Finistère

Agroalimentaire

Le fabricant de machines pour l'industrie Guelt se projette sur l'export

Par Jean-Marc Le Droff, le 08 novembre 2021

Quarante ans après s’être installé à son compte en tant que serrurier et chaudronnier, Yves Guelt a fait de son entreprise un véritable fleuron industriel du pays de Quimperlé, qui conçoit et fabrique les lignes de production des plus grands acteurs de l’industrie agroalimentaire. Pour continuer à se développer, il investit massivement et veut accélérer à l’export.

Yves Guelt, qui a créé son entreprise il y a plus de 40 ans, emploie aujourd’hui plus de 400 personnes.
Yves Guelt, qui a créé son entreprise il y a plus de 40 ans, emploie aujourd’hui plus de 400 personnes. — Photo : Jean-Marc Le Droff

"J’ai commencé avec une tronçonneuse portative, une forge et un poste à souder", s’amuse à rappeler Yves "Youn" Guelt lorsqu’il se remémore ses débuts, en 1978, quand il s’est installé à son compte en tant que serrurier et chaudronnier à Riec-sur-Belon. Le début d’une grande aventure. Huit ans plus tard, il emploie déjà une dizaine de salariés et s’installe à Quimperlé afin de se rapprocher de la quatre voies et d’élargir son rayon d’action vers le Morbihan et la Cornouaille. En 1989, pour répondre aux attentes de ses clients, il crée des services mécanique, rechargement et maintenance, auxquels s’ajouteront bientôt des activités d’électricité et d’automatisme. C’est la naissance de Guelt Industries qui, après avoir revendu des équipements importés, crée son bureau d’études afin de concevoir et fabriquer ses propres machines. Yves Guelt investit alors pour agrandir ses bâtiments de production et ses bureaux, et intègre dès 1998 la conception assistée par ordinateur, ainsi qu’un centre d’usinage à commande numérique.

Intégration et diversification

Vient alors le temps des croissances externes. En 2008, Guelt Industries fusionne avec sa voisine, Automatisme Assistance, spécialisée dans la rénovation de thermoformeuses et la conception de machines spéciales de conditionnement. Rebaptisée Guelt, la nouvelle entité emploie alors 120 personnes. Cinq ans plus tard, c’est PicPac Systems, une entreprise de Haute-Savoie spécialisée en automatismes et en solutions robotisées, qui entre dans le giron de Guelt. En 2016, le groupe s’agrandit une nouvelle fois avec l’arrivée de Fillpack, une entreprise de Briec spécialiste du dosage, suivie en 2019 par Meca-Système, en Seine-et-Marne, qui bénéficie de 40 ans d’expérience dans le domaine de la mécanisation des emballages en carton ondulé.

De quoi constituer une "fédération d’entreprises complémentaires" désormais capable de proposer des solutions complètes pour la production des plus grands noms de l’industrie agroalimentaire, depuis les process autour des produits nus jusqu’à l’emballage des produits finis. Et si Yves Guelt compte parmi ses 2 500 clients les plus grands noms de l’agroalimentaire, son groupe fournit également l’industrie, les collectivités, la grande distribution, ou encore la réparation navale pour Naval Group et la voile de compétition. "Nous avons désormais la dimension suffisante pour évoluer d’une culture de grand artisan vers une culture industrielle afin de boxer dans la catégorie supérieure", poursuit celui dont le groupe emploie à ce jour 400 salariés dans 25 métiers différents, et a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 40 millions d’euros en 2020… Dont 27 millions pour la seule entreprise Guelt, en croissance de 15 % par rapport à 2019.

Export et nouvelles technologies

Car si les premières semaines de la crise sanitaire ont fait perdre 1,2 million d’euros de commandes à l’entreprise, elle a ensuite continué à être très sollicitée pour assurer la continuité de la production de ses clients. "La diversification nous a permis de nous renforcer face à ce genre de crise", analyse Yves Guelt, qui compte désormais accélérer à l’international. "Après avoir conforté notre expertise et nos savoir-faire, nous sommes désormais suffisamment dimensionnés pour travailler à l’export, qui constitue à ce jour 5 % de notre activité. Nous avons déjà installé 300 machines aux États-Unis et au Canada", poursuit le dirigeant, qui dispose d’une filiale Outre-Atlantique et compte des clients en Europe, notamment en Belgique et en Pologne.

