Brest

Énergie

Navantia pose les fondations d'une filière énergies marines renouvelables à Brest

Par Jean-Marc Le Droff, le 02 mai 2022

En juin, Navantia-Windar livrera des dernières fondations des éoliennes du parc offshore de la baie de Saint-Brieuc, qu’elle a fabriquées pour le compte du consortium Ailes Marines. Une fin de contrat qui ne signe pas pour autant la fin de ses activités à Brest, car Navantia compte bien capitaliser sur le succès de ce chantier, ouvrant la voie à une véritable filière depuis le terminal EMR. À condition bien sûr qu’Ailes Marines remporte de nouveaux marchés…

 Tanguy Cariou, responsable du site brestois de Navantia-Windar, compte bien capitaliser sur les infrastructures et les compétences acquises grâce au projet de parc éolien off-shore de la baie de Saint-Brieuc pour capter de nouveaux marchés et créer une véritable filière à Brest.
 Tanguy Cariou, responsable du site brestois de Navantia-Windar, compte bien capitaliser sur les infrastructures et les compétences acquises grâce au projet de parc éolien off-shore de la baie de Saint-Brieuc pour capter de nouveaux marchés et créer une véritable filière à Brest. — Photo : Jean-Marc Le Droff

Difficile de ne pas le remarquer, avec ses 6 000 m² de chantier couvert installés depuis 2020 sur un terrain occupant 11 hectares sur le polder du port de commerce de Brest. Ce site, c’est celui de Navantia-Windar, la filiale de l’énergéticien espagnol Iberdrola (38 000 salariés, 36 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020), à qui Ailes Marines, également filiale d’Iberdrola, a confié la fabrication des fondations métalliques des 62 éoliennes du futur parc éolien de la baie de Saint-Brieuc.

250 ETP sous-traités à 70 entreprises locales

Car c’est bien à Brest que la partie basse de 34 de ces fondations appelées "jacket" dans le jargon, est actuellement assemblée par Navantia. Des mastodontes de 75 mètres de haut pesant chacun plus de 1 150 tonnes. Tout comme les plateformes internes des pièces de transition et des pointes de 62 jackets, dont l’assemblage est quant à lui réalisé par son partenaire espagnol Windar. Un chantier colossal qui aura mobilisé "plus de 70 entreprises locales, pour un total de 823 000 heures de travail sur deux ans, soit l’équivalent de 250 salariés en équivalent temps plein et conformément à nos engagements initiaux", détaille Tanguy Cariou, responsable du site brestois de Navantia-Windar depuis 2020. "Au-delà de l’assemblage et de la fabrication, ce chiffre inclut également des services d’accompagnement comme la sécurité ou encore la propreté", précise Tanguy Cariou.

Car si Navantia n’a dépêché que quatre salariés sur place pour superviser le chantier (le reste des opérations étant coordonné depuis l’Espagne), Windar aura quant à elle employé jusqu’à 70 personnes en sous-traitance. Et Nervión, le partenaire espagnol de Navantia en charge de la fabrication et de l’assemblage et des éléments de jackets, aura de son côté employé jusqu’à 200 personnes en sous-traitance au plus fort de l’activité.

Des contrats majeurs de fabrication pour cinq entreprises bretonnes

Au total, cinq entreprises bretonnes auront bénéficié de contrats majeurs de fabrication. À Brest, il s’agit de Sobec et Navtis. Pour Sobec, ce contrat à quatre millions d’euros aura mobilisé 30 salariés sur deux ans. Pour Navtis - récemment repris par le marseillais Snef après les difficultés rencontrées sur son site de Cherbourg et qui menacent actuellement ses effectifs -, ce contrat à deux millions d’euros aura mobilisé 40 personnes sur un an. D’autres sociétés régionales auront par ailleurs joué un rôle clé dans l’accompagnement du chantier, à l’image d’Otecmi (Lorient), Armor Précision Méca (Saint-Brieuc), Breizh Usinage Services (Guipavas), Institut de Soudure (Saint-Nazaire), ainsi que les entreprises brestoises Wics Naval, Blue Water Shipping, UAT et Manuport.

35 000 tonnes d’acier transformées à Brest

Le chantier se terminera en juin, avec l’envoi vers l’Espagne des derniers éléments qui seront ensuite assemblés, sablés et peints à Fene, un site majeur de Navantia. Au total, ce seront ainsi plus de 35 000 tonnes d’un alliage d’acier extrêmement pur, acheminées par neuf navires depuis la Corée du Sud, qui auront été transformées et assemblées à Brest. Et pas moins de 17 voyages auront ensuite été nécessaires pour acheminer ces pièces vers l’Espagne, avant de faire le chemin inverse pour rallier la baie de Saint-Brieuc.

