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Comment l’État pousse les entreprises à se (re)lancer à l’export

Par Pierrick Lieben, le 02 février 2021

L’État incite les entreprises à partir à la conquête des marchés internationaux dès cette année. Pour les en convaincre, il a déroulé son plan de bataille, à l’occasion d’un événement dédié, le 2 février. Sur la table : le gonflement des moyens financiers, garanties publiques et initiatives commerciales mis à la disposition des exportateurs cette année.

Il y a une place à prendre sur les marchés internationaux et l’État est prêt à vous y aider. C’est le message martelé, le 2 février, lors de l’événement Bercy France Export.
Il y a une place à prendre sur les marchés internationaux et l’État est prêt à vous y aider. C’est le message martelé, le 2 février, lors de l’événement Bercy France Export. — Photo : CC0 - Pixabay

« Il ne faut pas rater sa crise ! » La formule est provocante, le ton martial, mais Pedro Novo n’est pas là pour jouer au diplomate. Le directeur exécutif de Bpifrance en charge de l’export est venu battre le rappel des entreprises. Son mot d’ordre : c’est maintenant qu’il faut partir à l’assaut des marchés étrangers. À ses côtés le directeur général de Business France Christophe Lecourtier avait déjà filé, quelques minutes auparavant, la métaphore guerrière, en présentant « le plan de reconquête » de la France sur le commerce mondial.

Le message est revenu en boucle, tout au long de ce Bercy France Export 2021, événement annuel du ministère de l’Économie, organisé le 2 février : l’État sort l’artillerie lourde pour soutenir les échanges internationaux, charge aux entreprises de s’en saisir pour repartir au front, malgré la crise. « On n’a pas tous les jours des ressources de cette ampleur à disposition », a insisté Pedro Novo.

Donner de la visibilité aux entreprises

Pour mener cette bataille, les opérateurs de l’État, regroupés sous la bannière de la Team France Export, vont inaugurer une série d’initiatives autour d’un objectif stratégique : donner de la visibilité aux acteurs français dans le brouillard de la pandémie.

• Une information export sur-mesure

D’ici quelques jours, un fil personnalisé d’information leur sera proposé sur les déclinaisons régionales du site teamfrance-export.fr. Après inscription gratuite, les entreprises pourront y suivre l’actualité des secteurs et pays qui les intéressent.

• Une promotion commerciale multiforme

Sur le volet commercial, des "e-vitrines" doivent s’ouvrir dans la semaine du 8 février. Il s’agit de présenter en ligne les produits français à des « acheteurs, importateurs et distributeurs, que nos bureaux à l’étranger vont faire entrer sur ces plates-formes d’exposition », explique Christophe Lecourtier. Ce service, gratuit en 2021, se concentrera, dans un premier temps, sur les biens de consommation (agroalimentaire, vins, cosmétiques).

Pour les autres, un programme de 650 opérations, de type salons ou missions B to B, en présentiel ou à distance, sera prochainement dévoilé. Le tout est complété par des actions de communication à l’international, notamment autour des collectifs French Tech (numérique), French Fab (industrie) ou French Healthcare (santé), afin de positionner l’offre nationale comme réponse à la sortie de crise mondiale.

Faciliter l’export par le financement

Mais en matière d’export, le nerf de la guerre reste le financement. Et en la matière, l’État muscle son arsenal habituel, au-delà des aides ponctuelles mises en place dans le cadre de la relance (chèque export, aide à l’embauche d’un VIE).

• L’assurance prospection, comme fer de lance

Pour déclencher une démarche export, l’État, via Bpifrance, mise d’abord gros sur l’assurance prospection, dotée d’un milliard d’euros sur trois ans. Cette avance de trésorerie couvre, comme son nom l’indique, les dépenses de prospection jusqu’à 65 %. Elle est remboursée en fonction du succès commercial de l’opération.

