Juridique

Bore-out : la « placardisation » sanctionnée par les juges

Par Valérie Dahm, le 05 janvier 2021

La Cour d’appel de Paris a employé pour la première fois le concept de « bore-out » pour caractériser un cas de harcèlement moral, lié à une « placardisation ». Un cas qui pourrait faire jurisprudence. Le contexte Covid invite les entreprises à la vigilance.

Un homme se prend la tête entre les mains.
Le bore-out correspond à l’ennui au travail, au sous-investissement professionnel, à l’absence de perspectives. — Photo : ©thodonal - stock.adobe.com

La Cour d’appel de Paris a reconnu le syndrome du bore-out pour condamner un employeur. Une première qui pourrait faire jurisprudence. L’employé concerné, responsable des services généraux chez Interparfums, avait été licencié pour un arrêt maladie trop long. Le salarié a expliqué que cet arrêt était dû à une forme de harcèlement moral professionnel : plus aucune tâche ne lui était confiée. Dépression, maladie. Les prud’hommes lui ont donné raison, son entreprise a fait appel. Les juges ont reconnu « le manque d’activité et l’ennui du salarié (…) le bore-out a bien conduit à la dégradation de son état de santé ». Le 2 juin dernier, l’entreprise a été condamnée à verser plus de 50 000 € à son ex-employé.

Ennui au travail 

Contrairement au burn-out, lié à une surcharge de travail, le bore-out correspond à l’ennui au travail, au sous-investissement professionnel, à l’absence de perspectives. Cet ennui est profond, durable. Le salarié atteint a le sentiment d’être sous-utilisé par rapport à ses compétences, déplore un manque d'autonomie. Désœuvré, il cherche à tuer le temps, sur internet, aux pauses café… Dans la durée, le bore-out peut générer une détresse psychologique qui peut conduire jusqu’à la dépression, l'épilepsie ou le suicide.

Vigilance vis-à-vis du télétravail 

Les causes d’un bore-out sont diverses. Manque de stimulation d’un salarié ou de challenge professionnel, routine trop persistante. Mais aussi « mise au placard ». Compte-tenu des réorganisations actuelles dans les entreprises, du fait du coronavirus et du développement du télétravail, l’employeur doit être vigilant sur la perception qu’ont les salariés de ces changements. Se sentent-ils bien dans la nouvelle organisation, en télétravail ? Ou plutôt abandonnés, isolés ? Pour éviter le bore-out, il convient de maintenir une proximité avec les équipes, surtout si elles sont en télétravail, pour détecter un éventuel mal-être et trouver des solutions. Elles sont nombreuses : réorganisation, missions plus enrichissantes, polyvalence accrue, immersion dans un autre service, évolution de carrière…

Un homme se prend la tête entre les mains.
Le bore-out correspond à l’ennui au travail, au sous-investissement professionnel, à l’absence de perspectives. — Photo : ©thodonal - stock.adobe.com

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