Salaisons Tallec : Le miracle sud-finistérien

Par la rédaction, le 07 mai 2010

Michel Moreu et Briec Bounoure ont repris Tallec en 2006. Très vite, ils découvrent une entreprise dans une situation bien pire qu'ils ne l'avaient d'abord cru. Quatre ans plus tard, la société est redressée. Un vrai miracle. En 2010, elle investit 4M€. Isabelle Jaffré
Photo : Le Journal des Entreprises

Les Salaisons Tallec reviennent de loin. En mars2006, le groupe Ducatel cède l'entreprise de Bannalec à Michel Moreu et Briec Bounoure. Ces deux anciens dirigeants du groupe Doux pensent reprendre une entreprise avec un véritable savoir-faire, un bon portefeuille de clients et quelques difficultés. La situation qu'ils découvrent est en fait catastrophique. Au moment des négociations, à partir de la fin 2005, les dirigeants du groupe Ducatel, propriétaire de Tallec depuis 1994, promettent de verser progressivement 1,3million d'euros pour soulager la trésorerie de la société. L'argent n'arrivera jamais. En effet, dans les mois qui suivent, Ducatel dont le siège est à Quimper, dépose le bilan de l'Armoricaine de Menuiserie au Drennec à la surprise quasi-générale. Cette filiale (183 salariés) était spécialisée dans la fabrication de portes et fenêtres PVC. C'est le début du démantèlement du groupe. «On nous avait bien caché l'état dans lequel était Ducatel. Il y a toujours des surprises quand on reprend une entreprise. Quelques cadavres dans les placards. Mais là c'était carrément un charnier», se souvient Michel Moreu. Ils auraient pu s'arrêter là, mais Michel Moreu et Briec Bounoure décident de remonter leurs manches. Au lieu de relancer directement la machine, les deux dirigeants doivent d'abord tout remettre à plat. Et rassurer: salariés, fournisseurs, banques,etc. Ils négocient avec les partenaires grâce à un mandat ad hoc. «Notre souci était de ne pas perdre trop de temps. Il fallait très vite juguler les pertes», explique Michel Moreu. En novembre2006, l'étalement de la dette est signé avec les banques.




«Esprit d'équipe»

Jusqu'en 2009, Tallec fonctionne à court terme. Mise aux normes d'hygiène des bâtiments, resserrement de la gamme, réorganisation du travail... Avec peu de ressources, les dirigeants mettent leurs propres biens en jeu. Un travail de longue haleine qui a nécessité des efforts. «Il y a eu une grosse mobilisation. Sans l'expérience des salariés, je ne pense pas qu'on aurait réussi», estime Michel Moreu. Fan de rugby, il insiste pour tirer son chapeau au personnel de l'entreprise et à «son esprit d'équipe». Les salariés ont, par exemple, accepté, fin 2006, de revenir sur un accord de 32heures hebdomadaires et en faire 35. Les clés de ce succès? «On a eu de la chance. Heureusement, malgré toutes les erreurs de Ducatel, le savoir-faire n'avait pas été perdu.» C'est sur celui-ci que les nouveaux dirigeants de Tallec ont capitalisé. L'entreprise spécialiste de la charcuterie à la coupe possède une image haut de gamme. «Nous avions la volonté de démarrer du frais emballé.» Bonne pioche, le marché est en expansion. Pour l'instant, le secteur représente 4,8% des ventes, contre 95,2% pour la coupe. Et ses principaux clients restent les grands magasins spécialisés (GMS).




Garder les fournisseurs

Aujourd'hui, l'essentiel est sauvé. L'entreprise va mieux et cela «sans plan social». C'est là, sans doute, qu'est le vrai miracle. «Nous sommes passés de 200 à environ 180 salariés. Les départs n'ont pas été remplacés.» Les investissements repartent. La ligne de tranchage (250.000€), initialement prévue en septembre2006 est arrivée en octobre2009. Côté fournisseurs, 95% ont été conservés. «C'était essentiel, indique le dirigeant. Sans eux, on ne peut rien faire.» Cette année, le chiffre d'affaires de Tallec atteint 25millions d'euros (résultat net: 250.000€). Un plan sur trois ans (2009-2012) est en place. «L'objectif est d'atteindre 27millions d'euros de chiffre d'affaires.» Chez Tallec, on veut maintenant aller de l'avant: moderniser son image et innover.

Photo : Le Journal des Entreprises

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