Bretagne

Énergie

Enquête Transition énergétique : les îles bretonnes à la pointe

Par Jean-Marc Le Droff et Xavier Éveillé, le 01 octobre 2019

Ouessant, Molène, Sein, les Glénan, Groix, Belle-Île-en-Mer... À l'heure où la plupart des nations unissent leurs forces pour lutter contre le réchauffement climatique, les îles bretonnes sont un terrain idéal pour tester de nouvelles façons de produire et consommer de l'énergie. Dans le sillage de grands acteurs nationaux, des PME bretonnes se positionnent sur cette filière en pleine émergence.

Archipel des Glénan au large du Finistère
Grâce au partenariat entre la ville de Fouesnant, Enedis et deux entreprises quimpéroises, l'archipel des Glénan sera autonome en énergie d'ici à 2021. — Photo : © Jean-Marc Le Droff / Le Journal des entreprises

Frédéric Mescoff, responsable du pôle Îles au sein d'Enedis.
Frédéric Mescoff, responsable du pôle Îles au sein d'Enedis. - Photo : © Jean-Marc Le Droff

« Nous serons à 80 % d’énergie renouvelable d’ici à la fin de l’année », se félicite Frédéric Mescoff, responsable du pôle Îles au sein d’Enedis. Le gestionnaire du réseau de distribution d'électricité vient d’investir 250 000 euros pour assurer l’autonomie énergétique complète de l’île de Saint-Nicolas des Glénan, au large du Finistère, d’ici à 2021.

Derrière lui, une éolienne de 24 mètres de haut brasse les vents qui soufflent sur l’archipel. À ses pieds, 50 m² de panneaux photovoltaïques, qui sont récemment venus s’ajouter aux 110 m² de panneaux installés il y a près de dix ans sur le centre de plongée de l’île. Ce dernier abrite également 120 batteries capables de stocker jusqu’à 300 kilowattheures. De quoi alimenter en électricité les quelque 24 clients de l’île - habitants et professionnels, mais aussi les nombreux touristes qui visitent l’archipel toute l’année : de 1 500 à 3 000 visiteurs par jour entre avril et novembre. Pour piloter l’ensemble, un système de gestion de l’énergie sur-mesure capable d’anticiper à l’heure près, grâce à une caméra qui scrute le ciel, les baisses de production liées aux aléas météorologiques.

Les PME quimpéroises dans la course

Henri Le Gallais, président d'Enag, entreprise quimpéroise spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes de conversion d'énergie.
Henri Le Gallais, président d'Enag, entreprise quimpéroise spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes de conversion d'énergie. - Photo : Pierre Gicquel

Un système conçu par deux entreprises quimpéroises : Enag et Entech Smart Energies. Spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes de conversion d’énergie, Enag (95 salariés, 13 M€ de CA), multiplie les participations à des chantiers innovants. « D’un point de vue technologique, ce projet est une très belle vitrine, même si ce n’est pas le plus compliqué que l’on ait réalisé », précise Henri Le Gallais, son président.

En parallèle, Enag vient de développer un module de pilotage, de conversion et de transport d’énergie pour le projet d’hydrolienne porté par Hydroquest et CMN, au large de l'île costarmoricaine de Bréhat.

Laurent Meyer, cofondateur et directeur général d'Entech Smart Energies à Quimper.
Laurent Meyer, cofondateur et directeur général d'Entech Smart Energies à Quimper. - Photo : © Isabelle Jaffré

De son côté, Entech Smart Energies (44 salariés, 4 M€ de CA) propose des solutions de conversion et de stockage d’énergie optimisées pour les smart grids. En croissance de 45 % en 2018, la PME se développe notamment sur le marché des zones non-interconnectées (25 % de son activité). « C’est une niche française, car on a beaucoup d’îles et de territoires ultramarins qui ne sont pas raccordés au réseau », explique Laurent Meyer, cofondateur et directeur général.

Des îles qui constituent un terrain de jeu idéal pour tester des solutions transposables dans d’autres contextes. « La plupart des îles sont déjà très décarbonées : pour les pouvoirs publics, ce sont des opportunités intéressantes de les rendre "smart" (intelligentes et connectées, NDLR) à moindre frais. De notre côté, si on arrive à le faire en Bretagne, cela nous donnera de la crédibilité pour aller à l’export », confie le dirigeant.

Récemment, Entech a travaillé avec le fabricant quimpérois d’hydroliennes Sabella (17 salariés, CA N.C.) dans le cadre du projet Phare, une autre vitrine portée par Akuo Energy, en partenariat avec EDF, visant à faire pénétrer, à hauteur de 80 %, les énergies renouvelables dans la production électrique de l’île d’Ouessant (Finistère).

Solaire et véhicules électriques

Voiture électrique en location libre-service mise à disposition par Renault à Belle-Île-en-Mer.
Voiture électrique en location libre-service mise à disposition par Renault à Belle-Île-en-Mer. - Photo : © DR

Plus au sud, le raccordement de l’île de Groix (Morbihan) à la fibre optique s'est traduit par une initiative originale : Orange, Enedis et Morbihan Énergies ont signé un partenariat visant à déployer un câble sous-marin hybride, qui mixe énergie et fibre optique.

À quelques encablures, à Belle-Île-en-Mer (Morbihan), c'est un partenariat alliant le groupe automobile Renault et des acteurs locaux qui débute cette année. Première étape : mettre à disposition une flotte de voitures électriques (Zoe et Kangoo ZE) en location libre-service. « Nous avons mis en place un système de recharge intelligente de ces véhicules électriques : ils seront alimentés par le surplus électrique généré pendant les week-ends et les vacances par des panneaux solaires installés sur une école », décrit Nicolas Schottey, directeur "Nouveaux business énergie" chez Renault. L’agence Locatourisle va, elle, proposer les voitures à la location et exploiter le service d’autopartage.

Renault va aussi fournir au principal village vacances de l'île des batteries de seconde vie, issues de ses voitures électriques. Elles emmagasineront l’énergie solaire avant de la restituer le soir dans les bungalows, par exemple sous forme de chauffage. Le village pourra ainsi étendre sa période d’ouverture. Le centre de thalasso pourrait être lui aussi équipé d’un système similaire, mais cette fois pour le chauffage de l’eau de mer dédiée aux soins.

Vers l’industrialisation

Antoine Jourdain, directeur technique national d'Enedis.
Antoine Jourdain, directeur technique national d'Enedis. - Photo : © Jean-Marc Le Droff

Tous ces acteurs partagent une même vision, que résume bien le directeur technique national d’Enedis, Antoine Jourdain : « Ces expérimentations de "microgrids" (qui permet de produire de l'énergie verte à petite échelle et de la distribuer par un micro-réseau local, NDLR) que nous menons sur les îles bretonnes, mais aussi à Nice et Singapour, ne sont plus uniquement des vitrines : nous en sommes au stade de l’industrialisation. »

Beaucoup évoquent par ailleurs la possibilité d’installer ce genre de technologies au sein même des villes. De quoi, peut-être, entraîner dans son sillage la filière bretonne, en pleine émergence.

Archipel des Glénan au large du Finistère
Grâce au partenariat entre la ville de Fouesnant, Enedis et deux entreprises quimpéroises, l'archipel des Glénan sera autonome en énergie d'ici à 2021. — Photo : © Jean-Marc Le Droff / Le Journal des entreprises

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