidémie de coronavirus comme un cas de force majeure qui empêcherait une entreprise de remplir ses obligations contractuelles ».

• Communication quotidienne sur la situation en Chine

Enfin, le gouvernement se mobilise sur le front de l’information : le service économique de l’Ambassade de France à Pékin est chargé de fournir quotidiennement aux entreprises intéressées une mise à jour de la situation en Chine. L’idée est de les tenir informées sur l’état de l’activité et des opérations logistiques dans chaque province, mais aussi dans les ports où sont débarquées les exportations françaises.

À long terme, une réflexion à mener pour s’émanciper de la Chine

« Il faut savoir tirer un bien d’un mal », a philosophé Bruno Le Maire, en conclusion de son intervention sur le coronavirus. C’est pour cette raison que le ministre souhaite tirer les leçons de l’épidémie actuelle sans attendre. Son diagnostic est clair : les risques que fait peser le Covid-19 sur certaines filières industrielles sont symptomatiques de leurs « vulnérabilités stratégiques d’approvisionnement ». C’est le cas, à ses yeux, dans l’automobile, la pharmaceutique et l’électronique.

Le moment est donc venu, pour le ministre de l’Économie, d’ouvrir « un chantier de long terme » sur le sujet. Concrètement, il s’agira « tous secteurs industriels confondus, [d'] identifier les éléments critiques sur lesquels il est indispensable de rétablir une indépendance économique et (…) stratégique et ensuite en tirer les conséquences en termes d’organisation de nos filières ».

Pas sûr toutefois que les experts de Bercy parviennent à trouver si facilement le remède miracle pour sevrer l’économie française de sa dépendance à la Chine, qui était son deuxième fournisseur le plus important en 2018 avec 50 milliards d’euros d’importations.

Usine PSA de Mulhouse.
L'industrie automobile française fait partie des filières les plus dépendantes à la Chine en matière d'approvisionnement. Une « vulnérabilité », soulignée par la crise actuelle du coronavirus Covid-2019, et que le ministère de l'Économie dit vouloir réduire à long terme. — Photo : Adelise Foucault

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