Finistère

Levée de fonds

Les raisons des derniers succès de levée de fonds dans le Finistère

Par Isabelle Jaffré et Quentin Lesiourd, le 05 septembre 2014

De nombreuses levées de fonds ont abouti ces derniers mois dans le Finistère après de longs mois de négociations. Les dirigeants de quatre sociétés témoignent de leur expérience et de leurs difficultés.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Hemarina, Manros, Sabella, Oceania hôtels... Ces quatre sociétés ont levé ces derniers mois plus de 90 millions d'euros. Pourquoi ce déblocage soudain ? Leurs dirigeants racontent leurs expériences pour essayer de décrypter ce qui a permis à leur projet d'aboutir.

Question de survie

Pour Sabella (8 salariés, 1,8 M€ de CA en 2013), la start-up quimpéroise spécialisée dans l'hydrolien, le bouclage de leur dernière levée de fonds de 4,3 millions d'euros posait la question de l'avenir de l'entreprise. « On était en mode survie depuis 2011. Fin juin, lorsque nous avons signé la levée de fonds, je préparais les paies de juillet. Pour être franc, je n'étais pas sûr de faire celles d'août », confie son président Jean-François Daviau. Une situation que connaissent beaucoup de jeunes entreprises innovantes.

Technologies de pointe : le public et les Business Angels

Pour le président de Sabella, « les financiers, qui sont par essence frileux, regarde notre domaine d'activité avec circonspection. Aujourd'hui j'en viens à tirer sur le privé. Car dans notre cas, c'est la puissance publique qui a fait son job ! ». Même problème dans les biotechnologies, un domaine où le risque d'échec est élevé, même si les retombées, quand elles arrivent, sont énormes. Dans les années 2000, beaucoup de fonds se sont lancés dans l'aventure avec de gros ratés. Manros, société pharmaceutique basée à Roscoff développant de nouveaux médicaments, a récemment levé 3,6 millions d'euros après du Fonds Unique d'Investissement (FUI) et d'une fondation de recherche privée et de Business Angels. « C'est encore difficile pour nous d'attirer des fonds, même spécialisés dans les biotechs. Ils sont une dizaine en France et nous avons des contacts avec eux. D'ici un an, on les intéressera sans doute plus, quand nous serons entrés dans la phase d'essais cliniques avec nos candidats médicaments. C'est une phase, où le risque d'échec diminue », explique Maël de Calan, le directeur financier de Manros. L'entreprise ne réalisera un chiffre d'affaires que dans plusieurs années. Manros n'est donc pas visée par les fonds régionaux, pas assez spécialisés. « Leur ambition est de participer à l'économie bretonne, mais c'est paradoxal par rapport aux risques qu'ils sont disposés à prendre », regrette-t-il. « On est confronté en France au manque de fonds adaptés à notre étape de développement », ajoute Jean-François Daviau. « Le capital-risque est quelque chose que l'on fait uniquement à travers des partenaires, admet Marc Brière, directeur général d'Arkéa Capital Investissement. Cela nécessite des compétences techniques que l'on n'a pas. »

Confiance dans les dirigeants

Les acteurs locaux comme le Crédit Agricole, qui va lancer un nouveau fonds à la rentrée ou le groupe Arkéa se concentrent donc sur le capital développement sur le territoire breton. Arkea Capital Investissement par exemple reçoit environ 300 dossiers par et investit dans cinq à dix d'entre eux pour un ticket qui varie entre 1 et 10 millions d'euros. « On est entre 25 à 40 millions d'euros investis par an, estime le DG. Il n'y a pas de limite spécifique, il faut que le dossier nous plaise. Et surtout qu'on ait confiance dans le dirigeant et son équipe. »

La première, la plus difficile

Cet été, Oceania Hotels (550 salariés ; 52 millions d'euros de CA) a levé 80 M€ auprès de ses actionnaires. « Le second tour de table est toujours plus simple que le premier, même si cela reste très long et demande beaucoup d'énergie », souligne Gurvan Branellec, le P-dg, arrivé avec un nouveau projet ambitieux, Nomad, et quelques succès comme B & B hôtels à son actif. Maël de Calan abonde dans ce sens : « Si on a tenu ses engagements ou au moins une partie, on a la confiance des premiers actionnaires. On peut aller élargir un peu mais c'est plus simple avec ceux que l'on connaît ». Parfois, la chance s'en mêle comme pour Hemarina. « Je faisais partie d'un jury avec le président de CM-CIC. On s'est découvert une même façon de penser et il a demandé à entrer dans l'actionnariat. Trois-quarts de nos actionnaires historiques ont suivi aussi », raconte Franck Zal, le président. Résultat : une levée de fonds de 4 millions d'euros « Mais la règle générale, c'est que c'est très long et qu'il faut anticiper ! On avait mis neuf mois pour la première au lieu de six mois », tempère-t-il.

Gouvernance et conseils

Des négociations longues car ces fonds ont leur mot à dire en tant qu'actionnaire. « On est un peu mariés, quand même ! On s'implique donc dans un organe, conseil de surveillance, comité stratégique ou autre, explique Marc Brière. On demande aussi un reporting régulier. Tout ça est validé dans le pacte d'actionnaire. » Des exigences qui parfois ne passent pas : « Fin 2013, nous avons dit stop aux négociations, raconte Jean-François Daviau de Sabella. Les fonds d'investissements nous imposaient des conditions trop contraignantes. Mais ils sont tout de même revenus vers nous en revoyant leurs offres. » Pour Gurvan Branellec, ces demandes ont aussi du bon : « Cela force à se structurer et à être carré. » Même son de cloche du côté de Manros : « On a des échanges réguliers avec eux avec des réunions téléphoniques et de visu deux fois par an. Il faut savoir dire les succès comme les points faibles. Ils sont aussi là pour nous conseiller, apporter leurs réseaux, accroître notre notoriété, etc. »

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