Côtes-d'Armor

Électronique

Novatech ajoute des services à sa production

Par Isabelle Jaffré, le 27 mai 2019

Le groupe d’électronique Novatech, basé à Lannion (Côtes-d'Armor) et Pont-de-Buis (Finistère), poursuit la bataille du matériel électronique fabriqué en France. L’entreprise a fait le choix des petites et moyennes séries à plus haute valeur ajoutée.

Usine Novatech de Pont-de-Buis dans le Finistère.
Début avril, Novatech a accueilli la ministre du Travail Muriel Pénicaud sur son site finistérien pour la signature du Pacte régional d’investissement dans les compétences, destiné à la formation des chômeurs. — Photo : © Isabelle Jaffré

« J’ai l’impression de faire le 100 mètres en changeant de costume », plaisante Jocelyne Madec. La PDG de Novatech est arrivée à la tête du groupe basé à Lannion (Novatech Industries) et Pont-de-Buis (Novatech Technologies) en juillet 2015. Sa mission : poursuivre le redressement du fabricant d’électronique, mis à mal par la crise. En 2009, l’entreprise avait dû supprimer 66 postes. Petit à petit, elle a relevé la tête et réalise aujourd’hui 49 millions d’euros de chiffre d’affaires (32 M€ à Pont-de-Buis, 17 M€ à Lannion) avec un peu plus de 320 salariés. Mais le défi reste de taille : « Avec la crise, la production d’électronique est partie en Asie, qui est beaucoup moins chère, note Jocelyne Madec. On ne peut pas rivaliser uniquement sur le prix. »

Novatech a donc pris le virage du "design to cost" ou "conception à coût objectif", qui permet d’atteindre un coût de revient compétitif en agissant sur la conception des produits et services.  « Nous cherchons ainsi de la valeur ajoutée, explique la dirigeante. Et proposons des services autour de la production pure. »

5,5 M€ investis

Il y a trois ans, 5,5 millions d’euros ont été investis sur les trois sites (deux à Lannion, un à Pont-de-Buis) pour des machines, des équipements et l’amélioration des conditions de travail. Les plans des usines ont été revus. « Nous avons aussi repensé les postes de travail pour permettre des transitions rapides. Car les salariés ont dû devenir de plus en plus polyvalents. » En effet, l’un des choix faits a été de construire désormais tout ou partie des sous-ensembles des produits, et non plus uniquement les composants électroniques.

Le prochain objectif de la PDG est de développer le bureau d’études. « Cela nous permettra de gagner la légitimité technique, assure-t-elle. J’aimerais avoir un service de 30 personnes, soit 10 % de l’effectif global. Nous en sommes à la moitié. » Le bureau d’études lui permet déjà de proposer la conception sur cahier des charges et de pouvoir effectuer des tests. « Nous pensons aussi à développer le transfert de technologie. »

Autant de services qui permettent d’aller chercher cette valeur ajoutée, si nécessaire quand on ne peut pas faire de volume. « Nous réalisons uniquement des petites et moyennes séries », indique Jocelyne Madec. Novatech Industries, à Lannion, est spécialisée sur les moyennes séries : industries (médicale, maritime, etc.), automatisme, électroménager. C'est le marché historique de la société. « Notre plus gros client, Brandt, a représenté jusqu’à 80 % de notre chiffre d’affaires. Aujourd’hui, il ne représente plus que 20 %. Il était nécessaire de ne pas dépendre uniquement d’un donneur d’ordre. »

La numérique comme horizon

À Pont-de-Buis, chez Novatech Technologies, 210 salariés fabriquent les petites séries, voire des prototypes, avec des clients plutôt dans l’aéronautique, la Défense, le ferroviaire. « Cela représente 60 % de notre chiffre d’affaires. Les exigences, de traçabilité notamment, sont importantes, et c’est là que nous pouvons faire la différence sur nos concurrents. » Thales, Airbus, Ariane, la RATP, la SNCF font ainsi confiance au groupe breton.

Novatech profite aussi du boom du numérique. « Je l’ai souvent martelé aux élus : le numérique c’est formidable, mais il y a besoin du matériel qui va avec, sourit la PDG, également présidence de l’Union des industries et métiers de la métallurgie de Bretagne. Il faut de la puissance pour diffuser les signaux, il faut fabriquer les terminaux, etc. Et on peut le faire en France ! » Novatech s’est donc lancé dans la robotique. Elle accompagne une start-up lilloise, Careclever, qui a mis au point un robot autonome d’aide à la personne. « Il permet d’alerter en cas de chute ou de faire de la domotique, d’échanger avec des gens via l’écran, etc. On travaille depuis deux ans avec eux », détaille Jocelyne Madec.

L’enjeu : recruter

Les difficultés de recrutement restent une préoccupation pour la dirigeante. « Depuis trois ans, ce sont 30 à 40 personnes par an qui partent à la retraite. De l’ouvrier à l’ingénieur, il y a une pénurie de personnel », explique celle chez qui s’est signé le Pacte régional d’investissement dans les compétences (Pric) avec la ministre du Travail Muriel Pénicaud. L’État va investir 216 M€ sur la période 2019-2022, et la Région 356 M€, pour former 91 000 personnes. La visite a été l’occasion pour Jocelyne Madec de rappeler les difficultés de recrutement de l’industrie : « Nous avons fait le choix de former les gens en interne via le POEI (préparation opérationnelle à l’emploi individuelle). Une employée était, par exemple, coiffeuse auparavant. Nous avons de très bons résultats », se félicite la PDG.

Usine Novatech de Pont-de-Buis dans le Finistère.
Début avril, Novatech a accueilli la ministre du Travail Muriel Pénicaud sur son site finistérien pour la signature du Pacte régional d’investissement dans les compétences, destiné à la formation des chômeurs. — Photo : © Isabelle Jaffré

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Recevez chaque vendredi le Débrief, l'essentiel de l'actualité économique de votre région.