En 2020, 192 millions d’euros (-19 % en un an) ont ainsi été garantis au bénéfice de 1 226 entreprises. L’objectif est d’en soutenir 6 000 d’ici à 2022. Pour ce faire, les conditions du dispositif ont été temporairement améliorées (durée de prospection et premier versement rallongés).

« Utilisez ces outils pour constituer votre croissance des trois ans qui viennent… mais pas pour faire du chiffre d’affaires tout de suite. »

Cet outil de financement se décline également dans une version spéciale PME. Elle inclut une prestation d’accompagnement (d’où son nom d'"assurance prospection accompagnement") et porte sur des budgets plus modestes (10 000 à 40 000 €). La transition écologique n’est pas oubliée, avec une enveloppe dédiée de 100 millions d’euros.

Cette volonté de verdissement se retrouve, plus largement, dans le "plan climat", présenté en octobre. Il prévoit notamment des "bonus climatiques" en faveur des projets durables.

• Fasep et prêts du Trésor à saisir

Moins connus, car à la frontière de l’économie et de la diplomatie, les outils de financement directs à l’export profitent, eux aussi, d’une explosion de leurs crédits.

Les Fonds d’études et d’aide au secteur privé (Fasep), orientés vers les PME, doublent de volume en 2021 (50 M€).

Les prêts du Trésor visent, eux, la barre du milliard d’euros. Une gageure : en 2020, sur les 600 millions prévus, à peine plus de la moitié a été engagée (318 M€). « Il y a de la marge, alors n’hésitez pas à nous apporter des projets à financer », a supplié Vincent Marinet, de la Direction générale du Trésor.

• Des garanties publiques maintenues à haut niveau

Au-delà de ces ressources sonnantes et trébuchantes, l’État apporte aussi sa garantie aux exportateurs, comme il l’a fait depuis le début de la crise. Ces outils n’ont d’ailleurs eu aucune peine à trouver leur public. Les cautions et préfinancements ont dépassé, pour la première fois de leur histoire, la barre du milliard d’euros accordés, malgré un nombre de bénéficiaires en retrait (552 entreprises, -2 %). Quant à l’assurance-crédit, elle a été davantage mobilisée qu’en 2019 (12,7 Md€, +8,5 %).

« La volonté de vous accompagner est intacte et 2021 ne sera pas en retrait », a promis François Lefebvre, le directeur général de Bpifrance Assurance Export. L’État a ainsi déjà prolongé ses dispositifs "Cap" de soutien au crédit interentreprises jusqu’au 30 juin.

« Responsabiliser » les entreprises tentées par l’export

C’est que Bercy sait que le gouvernement sera attendu au tournant et se doit d’être à la hauteur des circonstances. « L’augmentation du risque, lié aux opérations à l’international, couplée à la dégradation des capacités propres des entreprises à financer leur développement à l’étranger, va les conduire à s’orienter plus fréquemment vers des instruments publics », a anticipé Emmanuel Moulin, le directeur général du Trésor.

Mais gare aux opportunistes qui voudraient profiter du soutien renforcé de l’État, a mis en garde Pedro Novo. « Une telle puissance [des aides publiques] demande de la responsabilité de la part des entreprises, a tonné le responsable de Bpifrance. Alors utilisez ces outils pour constituer votre croissance des trois à quatre ans qui viennent, mais pas pour faire du chiffre d’affaires tout de suite. Il ne s’agit pas juste de venir chercher des produits sur étagère, mais d’engager une transformation qui traverse toute votre structure. Si on ne se pose pas ces questions, il ne faut pas venir ! ».

Il y a une place à prendre sur les marchés internationaux et l’État est prêt à vous y aider. C’est le message martelé, le 2 février, lors de l’événement Bercy France Export.
Il y a une place à prendre sur les marchés internationaux et l’État est prêt à vous y aider. C’est le message martelé, le 2 février, lors de l’événement Bercy France Export. — Photo : CC0 - Pixabay

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