Paul Champs : Un patron curieux de Nature

Par la rédaction, le 04 décembre 2009

Ancien P-dg, ancien président de l'union patronale, Paul Champs est un acteur incontournable du paysage économique finistérien. Comme l'était son père, comme l'est son frère, son fils. Portrait d'un entrepreneur dans l'âme et dans les gènes. Isabelle Jaffré
Photo : Le Journal des Entreprises

De son père, Paul Champs n'a pas seulement hérité d'un prénom et d'une société. Son esprit d'entreprise, sa passion pour son métier, il les tient sans aucun doute de lui, dont la photo trône toujours dans le bureau du directeur général. Paul Champs, fils du fondateur de Paul Champs Aménagement et père du président actuel, est bien conscient de ce qu'il doit à son père. «C'est lui qui a fondé l'entreprise en 1936, à un moment difficile», rappelle-t-il. Menuisier mayennais, c'est à Brest que Paul Champs père lance son activité d'aménagement de boutiques. Qui décolle après la guerre, «Brest, Lorient... Les villes avaient besoin d'être reconstruites». Mais si c'est le père qui a lancé l'affaire, c'est bien le fils qui lui a donné toute sa dimension. «Il s'est vraiment imposé dans la fonction commerciale. Le marché des paquebots, c'est lui. Un tournant pour l'entreprise», explique son frère, Daniel Champs, P-dg de Carouest. En 1981, les chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire cherchent des entreprises pour aménager leurs paquebots. Paul Champs Aménagement a déjà bonne réputation. En tout, l'entreprise a travaillé sur une bonne cinquantaine de navires. Dont le Queen Mary II, l'un des préférés du patron. «Ça n'a pas été le contrat le plus rentable financièrement mais c'est une fierté.»




Un commercial

Daniel, le «petit dernier» se dit «épaté» parce que son aîné a accompli. «Et il a eu la patience de partager la tête de la société avec mon père». Paul Champs débarque dans l'entreprise familiale en 1967, diplôme d'une école de commerce en poche, service militaire accompli. Il prend un poste de commercial. «Ce n'est pas forcément ce dont je rêvais. J'aurais aimé me ?frotter la tête? un peu plus à d'autres entreprises. C'est une histoire de timing. Mon père commençait à vouloir passer à autre chose», explique Paul Champs. Ce n'est qu'en 1975 que la SARL, qui deviendra SA plus tard, est créée et qu'il prend les rênes de l'entreprise. Plus de 30 ans plus tard, en 2006, c'est à son tour de laisser la barre à ses fils, qui rachètent les sociétés via une holding. «Contrairement à notre père, je pense qu'il sait qu'on n'est pas éternel», estime Daniel Champs, évoquant ces passations de pouvoir. Parmi les autres traits communs avec son père, Paul Champs évoque l'amour de la nature et de son métier. «Mais alors que mon père était un technicien inventif, j'aime surtout le côté complexe de l'aménagement.» Il avoue aussi être curieux. Son leitmotiv: Garder la fenêtre ouverte. «J'aime la découverte des autres, les voyages. Ma femme dit que je suis un zappeur!»




Défenseur du territoire

C'est sans doute son esprit d'entreprise qui pousse Paul Champs, en 2003, à briguer la présidence de l'union interprofessionnelle du Finistère (UIPF), le Medef 29. Il fera deux mandats. Là il fait flèche de tout bois pour défendre son territoire, la pointe de la Bretagne. TGV, énergie, déchets... Ces sujets le passionnent toujours et il n'hésite pas à prendre position. Sur le train: «le ferroutage n'est pas une bonne solution. L'offre n'est pas suffisamment compétitive». Sur le développement du territoire: «Toyota n'installera jamais d'usine en Bretagne, il ne faut pas rêver. Mais le tissu économique du Finistère est riche, il faut en profiter». Sur la concurrence avec Rennes et l'isolement du Finistère: «Nous sommes une île! À Rennes, certains pensent que la Bretagne s'arrête 10km après». Quant à ses proches, ils ne tarissent pas d'éloges à son sujet. «Il sait prendre du recul. C'est un homme posé, réfléchi et très précis», énumère Yann du Fretay, son secrétaire général à l'UIPF. «Il sait où il va, il est droit dans sa tête», renchérit Elisabeth Cabasse, ancienne présidente de l'UIPF. Un défaut ressort, tout de même, de façon récurrente. «Il est toujours en retard aux réunions!» Sa «ponctualité» les fait sourire. Le sujet est même devenu «une petite blague entre nous».

Photo : Le Journal des Entreprises