Ressources humaines

Congé paternité : ces dirigeants qui ont devancé la nouvelle loi

Par Florent Godard, le 26 novembre 2020

Un congé paternité de 28 jours. Voilà ce que prévoit la loi à partir du 1er juillet 2021. Des centaines de dirigeants d’entreprise proposent déjà cette avancée sociale à leurs salariés. Un vecteur d’égalité homme-femme, martèlent-ils.

Père avec son enfant.
Début juillet 2021, le congé paternité passera de 14 à 28 jours. — Photo : ©anoushkatoronto - stock.adobe.com

À la naissance d’un enfant, les pères de famille pourront désormais passer un mois auprès de leur bébé. Au 1er juillet 2021, le congé paternité passera de 14 à 28 jours (dont 25 jours indemnisés par la Sécurité Sociale). Les couples gays et lesbiens ne sont pas oubliés : la mesure s’adresse « au second parent », quel que soit son sexe. Elle s’appliquera aussi en cas d’adoption. Et le congé restera allongé d’une semaine pour les naissances multiples, ce qui le portera à 32 jours.

Parental Act : près de 400 signataires

Fait remarquable, cette avancée sociale récompense, entre autres, le militantisme de près de 400 entreprises - de Blablacar et Dailymotion à L’Occitane en passant par le girondin HelloAsso - qui avaient devancé la loi en instaurant un congé second parent d’un mois minimum, rémunéré à 100 %. Toutes ont signé la charte du « Parental Act », lancée par un noyau d’entrepreneurs de la Tech en début d’année, dont Isabelle Rabier, dirigeante de la start-up Jolimoi, Céline Lazorthes (Leetchi) et Thibault Lanthier (fondateur de MonDocteur).

« De plus en plus d’hommes ont envie d’être là pour leur enfant. Ça paraît fou de se dire qu’on reste seulement quelques jours ensemble à l’arrivée d’un nouveau-né », s’étonnait depuis longtemps Isabelle Rabier. Dès le départ, leur action visait « à donner l’exemple » pour inciter à changer la loi. Et pour cause : « C’est l’une des mesures qui aura le plus d’impact sur l’égalité homme-femme », plaide Isabelle Rabier. Le Parental Act veut surtout éviter un piège. Eviter qu’en l’absence de congé partagé, l’essentiel de la charge mentale et des tâches quotidiennes ne repose sur les femmes. « Cette habitude risque de se poursuivre durant toute la vie de l’enfant. La mère va caler les premiers rendez-vous chez le médecin, puis organiser les prochains, vu qu’elle connaît le dossier médical, et ainsi de suite », regrette Thibault Lanthier.

« Changer le modèle qu’on donne à nos enfants »

À la faveur d’un break d’un mois à la naissance de son troisième enfant, ce jeune papa a lui-même vu la différence. « L’organisation de mon couple a évolué. J’ai inscrit mon fils à la crèche, notamment. Désormais, c’est moi qu’on appelle pour la garde d’enfant », confie-t-il. « On va ainsi changer le modèle éducatif qu’on transmet à nos enfants. Un moyen d’éviter la reproduction des inégalités », s’enthousiasme Isabelle Rabier.

Cette jeune cheffe d’entreprise de 37 ans confie avoir été émue à l’annonce du vote du texte, en première lecture à l’Assemblée fin octobre. « C’est une première victoire. Reste à se rapprocher des pays européens plus généreux en la matière », ajoute-t-elle. Petit clin d’œil vers la Finlande (9 semaines de congé) ou l’Espagne (16 semaines en 2021).

Une autre vision de la maternité

Autre signataire du Parental Act, la Nantaise Anaïs Vivion veut également aller plus loin. « Pourquoi ne pas partager les congés, comme en Scandinavie ? Pour le troisième enfant, c’est six mois de congé maternité en France, deux semaines pour l’autre parent… Ça équilibrerait. Par exemple, si la femme veut reprendre plus vite et le père en profiter davantage », suggère la gérante de Beapp (30 salariés).

Enfin, changera-t-on le regard sur la maternité dans l’entreprise ? Fixera-t-on toujours des réunions tard le soir, que manquent celles qui s’occupent de leurs enfants ? Quitte à laisser passer des opportunités de carrière. « La maternité reste un peu tabou. Presque une honte. Je vois encore des salariées gênées de m’annoncer qu’elles sont enceintes. Des dirigeantes aux femmes politiques, il faut montrer qu’on reprend tout de suite, comme les hommes…, observe Anaïs Vivion. Il faut décomplexer l’arrivée d’un enfant. Cela doit toujours rester un moment bonheur. »

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