Au fil des ans, les nouvelles technologies sont naturellement devenues un enjeu stratégique pour l’entreprise. "Notre ERP occupe six personnes à temps plein, et l’ensemble de notre système d’information est géré par une équipe d’une dizaine de personnes", détaille Yves Guelt. L’entreprise développe par ailleurs ses propres solutions logicielles pour le pilotage et la télémaintenance de ses équipements, ainsi que des interfaces homme machine accessibles pour tous les opérateurs. Guelt met également la 3D et la réalité augmentée au service de ses clients, afin de modéliser les projets pour une immersion virtuelle avant la mise en service des équipements, ou encore en développant une technologie de "jumeau numérique" en collaboration avec le CEA Tech Bretagne et Siemens.

Au sein de son usine quimperloise de 11 000 m², Guelt dispose par ailleurs de son propre laboratoire d’essais, équipé de machines de dernière génération mises à la disposition de ses clients et partenaires pour des tests produits in situ, du développement de nouvelles technologies de conditionnement… Ou encore pour travailler sur l’écoconception des emballages avec les fournisseurs de consommables. "Notre bureau d’études emploie 24 personnes à temps plein, et nous devons faire appel à des partenaires extérieurs en attendant de recruter deux à quatre personnes supplémentaires", confie Yves Guelt, dont l’entreprise compte de nombreux brevets à son actif.

Un million d’euros pour rester compétitif

Mais comme ses consœurs, Guelt est freinée dans son développement par des difficultés de recrutement. Malgré plus de 150 embauches ces quatre dernières années, l’entreprise fait toujours face à une pénurie de main-d’œuvre avec une cinquantaine de postes à pourvoir à l’heure actuelle. "Beaucoup de collaborateurs issus du monde de l’aéronautique, de l’automobile ou de la construction navale nous ont rejoints ces derniers temps. Nous continuons à activer nos réseaux, à faire des job datings et à travailler sur notre image de marque entreprise, mais on est aussi confronté à un manque au niveau de la formation", analyse Yves Guelt, dont les équipes affichent une moyenne d’âge de 39 ans et un taux de féminisation de 12 %. Mais le patron doit également faire face à un autre problème de taille : la pénurie de matières premières, et notamment d’acier et d’inox ou encore de fournitures industrielles électriques. Pour tenter d’y remédier, il a constitué une équipe de quatre personnes ressources qui travaillent uniquement sur la substitution des produits manquants. "Pour l’instant on tient bon, mais nous arrivons à un moment difficile où l’on va commencer à avoir des problèmes de reports de livraison", s’inquiète-t-il.

Pour poursuivre son développement, le dirigeant continue d’investir : plus d’un million d’euros en 2020, et d’autres investissements en préparation. De quoi réorganiser et agrandir les ateliers et les bureaux, acquérir de nouveaux équipements de production, industrialiser les méthodes de travail et standardiser la production. Un effort salué par le gouvernement : lauréat du plan France relance pour les guichets 2020 et 2021 à hauteur de 400 000 euros, Yves Guelt a reçu cet été la visite de Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères. "Cette enveloppe nous a permis de concrétiser ces investissements beaucoup plus rapidement que prévu, et de rassurer les banques qui ne s’engagent qu’à 10 %, le reste étant pris en charge par l’État", estime Yves Guelt. "C’est important de continuer à investir pour grandir, car nos clients grandissent, et nos concurrents aussi. Ces investissements vont nous permettre de traiter davantage de volumes et de gagner en productivité afin de rester compétitifs".

Yves Guelt, qui a créé son entreprise il y a plus de 40 ans, emploie aujourd’hui plus de 400 personnes.
Yves Guelt, qui a créé son entreprise il y a plus de 40 ans, emploie aujourd’hui plus de 400 personnes. — Photo : Jean-Marc Le Droff

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