Finistère

Hôtellerie

Coronavirus : les hôteliers finistériens serrent les dents

Par Jean-Marc Le Droff, le 31 mars 2020

Parmi les première victimes économiques de la pandémie de Covid-19, les hôteliers finistériens font le dos rond en espérant pouvoir sauver une partie de la saison touristique. 

Face à des établissements désertés, le secteur hôtelier fait le dos rond pour résister à la crise.
Face à des établissements désertés, le secteur hôtelier fait le dos rond pour résister à la crise. — Photo : © Tony Yakovlenko / Unsplash

« On serre les dents, comme tout le monde, et on se serre les coudes car nous sommes tous dans le même bateau », soupire Gurvan Branellec, le président du groupe hôtelier finistérien Oceania Hotels (700 salariés, 78 M€ de CA) qui exploite 26 hôtels en France. « Nous avons accompagné nos clients jusqu’au bout, mais nous avons dû nous rendre à l’évidence. Nous avons fermé tous nos établissements la mort dans l’âme et mis nos équipes en chômage partiel. L’idée, désormais, c’est de continuer à prendre des initiatives, comme nous l’avons fait en allant lever des fonds dès le début de la crise afin d’anticiper. Nous avons de quoi tenir au moins deux ou trois mois, voire un peu plus. Nous n’avons pas encore évalué les pertes, mais elles vont évidemment se chiffrer en millions d’euros et cela va prendre du temps pour que la machine reprenne toute sa dynamique. Ça risque d'être très compliqué au moins jusqu'en septembre », redoute le président qui salue le soutien de Bpifrance. « Quoi qu'il en soit, nous devons rester optimistes et solidaires car ce n’est pas le moment de nous diviser, ni entre nous ni contre le gouvernement : on fera les comptes une fois la crise passée ».

Préparer la reprise, mais…

« Tous nos centres sont fermés depuis le début de la crise », confie de son côté Pascal Goulaouic, le président Rêves de Mer (75 salariés, 5,50 M€ de CA). Depuis Plounéour-Trez, le groupe finistérien de tourisme social et éducatif exploite onze centres d’hébergements et six centres de glisse situés le long des côtes bretonnes et sur l’Île d’Yeu. De quoi accueillir chaque année plus de 100 000 nuitées dans ses quelque 1 500 lits. En temps normal… « Les écoles ont naturellement annulé toutes leurs classes de découvertes. Nous avons mis toutes nos équipes en chômage partiel, mis à part une partie du service commercial afin de préparer la reprise de la saison touristique. Mais nos clients sont hésitants, ce que l’on peut comprendre », détaille le président.

Des avoirs pour limiter la casse

« On fait le dos rond : il faut rester positif, sinon on n’avancera pas », poursuit Yann Le Goulaouic, qui veut malgré tout rester optimiste. « Pour le moment on tient bon, mais il ne faudrait pas que cela dure des mois car nous sortons tout juste de la période hivernale, un moment où nos caisses se vident avant de se remplir à partir de mars et jusqu’en novembre. Si nous enchaînons sur une mauvaise saison, ça va devenir vraiment délicat. Nos partenaires bancaires nous soutiennent et les dispositifs d’aide sont massifs et semblent bien fonctionner. Nous avons également pu faire des avoirs de 18 mois à nos clients pour qu’ils puissent reporter leurs séjours. Cela constitue forcément un manque à gagner qui va se reporter sur l’année prochaine, mais ça permet de limiter la casse. À ce rythme, on devrait pouvoir tenir deux ou trois mois maximum, notamment pour payer les salaires mais aussi les fournisseurs car il ne faudrait surtout pas que toute la chaîne se casse. Il faudrait en fait que cette crise soit considérée comme une catastrophe naturelle pour que les assurances entrent en jeu ».

« Nous n’avons aucune visibilité »

À Guipavas, Gaëlle Pérès, dirigeante de l’hôtel quatre étoiles Best Western est plus inquiète. À peine sortie d’une mésaventure sur fond de malfaçons qui a duré 18 mois durant lesquels elle n’a pu ouvrir son établissement, elle prend de plein fouet cette nouvelle épreuve. « Nous étions sur une merveilleuse lancée depuis la réouverture en octobre, on dépassait même nos prévisions », se désole-t-elle. « Je n’ai pas encore chiffré les pertes, mais elles sont énormes. Dès le 8 mars, à l’annonce de l’interdiction des rassemblements de plus de 1 000 personnes, nous avons perdu un dossier à 25 000 €. Notre demande de chômage partiel pour nos 25 salariés a été traitée dans la semaine. Nous avons un peu de trésorerie, mais il ne faudrait pas que cela dure ». Difficile, là aussi, d’anticiper la reprise. « Nous n’avons aucune visibilité, on ne sait vraiment pas où l’on va. Nos partenaires bancaires ont décalé les échéances de prêt, mais cela n’empêche pas les intérêts de courir. Je reste confiante malgré tout car nous sommes relativement solides, mais il va forcément y avoir de la casse chez nos confrères qui ont les reins moins solides ».

Face à des établissements désertés, le secteur hôtelier fait le dos rond pour résister à la crise.
Face à des établissements désertés, le secteur hôtelier fait le dos rond pour résister à la crise. — Photo : © Tony Yakovlenko / Unsplash

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la version gratuite de nos newsletters dans votre boîte mail