France

Emploi

Comment le premier confinement a déréglé le marché du travail

Par Pierrick Lieben, le 19 novembre 2020

Les effets du premier confinement ne sont pas toujours ceux que l’on attend. À l’origine d’une baisse contre-intuitive du chômage et des défaillances d’entreprises, la période a provoqué une paralysie du marché du travail plus attendue, mais non moins spectaculaire. Les signatures comme les fins de contrats ont ainsi été divisées par deux au deuxième trimestre 2020. Une moyenne qui masque toutefois la situation très changeante de ces trois mois décidément pas comme les autres.

Un candidat en entretien d'embauche face à ses potentiels employeurs.
Au deuxième trimestre, les embauches ont chuté de moitié par rapport à la même période un an avant. Bonne nouvelle toutefois : à la faveur du déconfinement, les recrutements en CDI étaient quasiment revenus fin juin à leur niveau de 2019. — Photo : Antonio Diaz - stock.adobe.com

La rupture est aussi nette que brutale. Comme si le confinement avait brisé le marché du travail. Au deuxième trimestre 2020, l’épidémie de Covid-19 a complètement gelé les embauches, comme les fins de contrats. Un dérèglement général de l’emploi perceptible dès la mi-mars. Le phénomène n’a fait que s’amplifier par la suite, comme le montre la Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques (Dares) du ministère du Travail, dans sa dernière publication sur les mouvements de main-d’œuvre.

Le marché du travail cale au deuxième trimestre

Le constat de la Dares est ainsi implacable : signatures et ruptures de contrats ont toute simplement été divisées par deux entre avril et juin.

• Retour dix ans en arrière pour les embauches

Au niveau des embauches (hors agriculture, intérim et particuliers employeurs), la chute de 50,7 % sur un an (-45,7 % en trois mois) est telle que leur nombre retombe au même niveau qu’il y a dix ans. La baisse est plus forte encore pour les seuls CDD (-51,9 % par rapport à la même période en 2019), que pour les CDI (-44,2 %). L'intérim suit la même pente (-46,1 %).

• Les licenciements économiques résistent à la crise

Tendance quasi-identique du côté des sorties (-47,3 % sur un an), avec, là encore, une glissade plus marquée pour les CDD (-49,8 %, contre -33,1 % pour les CDI).

La raison est d’abord mécanique. Moins de contrats signés d’une durée inférieure à 30 jours, c’en sont autant de moins d’échus sur la période (-57 %). Mais les comportements se sont aussi adaptés aux nouvelles donnes économique et sanitaire. S’affichent ainsi en net repli les ruptures anticipées de CDD (-48,2 %) ou, pour les CDI, les fins de période d’essai (-43,2 %), démissions (-36,7 %) et ruptures conventionnelles (-36,1 %). Seuls échappent à ce dégonflement généralisé… les licenciements économiques (-0,4 %).

• Les TPE et les services en première ligne

Dans les deux cas, les victimes de la situation sont les mêmes. Les TPE ont à la fois le plus freiné leurs recrutements (deux tiers de moins qu’il y a un an !) et limité les départs (-61,6 %). Au niveau sectoriel, la palme revient aux services (respectivement -51,9 % et -48,7 %).

Le déconfinement débloque partiellement la situation

Dans un trimestre pour le moins atypique, entre confinement strict et déconfinement progressif, la Dares a cherché à suivre l’évolution du marché du travail semaine par semaine. Sa conclusion : seules les embauches en contrats longs et les licenciements économiques ont retrouvé leur niveau d’avant-crise en juin.

• Retour en force des licenciements économiques

Les fins de CDI s’affichent globalement en retrait de 30 % par rapport à leur volume de 2019 sur le trimestre. Mais ce chiffre cache, en réalité, une forte reprise des licenciements. Avec un sommet atteint la semaine du 15 juin : leur nombre double alors par rapport à la même période en 2019, soit 700 ruptures de contrats supplémentaires.

• Situation contrastée pour les embauches

De même, les recrutements ne se redressent que partiellement en juin : ils finissent le trimestre à 68 % de leur niveau de 2019 (après être tombés à 30 % en avril). Mais dans le détail, ce sont les CDD courts qui sont en retrait (60 %), alors que les signatures de CDI sont quasiment revenues à la normale.

Mais là encore, ces moyennes dissimulent des réalités différentes entre secteurs. Quand la construction finit par embaucher davantage en juin 2020 qu’en juin 2019, les activités récréatives ne connaissent pas d’effet "déconfinement" – les entrées en contrats restent bloquées autour de 40 %. Quant à l’hébergement-restauration, il se relance, sans se rétablir : le niveau de leurs recrutements passe de 6 % pendant le confinement à 60 % fin juin.

Un deuxième confinement différent ?

Qu’en sera-t-il du second semestre et du reconfinement ? Le gouvernement assure que, contrairement au printemps, « le marché du travail continue à fonctionner ». L’emploi salarié est, certes, reparti de l’avant au troisième trimestre et la perte d’activité due aux restrictions, introduites le 30 octobre, devrait être moindre. Mais le contexte a aussi changé et les effets du confinement de mars-avril commençaient à peine à se faire sentir sur le chômage que celui de novembre est arrivé. La seconde vague risque de mettre entreprises et salariés à rude épreuve.

Un candidat en entretien d'embauche face à ses potentiels employeurs.
Au deuxième trimestre, les embauches ont chuté de moitié par rapport à la même période un an avant. Bonne nouvelle toutefois : à la faveur du déconfinement, les recrutements en CDI étaient quasiment revenus fin juin à leur niveau de 2019. — Photo : Antonio Diaz - stock.adobe.com

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