Un contresens écologique et économique, à l’heure du réchauffement climatique et de l’explosion des coûts du transport ? "Absolument pas", balaie d’un revers de main Stéphane Alain Riou, directeur développement et territoire d’Ailes Marines. "Notre priorité, c’est la fiabilité de ces jackets, qui ne peut être assurée que par un assemblage réalisé par un robot spécifique, dont Navantia dispose sur son site espagnol de Fene. Et contrairement à celui de Brest, le site de Fene est équipé de moyens de levage capables de soulever de telles charges. Quant au bilan carbone du transport, il sera amorti durant les 18 à 40 premiers mois d’exploitation des éoliennes, lesquelles ont une durée de vie de l’ordre de 35 à 40 ans", argumente point par point celui qui est désormais rôdé sur le terrain de l’écologie, le projet d’Ailes Marines dans la baie de Saint-Brieuc ayant fait l’objet de nombreux recours de la part d’associations écologistes et de syndicats de pêcheurs. "Tous ces recours en Conseil d’État ont désormais été purgés", ajoute-t-il au passage, citant également les nombreuses mesures prises pour réduire l’impact du projet sur la faune et la flore.

"Ici, c’est la Champions League de la soudure"

Alors, fin de l’histoire ? Pas exactement. En s’installant sur le Polder, Navantia-Windar a en effet signé un bail courant jusqu’en 2026, avec une option de renouvellement. Et après avoir investi plus de 10 millions d’euros sur son site brestois, la filiale d’Iberdrola compte bien capitaliser sur son nouvel outil, ainsi que sur les nouveaux savoir-faire acquis par ses sous-traitants.

Particulièrement technique, la soudure des "nœuds", ces jonctions qui permettent l’assemblage des fondations à la partie haute de la structure des éoliennes, a permis aux soudeurs locaux de monter en compétences.
Particulièrement technique, la soudure des "nœuds", ces jonctions qui permettent l’assemblage des fondations à la partie haute de la structure des éoliennes, a permis aux soudeurs locaux de monter en compétences. - Photo : Jean-Marc Le Droff

"Nous avons beaucoup investi dans la formation et la montée en compétences des salariés, en créant des liens forts avec l’IUMM et les organismes de formation professionnels", explique ainsi Tanguy Cariou. "Ce chantier, c’est un peu la Champions League de la soudure", plaisante-t-il. Car l’assemblage de ces fondations inclut notamment des jonctions très techniques, appelées nœuds, et dont la réalisation requiert un très haut niveau de qualification. "Ce chantier a notamment permis à une douzaine d’entreprises locales de certifier leurs soudeurs", abonde de son côté le directeur développement et territoire d’Ailes Marines.

Partis pour rester ?

"Les infrastructures du port de Brest, les capacités industrielles et les compétences développées dans le cadre du projet de Saint-Brieuc seront exploitées dans les futurs projets Navantia-Windar réalisés en France et en Europe", assurent Tanguy Cariou et Stéphane Alain Riou, citant notamment les appels d’offres en cours pour les projets de parcs éoliens au large de Lorient, de Barfleur (Cotentin) ou encore de la Normandie.

Tanguy Cariou, responsable du site brestois de Navantia-Windar, et Stéphane Alain Riou (à droite), directeur développement et territoire d’Ailes Marines, devant les pointes qui permettront d’ancrer les éoliennes dans le fond rocheux de la baie de Saint-Brieuc.
Tanguy Cariou, responsable du site brestois de Navantia-Windar, et Stéphane Alain Riou (à droite), directeur développement et territoire d’Ailes Marines, devant les pointes qui permettront d’ancrer les éoliennes dans le fond rocheux de la baie de Saint-Brieuc. - Photo : Jean-Marc Le Droff

Car "au-delà d’être le premier parc éolien offshore en Bretagne, le chantier de la baie de Saint-Brieuc marque aussi le début d’une véritable filière en Bretagne", insiste Stéphane Alain Riou. "Installer des éoliennes sur un sol aussi dur est aussi une première mondiale qui nous a permis de mettre au point des techniques de forage innovantes. Et c’est aussi la première fois qu’on construit des éléments aussi importants à Brest", se félicite-t-il.

Autant de compétences nouvelles qui pourraient faire la différence pour remporter de nouveaux appels d’offres. Le respect du calendrier pourrait lui aussi jouer en la faveur du consortium Ailes Marines. Car comme prévu, onze ans après les premières ébauches du projet, les 62 éoliennes de la baie de Saint-Brieuc injecteront leurs premiers mégawatts dans le réseau électrique breton en décembre 2023. Avec une puissance de 496 MW, elles seront capables d’assurer 9 % de la consommation électrique bretonne, soit l’équivalent de la consommation de 835 000 habitants. De quoi, on l’espère, marquer le début tant attendu d’une véritable filière EMR sur le polder de Brest, dans lequel la Région a investi près de 220 millions d’euros. Et préserver l’emploi en contribuant à maintenir le plan de charge de plus de 70 entreprises sous-traitantes.

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